Permanences du Judaisme marocain
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darlett (IP enregistré)
Date: 05 juin 2008 a 05:37
Les communications au colloque de Marrakech
ont principalement porté sur les points suivants:
■ Ephraim Riveline de Paris 8 a poursuivi le projet imaginé et porté par notre ami, le regretté Haïm Zafrani, - disparu il y a quatre ans, jours par jour -, au début des années 1980. Après le départ de H Zafrani à la retraite, E Riveline a considéré comme devoir d’assurer la relève en formant des étudiants marocains et notamment des thésards et doctorants au métier d’enseignant en matière juive et hébraïque.
■ Jacky Kadoch président de la communauté Israélite de Marrakech s’interroge sur sa course après toutes les communautés juives d’origine marocaine dans le monde. Pourquoi les solliciter pour créer un véritable bastion et une importante bastide de cette culture judaïque et de ce patrimoine vivant ? Pourquoi sauver les deniers meubles et repenser à apposer les plaques des Rues du Mellah de Marrakech portant des noms juifs en français ? Sommes-nous sur la ligne juste de vouloir restaurer le cimetière de Marrakech et requinquer nos synagogues ? Qu’est-ce qui nous fait tant courir à l’assaut de cet héritage spécifiquement marocain ?
■ Joseph Chetrit ancien doyen de la Faculté de Lettres de l’ Université de Haifa Israël a présenté: « La mémoire identitaire des juifs du Maroc après la dispersion des communautés: Dissolution nostalgique ou réinvention intégratrice?» L’introduction de l’éducation moderne dans les communautés judéo-marocaines aux XIXe et XXe siècles puis la dispersion de ces communautés millénaires dans la seconde moitié du XXème ont amené l’identité traditionnelle des Juifs du Maroc à s’ouvrir sur d’autres cultures, sur d’autres régimes politiques, sur d’autres territoires, sur d’autres expériences de vie juives et non juives. Elles ont ainsi forgé de nouvelles formes d’identité, moins centrées sur la tradition et sur la vie communautaire enveloppante et sécurisante. C’est cette identité diffractée, aux multiples pôles d’identification et d’engagement, dont fait partie bien sûr le sentiment d’appartenance à une destinée juive familiale et communautaire et à un patrimoine culturel spécifiques, qui détermine la condition judéo - marocaine de nos jours et ses prises de positions, individuelles ou collectives, par rapport aux nouveaux environnements, aux nouvelles aires socio - culturelles et aux nouvelles sollicitations et séductions de la modernité et de la post-modernité. C’est donc à trouver de nouvelles formes de réinvention communautaire et de nouveaux usages d’un patrimoine riche et diversifié, bref à forger de nouveaux ponts de mémoire entre ce passé judéo - marocain formateur et les formes nouvelles de la vie sociale que chacun, tant individuellement que collectivement, devra s’atteler pour que persistent en lui comme dans ses proches et dans son environnement les lueurs et les valeurs qui nous ont guidés et qui continuent de nous interpeller. Pour combien de temps encore et de quelle manière? Cette communication a suggéré certaines voies.
■ Jamaa Baida coordinateur du GREJM a présenté le papier suivant: « Etat de la Recherche Académique au Maroc sur le Judaïsme Marocain ». Il est Professeur d’Histoire contemporaine à la Faculté des Lettres, Rabat, Coordinateur du Groupe de Recherches et d’Etudes sur le Judaïsme Marocain, Université Mohammed V, Rabat-Agdal, Maroc. Il s’agit dans cette brève communication de faire un bilan succinct de la recherche universitaire ayant pour objet le judaïsme marocain, particulièrement dans le champ de la recherche historique. Celle-ci, après avoir observé un mutisme quasi total, pendant plusieurs décennies après l’indépendance, sur le rôle joué par les Juifs dans l’histoire du Maroc, a commencé récemment, sous l’impulsions de divers facteurs, à leur accorder partiellement le statut qui leur revient en tant qu’éléments incontournables dans l’histoire du pays. Il a essayé d’examiner les facteurs qui ont déterminé cette occultation, ainsi que ceux qui ont ouvert la voie à ce regain d’intérêt pour le judaïsme marocain.
■ Robert Assaraf, Président et fondateur du CRJM a pour sa part présenté la communication portée sur "La dispersion des Juifs du Maroc et l’évolution de la célébration de la Mimouna ». Marquant la fin de la fête de Pessah, la Mimouna est une tradition spécifiquement judéo-marocaine dont la célébration était jadis intrinsèquement liée à la présence d'un environnement arabo-musulman à l'époque, l'immédiate après guerre, où le judaïsme marocain comptait 300 000 membres ramenés à 160 000 en 1956. L'exode du judaïsme marocain, en plusieurs étapes (1948, 1953, 1967 et 1973), soit pour Israël, soit pour la France, soit pour l'Amérique du Nord, n'a pas mis un terme aux rapports intenses entretenus par les originaires du Maroc avec ce pays dont l'un des souverains, Mohammed V, leur octroya la plénitude des droits civiques en supprimant le système de la Dhimma. Leur dispersion, notamment en Israël où ils sont plus de 800 000, a paradoxalement eu pour conséquence une réactivation et une transformation en profondeur de leurs traditions, en particulier la célébration de la Mimouna. Celle-ci est devenue en Israël à la fois le symbole d'une affirmation identitaire et l'expression de la contribution judéo-marocaine aux rites de sociabilité et au multiculturalisme. Dans cette contribution, Robert Assaraf A analysé les transformations connues par la Mimouna et la signification de l'étonnante persistance de cette fête,. Il s'interroge également sur l'évolution du judaïsme marocain lors du dernier demi-siècle. Son dernier ouvrage qui traite ce sujet (en impression) « Juifs du Maroc : Emigration et Identité retrouvée » constitue un outil utile pour comprendre l’ouverture d’une nouvelle et prestigieuse page de l’histoire multiséculaire du judaïsme marocain.
■ Hanane Sekkat de la Faculté des Lettres, Fès-Saïs a planché sur le thème: « De l’histoire de la judaïcité fassie - Le statut des juifs dans la ville de Moulay Idris». Elle a rappelé de toutes les villes marocaines dites « impériales » que Fès est sans conteste la mieux marquée par l’influence juive. Les relations intercommunautaires s’y distinguaient par plusieurs caractéristiques, dont une part était devenue la norme à observer ailleurs. En outre, le mellah de la ville représentait un concentré des aspects harmonieux et contradictoires de la vie d’une communauté qui se prévalait d’attributs qui à ses yeux, méritaient respect et admiration.
■ Jaime Sanchez Casas qui est Chercheur et doctorant en charge des activités culturelles La Casa de Sefarad y de la Memoria Cordoba en Espagne a conférencé sur "La Récupération de l'héritage du Judaïsme Sépharade à Cordoue via le projet de La Casa De Sefarad". Après l'expulsion des juifs en 1492, après 400 ans régis par l'Inquisition, l'Espagne oubliait son identité juive. Tout cet imposant héritage fut enfoui sous des siècles de persécution. Malgré le fait que l'Espagne ait occupé une place primordiale dans l'histoire du judaïsme, nous sommes à présent les citoyens Européens les moins bien informés à ce propos. La Casa De Sefarad est un centre culturel privé ayant ouvert ces portes il y a 2 ans. Grâce à son importante collection de documents, de témoignages livresques et ses activités culturelles, nous avons pu travailler durant ces deux années, de façon plus précise et efficace, à partir de catégories d'héritages culturels : Les legs matériels et les autres sections du patrimoine immatérielles.
Les avoirs matériels: l'artisanat juif, la maison juive datant du 14ème siécle qui comprend cette collection artisanale, le quartier juif de Cordoue,l'ancienne synagogue de Cordoue, les anciens livres et documents.
Les legs immatériels: la littérature juive, la philosophie et pensée juive, les traditions juives encore présentes en Espagne, la musique, la langue.
■ Mina Elmghari de Rabat, Secrétaire Générale de la Commission Nationale Marocaine pour l'Education la Culture et les Sciences auprès de l’UNESCO-l’ISESCO-l’ALECSO (Icomos) nous a envoyé sa communication durant son absence excusée sur le thème de: « Le vivre ensemble à Mogador / Essaouira : Une ville ancienne est un corps vivant, modelé par de longs siècles et une multitude de générations. ». Par la présente communication, elle ambitionne à faire connaître la richesse du patrimoine de la ville d’Essaouira ancienne Mogador, la ville ou Juifs et Musulmans du Maroc ont cohabité harmonieusement. A Mogador/Essaouira, les cultures musulmane et juive se côtoyèrent dans une harmonie totale. Le patrimoine de cette ville devrait favoriser une plus grande ouverture sur l’autre et inciter l’esprit de tolérance qui permet l’épanouissement dans la diversité. Soulignons que le patrimoine architectural d’Essaouira, offre à cet égard un modèle à connaître et à méditer. Son étude permettra de prendre conscience d’une culture appartenant au patrimoine universel, d’en débattre et d’en dissiper les clichés et les amalgames.
■ Mohamed Mezzine, ancien doyen durant 14 ans de la Faculté des Lettres, Fès-Saïs a pour sa part suggéré une communication « Sur les traces de la mémoire juive à Fès ». S’il est une communauté qui a marqué la mémoire de la ville de Fès, c’est bien la Communauté juive. En effet, aujourd’hui, les restes d’un passé riche et laborieux juif à Fès semblent défier le Temps. L’objectif de cette intervention est de tenter d’interroger les traces encore vivantes de ce passé, dans les écrits, les traditions et la culture, mais aussi dans la morphologie de la ville.
■ Hassan Majdi de Marrakech doctorant à l’INALCO & Paris 8 en cours a quant à lui analysé son sujet favori: « Peut-on parler en 2008 de résistance et de persistance du Judaïsme Marocain ? » Ses motivations et son parcours puisent leurs racines avant tout dans les histoires racontées par ses grands parents sur leur cohabitation et leur coexistence pacifique avec leurs voisins juifs. Comprendre la trajectoire de cette communauté juive de Marrakech sur laquelle il travaille, bien vivante, encore malgré sa démographie réduite à une peau de chagrin passant de 40 000 âmes en 1947 à 135 en 2008, est une gageure. Entreprendre sa thèse dans des conditions optimums sur les Saints Juifs au Maroc, préparer son travail de terrain à Marrakech même auprès de la communauté Israélite locale, en Israël, au Canada et en France. Il considère que les musulmans marocains doivent prendre la relève du travail sans relâche et sans discontinuer du sauvetage du patrimoine du Judaïsme Marocain en devenant les nouvelles sentinelles de ce Judaïsme dont la flamme deux fois millénaire continue d’éclairer au Maroc. Faire un travail de mémoire participe à la construction du vivre ensemble. Cette mémoire Juive marocaine dépend étroitement d’une identité culturelle juive authentique, dynamique et évolutive. Une mémoire qui puise ses sources dans les valeurs et pratiques du judaïsme universel et dans l'environnement socio-culturel de leur pays d'accueil, le Maroc.
■ Richard Ayoun qui vient de décéder le 30 Mai 2008 à Paris à la suite d’une longue maladie, a fait dicter sa conférence en Février dernier sur « Mémoires et Oublis des Juifs Tétouanais ». Il a été historien et écrivain. Maître de conférences habilité à l´Institut National de Langues et Civilisations Orientales / INALCO Paris. A ce titre sa communication a été lue par la plus jeune participante à ce colloque, Sabrina El Maalem, 20 ans, étudiante à la faculté de Meknès en langue étrangère. Dans son récit, la grand-mère de R Ayoun insistait sur le conflit hispano-marocain ; elle illustrait les pleins feux qui ont été braqué sur les Juifs de Tétouan. Quatre mille personnes environ s’enfuirent, ce qui donna lieu à un remarquable élan de générosité, de la part de Juifs d’Angleterre, de France… À Tétouan même, les 4 et 5 février 1860, la juderia fut sauvagement attaquée : mise à sac des maisons, des synagogues et des boutiques… Avec l’arrivée des troupes espagnoles conduites par les généraux O’Donnel et Prim, se fit la première rencontre officielle entre Espagnols et Sépharades, plus de trois siècles et demi après l’Expulsion. Le « Pourim de Prim » commémore chaque année cet épisode. L’unique remède de la misère, au manque de débouchés, était le départ : vers Ceuta et Melilla ; vers l’Algérie aussi, surtout Oran. De novembre à décembre 1868 (l’année où le brigand Aïssa répandit la terreur) 140 élèves avaient quitté la ville sur 380 au total. On retrouve les mêmes chiffres dans la décennie suivante. L’émigration en Amérique latine (vers le Brésil à compter de 1865) devint hémorragie à compter des années 80 : après Rio, ce fut Pará (Belem), Manaus, Bahia ; au Pérou, un peu plus tard, à Iquitos ; au Vénézuéla, en Argentine… On partait de plus en plus jeune, par-delà les mers, et à cette fin, on s’efforçait d’être bon élève. Au prix d’efforts et de privations, ces intrépides, que l’on avait cru sédentaires, se firent une place plus ou moins confortable au soleil du Nouveau Monde, se montrant toujours généreux pour leur famille restée au pays. Les regards se portèrent aussi vers la Terre Sainte. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, un certain nombre de rabbins Tétouanais y « montèrent » occupant des fonctions importantes à Jérusalem, Tibériade et surtout Haïfa : Messod Hatchouel, Abraham Cohen, Raphael Abraham Khalfon… Le vénéré Rebbi Isaac Bengualid y séjourna quelque temps mais s’en revint chez lui, pour y fermer les yeux en 1870. La communauté vécut dans l’harmonie au temps du protectorat espagnol qui finit de la ré-hispaniser. Elle continua de tirer le plus grand profit de l’enseignement dispensé par l’Alliance Israélite Universelle. En 1912, Tétouan passe de nouveau sous domination espagnole et le sort des Juifs connaît une nette amélioration. La Couronne protège officiellement les institutions juives, l’obligation faite aux Juifs de résider dans la Juderia est assouplie et il leur est désormais possible d’acquérir des maisons dans les divers quartiers de la ville. Par ailleurs, les taxes spéciales que les juifs devaient acquitter sont abolies. L’accession du franquisme entraîne toutefois une certaine dégradation de la vie des Juifs de Tétouan, sur le plan économique en tout cas. Avec l’indépendance du Maroc, Tétouan devient marocaine. De nombreux Juifs optent pour le départ, notamment en direction de Ceuta et de Mellila restées sous contrôle espagnol. Le recensement de 1960 fait apparaître la présence de 3103 Juifs à Tétouan. Une nouvelle vague d’émigration se développe après la Guerre des Six Jours, cette fois vers Israël. Il reste environ mille Juifs à Tétouan en 1968. Au début des années 1990, on ne comptait guère plus de deux cents Juifs à Tétouan.
■ Sebastián de la Obra, Directeur & co-fondateur de la Biblioteca-Centro de Documentación de la Casa de Sefarad de Cordoue en collaboration avec Rosana de Aza également co-fondatrice de ce Centre ont passé en revue le thème de la « Récupération d’une identité et de construction de réseaux ". La réalité historique de Sefarad a été durant de nombreux siècles une réalité intentionnellement occultée et manipulée. D’une part, elle s’est transformée en un exercice d’ « étonnement » , c’est-à-dire d’ « étran-gérisation » des juifs espagnols et de leur composante culturelle ; d’autre part, on a affirmé qu’ avec l’expulsion ne subsistait plus la moindre trace, vestige ou témoignage de la culture juive en Espagne. Jusqu’à la fin du XIXème siècle on ne se pose pas de questions sur cette réalité officielle. Les premières tentatives de récupération des traces juives en Espagne sont d’origine politico-émotionnelle (Angel Pulido), de reconstruction identitaire (Américo Castro) et de caractère académique (Institut Arias Montano et Revue Sefarad).Tous ces essais sont confrontés à l’historiographie officielle et a une réalité sociale qui a « oublié » cette part essentielle de l’identité espagnole. Actuellement, nous sommes en présence de Communautés qui, peu à peu, donnent signe de vie publique ; des Administrations qui récupèrent ( du point de vue politique et touristique) le « mythe » de Sefarad et quelques initiatives, à titre privé et culturel (Casa de Sefarad, Tarbut Sefarad, etc.) qui cherchent à récupérer et à dynamiser le passé,le présent et le futur de la culture judéo- espagnole.
■ Mohammed Hatimi, prof à la Faculté des Lettres, Fès-Saïs a surfé sur « La création d’un mythe - Le juif heureux dans un royaume heureux ». La solitude du pouvoir » fait découvrir au roi Hassan II les « délices » des débats philosophiques. Aussi, plusieurs savants, érudits, hommes de lettres et de sciences… furent invités dans les palais royaux en vue de discuter de sujets qui tenaient à coeur à Sa Majesté. Avec les invités juifs en particulier, le roi aimait développer ses connaissances sur le « Génie d’Israël » et prospecter les opportunités de concorde entre Judaïsme et Islam.
■ Nessim Sibony de Los Angeles a été lu par Françoise Siboni-Mikaelis: « Je participe donc depuis 3 décades avec persistance au souci de sauvegarder certains aspects de ce patrimoine juif marocain ». Je prête très attention à sa renaissance et parallèlement à son « sauvetage » grâce au Web. Ce matériel inespéré de première main qui circule dans les forums des sites peut, entre les mains de chercheurs, permettre de reconstituer à un niveau très éloquent, la peinture la plus fidèle de cette civilisation juive marocaine qui a laissé le souvenir de figures illustres et légendaires par leur compréhension, leur tolérance et leurs qualités humaines.
■ Khalid Chegraoui Prof de l’Institut des Etudes Africaines à l’Université Mohammed V Souissi Rabat a dressé un bilan sur la « Coexistence et vie commune entre musulmans et juifs dans le versant sud de l’anti-atlas marocain : la vallée de Tmanar : Quelques pistes de recherches». « Lors d’une expédition scientifique multidisciplinaire dans la vallée du Draa et du Oued Noun, nous avons été amené à visiter la grande vallée de Tmanar sur la route de Foum el Hissn vers, Smouggen et Tafraoute, ancien passage des caravanes en liaison avec la vallée d’Issafen vers Tamdoult la grande cité minière médiévale et moderne. A Egred, nous avons constaté l’existence d’un village en ruine qui a abrité jusqu'aux années quarante une communauté musulmane et juive sans séparation apparente ni frontière de quelques sortes, sauf pour les lieux de cultes et les cimetières. Dans notre exposé nous présenterons l’espace en question en plus de documents photographiques et matériel manuscrit et imprimé collecté dans le site. Tout en essayant de formuler quelques idées et pistes de recherches qui mettent en corrélation les espaces : religieux, géographiques, linguistiques et socio économiques ».
■ Shmuel Segev, Ecrivain et Grand Reporter en Israël a expliqué la « Mémoire du Judaïsme Marocain perdue, en éveil et reconstruite en Israël », 60 ans après la création de l'Etat d'Israël pour constater sans réserve que la contribution du Judaïsme Marocain à l’Etat d'Israël est plus importante que la contribution d"Israël aux juifs Marocains. Cette contribution peut être définie par les points suivants : Concrétisation des frontières d"Israël par le peuplement des villes de développement : Dimona, Sderot, Ofakim, Beer Sheva, Ashdod, Kiryat Shmona, Beit Shean etc... La défense d"Israël, à cause du recrutement des dizaines de milliers de soldats au moment où l"Etat eut le plus grand besoin d'eux. Les bons offices des Juifs Marocains auprès de La Cour, d'abord pour faciliter l'immigration pour Israël, ensuite par le rôle que Hassan II a joué dans la paix entre Israël et l’Egypte et autres initiatives pacifiques surtout avec les Palestiniens. Le prochain défi des Juifs Marocains en Israël est double: Pénétration plus importante dans la vie académique (Universités et Centres de Recherche) et dans le domaine du High Tech.
■ Mohamed Elmedlaoui de l’Institut Universitaire Recherche Scientifique – Rabat a présenté « Le Judaïsme du Maroc profond: déjà, une belle légende? (Le cas des 'Juifs berbères' ou 'Berbères juifs'). Son travail revenant sur la question de l'historicité ou de l'anhistoricité de certains concepts tels que 'Juifs berbères' ou 'Berbère juifs'. Il aborde la question du point de vue des relations d'implications réciproques, sur le plan sociolinguistique, entre cette historicité, s'il y a lieu, et certaines données du lexique berbère.
■ Said Sayagh a envoyé sa présentation qui a été distribuée aux participants. Elle a porté sur un rêve de l’auteur….« J’ai rêvé… « : Historien & Agrégé d’arabe, docteur en Histoire et prof à Montpellier ; il a préparé une thèse sous la direction de M. Jean-Louis Miège qui en a préfacé la publication aux éditions du CNRS, sous le titre de: La France et les frontières maroco-algériennes de 1873 à 1902, Paris, 1986. Il a rêvé… »Je suis un petit garçon. Je m’appelle Saadoun fils de Shalom Sayagh le bijoutier. Mon père, inquiet, me monte plusieurs fois comment aller de la maison à sa petite boutique où il s’entasse avec ses outils, ses œuvres, ses caisses, ses babouches... Il insiste pour que je ne dévie pas d’un pas du chemin qu’il me montre. »
■ Saïd Gafaïti de la Faculté des lettres et des sciences humaines, Saïs Fès a quant à lui évoqué le sujet crucial suivant : « Quel avenir pour les études hébraïques aux universités marocaines ? » Il commence la présente communication par un aperçu bref sur l'histoire du judaïsme au Maroc tout en évoquant la contribution remarquable des juifs à la culture marocaine. Que devons-nous faire pour sauver le patrimoine juif ? Avec la réforme, il n y a plus d'hébreu au sein des faculté de lettres. Le sort des études hébraïques est obscur.
■ Hassan Khallaf - Doctorant Université Cadi Ayyad Faculté des lettres et des Sciences Humaines - Marrakech et candidat à un doctorat à Paris 8 a présenté « Le Patrimoine Culturel Matériel Juif de Demnate : Richesse conjointement appropriée et nécessitée de Perpétuation ». Située dans le piémont du versant nord du Haut Atlas Central, la ville de Demnate, compte un patrimoine culturel matériel juif très riche (Deux Mellahs, L’Ecole de l’Alliance Israelite Universelle, Cimetière juif, moulins à eau etc). Celui-ci fait partie intégrante et indéniable du patrimoine culturel local. Les données historiques et l’état actuel des choses révèlent qu’il s’agit d’une richesse patrimoniale conjointement appropriée. D’où la nécessité de mettre sur place une action associative réunissant tous les acteurs concernés. Cette structure et cette action auront pour objective, la préservation, la perpétuation et la mise en valeur de ce patrimoine.
■ Khalid El Gharib de « Khalid Art Gallery » Antiquités - Marrakech, absent excusé, a envoyé sa contribution suivante: “ Maroc : Deux passions, une Mémoire - Reconstruire ses identités grâce aux objets “ L'auteur y a présenté en collaboration avec Paul Dahan « Deux passions une mémoire » un livre d'art et de paroles qui donne vie au dialogue entre deux passionnés de mémoire, un juif et un musulman, tous deux nés à Fès à vingt ans de distance. Il invite le lecteur à partager l'aventure de leurs magnifiques collections (textiles, céramiques, bijoux, peintures et dessins) qui retracent la richesse culturelle et artistique du Maroc.
■ Izza Genini absente, cinéatse réalisatrice et productrice du Maroc a adressé par mail son papier suivant : « de Lison Edery à Izza Genini, un certain itinéraire… »
Ceux qui ont vu le film « Retrouver Oulad Moumen » savent qu’elle est la dernière des neuf enfants dont les trois premiers sont nés au bled au sud de Marrakech sur les fermes de la famille Delouya, 3 dans le bourg céréalier d’El Gara et trois dans la métropole casablancaise, suprême privilège je suis née rue Lusitania, place de Verdun, hors les murs du Mellah :.. Autre privilège, sa famille allait bénéficier pour la première fois d’un beau livret de famille fraîchement émis par les services municipaux de l’Empire Chérifien d’alors…. Ses parents, exclusivement arabophones, lui donnèrent le prénom de sa grand- mère, « Ijja. » Jugé sans doute trop « chelh » pour l’époque qui cherchait à s’affranchir à tout prix de tout ce qui faisait un peu trop marocain, mes aînés le transformèrent en « Lison » qui devint dans la bouche de ses parents en « Lijja », et sur le livret de famille : Lison, Izza
Son père devait décéder en 1976, 6 mois après l’interview filmée qui a inspire Retrouver Oulad Moumen. Lorsqu’en 1994 le film est présenté à la Quinzaine Sépharade de Montréal, un spectateur s’écrie à la fin de la projection : « Mais Izza Genini, c’est Lison Edery ! »
Elle a relié ainsi le passé au futur dans une relation fertile qui a donne naissance a toute cette série de films « Maroc Corps et Ame ». Tout récemment elle a produit et filmé ‘Nuba ».
■ Arrik Delouya a parcouru « Le Patrimoine Juif Marocain d’aujourd’hui: de l’Olympe à la Vallée des Pleurs ». Il explique que le Maroc dépossédé de sa grande communauté juive est arrivé au stade de sa maturité pour œuvrer sur sa mémoire et sur le terrain du patrimoine du judaïsme marocain.
Notre Mémoire longtemps brisée puis occultée, mais gardée en éveil, est aujourd’hui retrouvée grâce à la persistance de nos valeurs, à la résistance à toute autre forme de communautarisme et de nouvelle identité d’assimilation… Ces valeurs se retrouvent dans nos textes religieux, dans notre liturgie, notre poésie et folklore, notre art (voir le travail de Paul Dahan et Khalid…), dans la restauration de nos cimetières (voir l’immense travail de Jacky Kadoch auquel je rends hommage), à travers la prise en charge quotidienne de nos synagogues qui sont des lieux de vie et de culte et d‘autres actions encore de l’histoire orale de notre communauté juive locale comme celle de Marrakech. De Tétouan à Ouarzazate en sillonnant Demnate, Marrakech, Essaouira-Mogador, pour revenir vers Fès et Meknes nous passons par les traces tangibles et intangibles de la Mémoire qui vont élargir le champ de la recherche du judaïsme marocain et de ses apports à une identité deux fois millénaire. Transmettre cet héritage aussi à nos amis musulmans est une gageure mais nous relevons le défi. Exemple de la bibliothèque du CRJM qui compte tout de même un millier d’ouvrages sur notre patrimoine ayant servi aux chercheurs musulmans du Maroc et qui va continuer à servir à Marrakech à nos doctorants. Tout reste encore à protéger et à perpétuer: Les coutumes et les codes religieux, les prescriptions juridiques issues de Castille, les relations Judéo - musulmanes, les nouvelles questions identitaires et les problèmes transculturels inhérents à l’émigration, la diversité et les richesses du patrimoine culturel sous ses multiples aspects. Le judaïsme marocain se démarque nettement des autres communautés par ses valeurs multiples et uniques mais surtout originales qu’on retrouve dans nos différentes trajectoires:
• A travers les travaux de linguistique et takanot et responsa: l’œuvre considérable que nous laisse Z»al HaÎm Zafrani.
• Voir nos itinéraires historiques au vu et au su des travaux et ouvrages de Robert Assaraf.
• Puis dans nos textes religieux: voir les travaux incontestables de Moshé Amar de l’Université Israélienne de Bar Ilan.
• Dans notre liturgie: voir les paytanim marocains qui circulent à travers les 5 continents.
• Notre poésie et folklore: voir l’incommensurable œuvre de Joseph Chetrit.
• Notre art: voir le travail de Paul Dahan et Khalid El Gharib …, de Maury Amar et d’autres encore.
• Dans la restauration de nos cimetières : voir le travail remarqué et remarquable de notre cher et tendre Jacky Kadoch sur les traces de son père Z»al Henri Cadoch ici au cimetière de Marrakech auquel je rends un vibrant hommage).
• A travers la prise en charge quotidienne de nos synagogues qui sont des lieux de vie et de culte et d‘autres actions encore de l’histoire orale de notre communauté juive locale comme celle de Marrakech.
• Le CRJM / Le Centre de Recherche sur le Judaïsme Marocain de RobertAssarf avec pour réalisations une quinzaine de colloques et séminaires internationaux et plus de mille bourses d’études fournies.
• Le GREJM / Groupe de Recherche et d’Etudes du Judaïsme Marocain que coordonne notre ami infatigable Jamaa Baida
• L’œuvre des anciens élèves de H Zafrani et Ephraim Riveline qui sont une trentaine de professeurs à enseigner l’hébreu, la littérature juive et israélienne à un millier d’élèves en Master et bientôt en doctorat….
• Enfin, n’avons-nous pas écrit des milliers d’ouvrages sur ce judaïsme marocain en plusieurs langues, d’où l’abondance et la variété des publications frappantes et considérables qui dépassent le millier d’ouvrages de références ces trente dernières années, de même qu’est patent l’intérêt des spécialistes en sciences sociales et humaines pour cette composante de la population et de la nation marocaines, depuis la préhistoire jusqu’à notre époque.
La présence juive, comme en terre marocaine, remonte à des temps immémoriaux. La ville de Marrakech - aux dires de notre ami Joseph Dadia
- reçut un nombre de réfugiés Juifs d'Espagne et de Portugal, des anciens marranes de la péninsule Ibérique, des Iles Canaries et même des lointaines Antilles. Tout ce monde s'était installé dans deux quartiers différents, les Beldiyyin (Juifs autochtones, en hébreu Tochabim), continuant de vivre par petits groupes épars au milieu des Musulmans. Puis, il semble que Mégorachim (Expulsés d'Espagne) et Beldiyyin se soient pour la plupart groupés dans un seul quartier, celui de Mouassine. " Le quartier des Juifs , nous dit Marmol, était autrefois au milieu de la ville, en un lieu où il y a plus de trois mille maisons ", soit quinze mille personnes, d'après l'estimation faite par Diego de Torrès. Le Mellah de Marrakech fut fondé en 1557 (pour la tradition orale 1577 / 5317). C'est le Sultan Moulay Abd Allah Al Ghalib Billah qui les réunit tous dans le Mellah, qui existe encore de nos jours sous le nom de Hay Salam (habité par des Musulmans), à proximité de la Qasbah et du Palais Royal. En ces temps là, le Mellah était un beau quartier avec de belles maisons et des jardins, un quartier vaste et agréable, où les marchands chrétiens n'obtenaient même pas l'autorisation de s'établir. Mais tous les Agents et Ambassadeurs des Princes étrangers pouvaient y habiter. D'après la tradition, rapportée par José Benech, le Grand Rabbin de la Communauté emmura dans la porte de la nouvelle Cité un parchemin sur lequel il avait écrit une prière. C’est ce Mellah de Marrakech vidé aujourd’hui de ses juifs et se transformant en maisons Riads somptueuses qui est en mutation. La mémoire de ses habitants ayant atteint le pic des 50 307 habitants en 1947 a été complètement emportée en Israël, en France, au Canada, et dans d’autres pays d’immigration. Il ne reste que 175 âmes juives à ce jour à Marrakech et nous avons le nouveau devoir de mémoire de les interviewer pour aligner leurs sentiments et leurs derniers souvenirs racontés.
Enfin, combien de temps reste-t-il ? Cela nous a conduit à mettre sur pied un projet à Marrakech sur l’histoire orale des Juifs au moment où il ne reste plus que 175 âmes juives.
Nous solliciterons donc tous ceux et toutes celles qui auront à cœur de témoigner. Nous savons d’ores et déjà que tous et toutes nous attendent. Leur enthousiasme est la marque de leur conscience : il sera notre fil conducteur pour recueillir ce meilleur d’eux-mêmes qu’ils ont hâte de partager non seulement avec les autres Juifs du Maroc, éparpillés comme autant de mini-Marrakech ici et là dans le monde, avec tous les Juifs des autres communautés, mais également avec tous ceux qui, un jour, seront désireux de connaître la vie et l’histoire dans ses aspects les plus spécifiques et les plus intimes de l’une des plus anciennes communautés juives.
Que cette mémoire juive vivante nous aide à mettre en avant nos projets pour que les nouvelles générations se souviennent de ce patrimoine considérable que nous laissons derrière nous.
Arrik Delouya