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L'emancipation sociale des Juifs du Maroc
Posté par: darlett (IP enregistré)
Date: 18 janvier 2008 a 09:16

L'emancipation sociale des Juifs du Maroc et le passage

du Mellah a la ville moderne.







C'est un sujet qu'il est bon de soulever, a savoir, a partir de quelles dates, les Juifs du Maroc ont commence a modifier leur traditions culturelles, a sortir du Mellah pour habiter la ville nouvelle, a modifier leur facon de s'habiller, etc...
Quelle a ete le role de l'AIU et celui de la France ?

Suivant un texte dont voici quelques extraits, l'AIU aurait deborde de son role connu educatif et solaire, pour elargir son influence et ameliorer les conditions de vie en ce temps la, des Juifs du Maroc.

Vers les annees 47-49, l'Alliance Universelle Israelite dont le siege principal se trouvait a Paris a commence tout doucement a influence les autorites francaises du Protectorat au Maroc afin de considerer le probleme de la tres forte densite de population juive habitant le Mellah.
L'Alliance, dont le role, jusque la etait educatif modifie son approche et l'elargit sur le statut social, economique et juridique des Juifs du Maroc.


Un projet de réforme globale

"René Cassin s’est livré à une démarche politique des plus significatives en adressant aux autorités une demande de réformes globales des conditions de vie des Juifs marocains. Nous n’avons pas les lettres adressées par Cassin aux autorités mais nous connaissons leur contenu grâce à une série de lettres sur cette affaire, écrites au début de septembre 1949, par Francis Lacoste, l’adjoint de Juin, à la plupart des directions du Protectorat.

L’AIU soulève un ensemble de questions : le statut juridique des Juifs du Maroc, leur condition de logement, leur santé et leur situation sanitaire, leur éducation professionnelle ainsi que leur installation sur des exploitations agricoles. Pour chacune d’entre elles, l’Alliance présente des observations et des propositions précises.

Concernant le logement, elle avance l’argument selon lequel la densité moyenne de la population juive de Sefrou, par exemple, est de 5 865 habitants au km2 et que la densité dans les bidonvilles juifs est quatre fois supérieure à celle des bidonvilles musulmans, ce qui laisse entendre que les Juifs sont défavorisés par rapport aux musulmans [10]. L’AIU demande donc qu’il soit tenu compte des besoins des Juifs dans les futurs programmes de construction de logements publics.

Dans le domaine de la santé, l’UNICEF, qui a convenu avec les autorités du Protectorat de vacciner la population des moins de 18 ans contre la tuberculose, a consacré des sommes importantes à cette opération. Cependant, observe-t-elle, le problème sanitaire principal du Maroc n’est pas la tuberculose mais le trachome, un maladie oculaire contagieuse. Elle propose donc d’utiliser ces sommes pour organiser un système intégré capable, avec une équipe unique, à la fois de vacciner contre la tuberculose et de soigner le trachome.





Quant à l’éducation professionnelle, l’AIU rappelle sa collaboration avec l’Organisation-Reconstruction-Travail (ORT) pour améliorer le sort de la jeunesse juive et demande au Protectorat de lui consentir des fonds sur ceux accordés par le Plan Marshall, le programme d’aide américain destiné à l’Europe. Le secteur agricole, estime l’Alliance, offre des perspectives de promotion sociale pour les Juifs du Maroc. Aussi, précise René Cassin, l’AIU a-t-elle conclu un accord de principe avec la Jewish Colonization Association (JCA ou ICA) pour mener une action commune visant à développer l’agriculture juive au Maroc.

La création de deux écoles agricoles à Mekhnès et à Marrakech, qui fonctionnent déjà mais avec un budget infime, constitue la première étape de cette entreprise. Désormais l’Alliance demande des concessions foncières, en exprimant l’espoir que cette action aura un impact économique et social bénéfique.

Sa requête la plus détaillée et la plus documentée touche au domaine juridique. Puisqu’elle s’intéresse au statut personnel des Juifs du Maroc et, par conséquent, à une réforme juridique en leur faveur, Lacoste adresse les propositions de l’Alliance à ce sujet au conseiller chargé des questions chérifiennes, responsable des relations avec le Makhzen (l’administration du sultan).

Sans entrer dans une analyse détaillée du contenu de la demande de réforme de l’Alliance, il convient de souligner combien cette initiative globale de l’AIU s’exprime dans un style inhabituel et de saisir ses multiples implications. Les revendications de l’Alliance ne concernent pas son domaine d’activité traditionnel, c’est à dire les écoles et l’éducation. Elles englobent des problèmes de société, d’économie et de statut juridique. Sa démarche peut donc être perçue comme une tentative de sa part, ou de l’élite juive française qui la soutient, pour imprimer un nouveau cours à sa politique à l’égard des Juifs du Maroc : il ne s’agit plus de limiter son intervention, si énergique soit-elle, au seul développement culturel et spirituel, mais de l’étendre au statut social et politique. Il n’est plus question d’agir en coulisses mais de mener une démarche publique et officielle.

La démarche de l’AIU contraint l’administration française à réagir. Les archives révèlent son déplaisir : les propositions de l’Alliance sont perçues comme une ingérence dans des affaires intérieures relevant des autorités. Ce genre d’initiative n’est jamais du goût des administrations et celle du Maroc de l’époque ne fait pas exception à la règle. Au contraire même, les administrations coloniales sont particulièrement sensibles à ce genre de procédés. Rien d’étonnant donc si, dans l’ensemble, son premier mouvement est de contester les données avancées par Cassin et de dénier tout fondement à ses arguments.




L'emancipation sociale des Juifs du Maroc
Posté par: darlett (IP enregistré)
Date: 18 janvier 2008 a 09:32

Les rapports avec le sultan


En 1949, dans le cadre de son projet de réforme globale, l’Alliance lance une campagne pour améliorer le statut juridique des Juifs du Maroc et stabiliser leur position politique.

La nouvelle pratique politique de l’élite juive française ressort du fait que le président de l’AIU ne rédige pas son message au sultan en concertation avec les fonctionnaires de la Résidence. Quant à l’usage qui voulait que tout courrier adressé au sultan transite par les services du Protectorat, Cassin s’y conforme, sans plus. Il a transmis à la Direction des affaires chérifiennes une lettre déjà signée en demandant de la faire parvenir au sultan. Les fonctionnaires français, devant ce précédent, finirent, après quelques hésitations, par transmettre le courrier à son destinataire.

Lettre du Président René Cassin à Sa Majesté le Sultan du Maroc, Paris, 29 mars 1949 (ADN, Maroc, DASH/239, N-L-7) :

« Sire,

C’est le Président de l’Alliance Israélite Universelle qui a l’honneur de s’adresser aujourd’hui à Votre Majesté.

Le Comité Central de l’Alliance et lui-même se souviennent en effet que la première École de l’Alliance, alors tout récemment fondée par des israélites français, a été ouverte à Tétouan, sous le règne et avec la bienveillante autorisation de votre prédécesseur, Sidi Mohammed ben ABD et RAHMANE.

Ce grand Souverain consentit en outre à recevoir, à deux reprises depuis 1863, l’un des fondateurs et vice-Présidents de l’Alliance, Monsieur Moses Montefiore. Il eut le geste magnanime de couronner ce voyage d’un noble vieillard de 79 ans en édictant, le 5 février 1864 (26 Chaabane 1280), un Dahir qui a proclamé l’égalité des Juifs marocains avec toute personne.

Nous relisons souvent, et toujours avec émotion ce texte d’une grande élévation et d’une actualité toujours présente. [suit le texte du Dahir]
Quelques années plus tard, les dispositions de ce Dahir reçurent une consécration internationale par la lettre solennelle que Sa Majesté le Sultan adressa aux grandes Puissances à la conférence de Madrid, en 1880.

Voici donc près d’un siècle que l’Alliance, accueillie dans votre grand pays, et soutenue par les plus hautes protections, s’est efforcée de s’en rendre digne et sert quotidiennement, en collaborant avec les représentants de l’illustre maison de Votre Majesté, la grande idée pour laquelle elle a été créée. Même dans les sombres années où l’ombre d’une atroce persécution des Juifs a failli s’étendre sur l’Empire de Votre Majesté, le ferme esprit de justice et de clémence dont vous avez toujours fait preuve, Sire, a préservé vos sujets de confession israélite des périls qui les menaçaient.

Ma gratitude pour la magnanimité qu’en cette circonstance, comme en tant d’autres, vous leur avez témoignée, m’encourage à attirer l’attention de Votre Majesté sur des problèmes d’actualité immédiate.
Maintenant que les bienfaits de la paix un moment troublée se répandent à nouveau sur l’ensemble de l’Islam et que, dans le Moyen Orient, un jeune État, celui d’Israël reprend de constants efforts vers l’affermissement de l’amitié judéo-arabe, le moment semble venu d’adapter la situation pratique de nos coreligionnaires au Maroc, aux nouvelles conditions du monde moderne, dont l’Empire de Votre Majesté entend partager l’évolution, sous la clairvoyante impulsion de son Souverain.

Voici en effet que nos coreligionnaires qui, depuis des siècles, vivaient paisiblement sans jeter leurs regards au-delà des frontières de votre Empire, contemplent d’un œil étonné leurs frères qui édifient une nouvelle existence nationale, libre et fière. Un nombre croissant d’entre eux rêvent de retourner sur la terre de leur lointaine origine et d’y contribuer de leurs mains et de leur cerveau à la construction d’une nation rénovée.

Ayant toujours vécu au milieu de leurs cousins d’Islam, ils ont appris à les connaître, à les apprécier et ils seront les meilleurs agents d’une amitié aussi souhaitable pour l’Islam que pour Israël. Ils n’oublieront pas non plus les bienfaits d’une culture rayonnante, dont la France, seconde patrie de tous les hommes, aura pu leur distribuer les bienfaits.

Mais, pour répondre à cette ardente espérance, il faut que ceux qui le souhaitent puissent partir sans arrière-pensée, librement et la tête haute, gardant au cœur pour la terre qui les a nourris, une reconnaissance sans mélange, capable de fructifier à travers les années et les siècles.

L’Alliance se doit d’appeler vos regards particuliers sur les autres, plus nombreux, qui continueront pour longtemps et même peut-être pour toujours à partager les destinées du peuple au milieu duquel ils sont nés et resteront, comme leurs plus proches ancêtres, les bons, loyaux et actifs sujets de Votre Majesté.

Or, si une certaine proportion d’entre eux bénéficie, grâce à votre bienveillance souveraine, soutenue par la France, des avantages d’une certaine instruction générale, religieuse et même professionnelle, il ne vous a pas échappé que la paix, la prospérité et le renom de votre glorieux Empire ne pourraient que gagner si les nobles principes du Dahir du 5 février 1864 […] recevaient de Votre Majesté une confirmation et des applications effectives nouvelles, permettant à tous nos coreligionnaires de devenir des éléments utiles de la vie économique et de déployer leurs aptitudes dans toutes les variétés de l’activité du grand pays moderne qu’est en voie de devenir rapidement sous votre direction éclairée le Maroc ; et finiront ainsi par sortir de la misère qui est encore la leur et cesseront d’être la proie des taudis et des maladies. De même que les végétaux ne peuvent s’élever vers le ciel sans lumière et sans air, de même ces enfants d’un même père ne peuvent croître et multiplier sans les bienfaits qui sont nécessaires à l’homme d’aujourd’hui quel qu’il soit et que l’on résume dans les deux grands mots : liberté, égalité.

Liberté d’aller et de venir comme ils l’entendent et de jouir de toutes les possibilités de la vie chaque fois et dans toute la mesure où ce faisant ils ne portent pas préjudice à leurs congénères.
Égalité de traitement à tous égards, libre accès à toutes les fonctions publiques, garantie d’une justice qui soit la même pour tous et qui pour ce faire, doit leur permettre de participer à son exercice au moins dans la mesure où elle les concerne.

Voilà, certes, un magnifique programme auquel les meilleurs amis de votre règne songent depuis longtemps, pour lequel des études préparatoires ont déjà été poussées, et auquel Votre Majesté verra tout l’intérêt d’attacher son nom glorieux non seulement pour l’Histoire, mais pour le plus grand bien présent de votre auguste Empire.
Maintenant que la prospérité règne sur toute l’étendue de l’immense Maghreb, que les traces de la guerre s’effacent et que les plaies sont cicatrisées, le moment est venu de passer à sa réalisation.
Je prends la liberté d’attirer la haute attention de Votre Majesté sur la nécessaire imminence de sa réalisation. Je le fais en tant que Français conscient de toutes les grandes choses que la République et l’Empire Chérifien ont déjà accomplies ensemble et confiant en la perpétuation de leur noble accord pour le salut du Maroc ; je le fais en tant qu’Israélite et Président d’une grande organisation qui n’a plus à faire ses preuves de bonne volonté et de dévouement au bien public : je le fais aussi pour avoir pris une part active à la préparation d’un monde meilleur et plus pacifique par la reconnaissance universelle des Droits de l’Homme.

Et à ce dernier titre, je ne suis pas le moins anxieux de voir le MAGHZEN étroitement uni à l’administration du Protectorat, prendre, sans attendre des appels venus de l’extérieur, l’initiative de faire sortir (sic) à ces réformes indispensables ; il prouvera de la sorte à un monde attentif que l’Empire Chérifien, en union avec la France généreuse, mérite la place qu’il revendique si légitimement parmi les grandes nations d’un univers dont les diverses parties s’interpénètrent toujours plus étroitement et plus rapidement.

C’est avec confiance dans la souveraine sagesse de Votre Majesté et son haut esprit de justice envers tous ses sujets que je vous prie, Sire, d’agréer l’expression de ma très haute considération et de mon profond respect. »





L'emancipation sociale des Juifs du Maroc
Posté par: darlett (IP enregistré)
Date: 18 janvier 2008 a 09:36

Réponse de Sa Majesté Le Sultan (Secrétariat particulier) à
« l’honorable Grand Maître Monsieur René Cassin, Représentant de la République Française au Comité international des Droits de l’Homme »,


Rabat, 18 mai 1949 (ADN, Maroc, DASH/239, IV-L-7, lettre citée par André Chouraqui, Le Statut juridique…, op. cit., p. 283) :

« Salutations distinguées

La lettre du 29 mars 1949, dans laquelle vous vous êtes préoccupé de la condition de vos frères de confession, est bien parvenue à Sa Majesté Chérifienne – que Dieu La glorifie et affermisse Son Autorité.

Sa Majesté, que Dieu la rende victorieuse, a été agréablement touchée de vous voir souligner la politique tracée par Ses généreux ancêtres en faveur des juifs marocains, politique consistant notamment à les traiter sur le même pied d’égalité que le reste de leurs compatriotes musulmans. Son attitude nette à leur égard, Sa résolution ferme de les défendre durant la dernière guerre – comme vous l’avez noté dans votre lettre – ainsi que Ses déclarations réitérées à leurs délégations, à diverses occasions, ne sont qu’une confirmation de cette politique, une application de ses principes et l’accomplissement de ce qu’Elle considère – que Dieu la préserve – comme l’un de Ses devoirs en tant que Chef d’État, ne faisant aucune distinction entre les éléments de son peuple.

Sa Majesté – que Dieu l’assiste – m’a chargé d’attirer votre attention sur le fait que, dans son Royaume Chérifien, il n’existe, pour ce qui concerne les Marocains, aucune disposition légale favorisant un élément au détriment de l’autre. Les Marocains de confession juive bénéficient spécialement de la protection de la loi quant à l’exercice de leur culte et à l’application de leur statut personnel.

Au sujet des libertés publiques que vous désirez voir octroyer à vos coreligionnaires, dans l’esprit des principes adoptés au Comité des droits de l’Homme dont vous êtes l’un des principaux piliers, Sa Majesté souhaite ardemment que l’exercice en soit généralisé à tous Ses sujets, sans aucune exception ni discrimination.

La condition déplorable dans laquelle se débat, selon votre lettre, une proportion de l’élément juif, fait partie des difficultés actuelles. Elle n’est pas la leur propre ; elle embrasse aussi un nombre non négligeable de leurs compatriotes musulmans. Sa Majesté – que Dieu la garde – n’épargne aucun effort pour défendre les droits de toutes les classes pauvres de Son peuple, aussi bien musulmanes que juives, afin que leur standard de vie soit élevé et leur situation économique et sociale améliorée.

Je serais heureux, à cette occasion, de vous faire part du vif intérêt avec lequel Sa Majesté – Puisse Dieu en glorifier le règne – suit les nobles efforts que vous déployez en vue de faire triompher les Droits de l’Homme et d’en garantir l’exercice. Elle prie Dieu, le Tout Puissant, de nous inspirer tous dans la recherche du bonheur de tous. Salut. »



[www.cairn.info]




L'emancipation sociale des Juifs du Maroc
Posté par: lena (IP enregistré)
Date: 18 janvier 2008 a 10:19

Merci Darlett pour ce sujet. Je me suis souvent demandée comment nos parents et grands-parents avaient modifiés leurs coutumes vestimentaires et comment s'est passé le passage du Mellah à la ville ? C'est une recherche sociologique certainement intéressante.
Amitiés
Léna

L'emancipation sociale des Juifs du Maroc
Posté par: darlett (IP enregistré)
Date: 18 janvier 2008 a 19:04

En effet Lena, c'est interessant de connaitre ce processus qui s'est produit a une allure vertigineuse, il faut le dire, et qui a permis aux Juifs de sortir des Mellahs et de regulariser leur situation, activites, logements, vetements (en otant les signes distinctifs qu'ils pronaient alors), liberte d'action, etc...etc...

Les Francais ont servi de modele et forcement influence dans ce sens mais ce que cette lettre de Rene Cassin faite au Sultan, Mohamed V nous apprend et les remous qui suivirent parmi l'autorite francaise en place, c'est qu'il y eut ainsi la tres grande activite et influence de l'Alliance Israelite Universelle sur ce processus.

Il y a plus haut la lettre de Rene Cassin et la reponse du Sultan. Des documents extrement importants. Et ensuite la reaction des Francais qui percurent cette requete comme une ingerence dans des affaires interieures relevant de leur autorite.




L'emancipation sociale des Juifs du Maroc
Posté par: darlett (IP enregistré)
Date: 18 janvier 2008 a 19:39

Le port de ce foulard a pois m'a intrigue par exemple...

Je savais l'obligation de porter un vetement sombre et j'avais lu quelque part qu'il y a eut a un moment une demande faite aux Juifs de ne marcher que pieds nus, et a laquelle reagissait un notable de la communaute Juive par une lettre a l'AIU dans laquelle il estimait que les chevaux et les boeufs avaient plus de chance que les Juifs puisqu'ils etaient eux chausses naturellement !



L'emancipation sociale des Juifs du Maroc
Posté par: oudi (IP enregistré)
Date: 18 janvier 2008 a 22:05

Il se trouve que nous les Juifs avons la memoire courte et
surtout nous nous sommes e empresses de nous rappeler que les bonnes choses
mais il y en a eu d'autres et a un moment donne, les Juifs lorsqu'ils
sortaient du Mellah ils etaient obliges d'enlever leurs babouches et
marchainent pieds nus. C'est un fait. Tout cela a ete oublie et on
s'st mis a parler de 'nostalgie' etc
Je ne veux pas dire que tout etait difficile mais si les Juifs ont
choisi de partir lorsqu'ils ont pu, cela avait
certainement une bonne raison.

L'emancipation sociale des Juifs du Maroc
Posté par: darlett (IP enregistré)
Date: 29 janvier 2008 a 08:33

LE MELLAH DE CASABLANCA LORS DU PROTECTORAT

Traduction Hebreu/francais :
Darlett pour Darnna.com




L'interdiction de vivre en dehors du Mellah fut annulee a l'arrive des Français a Casablanca. La population juive qui y vivait s'empressa de s'en éloigner. Ainsi, les riches et ceux qui était proches du gouvernement se logèrent dans les quartiers européens. Ceux dont les moyens étaient plus limites trouvèrent un logement dans les quartiers a population mixte.
Les Mellahs vides de leur population, accueillerent alors les familles pauvres et les émigres des autres villes et des villages qui arrivaient en masse, attires par la ville côtière moderne et l'espoir de bien gagner leur vie. Ainsi, vieillards, femmes et enfants, plièrent bagages dans les campagnes et arrivèrent au Mellah.

Aussitôt arrives dans la grande ville, leur premier souci fut de rechercher les repères habituels, tels la synagogue, le Mikve, les boucheries cacheres, des amis ou connaissances afin d'obtenir un endroit ou loger provisoirement jusqu'a leur installation complète. Le Mellah répondait parfaitement à ces besoins et ils s'y installèrent.

Quelques romantiques et personnages européanises dont un journaliste nomme "Ohayon" arrivèrent au Mellah espérant trouver parmi ces immigrants des habitudes et modes de vie d'antan, comme les vêtements traditionnels, coutumes judeo-arabes et croyances ancestrales coutumières, ainsi que familles et voisinages comme ils connaissaient auparavant.
Or, au lieu de cela, ils ne trouvèrent que pauvreté, densité de population, maladies, chômages, faim, vagabondages, malfaiteurs et analphabétisme.
Bien que les nouveaux habitants du Mellah étaient originaires des campagnes traditionnelles, leur déchéance était due au processus de modernisation, a l'urbanisation rapide qui n'étaient pas accompagnes des structures adéquates de logement, d'éducation et d’assistance sociale compétentes.
De plus, le passage du village au Mellah occasionnait souvent une désintégration de la famille, la perte des liens sociaux et communautaires, des traditions culturelles et du leadership du chef de la communauté comme il était courant dans les villages.

Dans la grande ville, s'abattit sur le nouvel arrivée, un double fardeau. D'un cote, il devait se débrouiller tout seul, et de l'autre , les possibilités et réjouissances qu’offrait la ville étaient hors de portee pour ses faibles moyens. Ces avantages étaient réserves aux habitants de la ville nouvelle et non pas à ceux du Mellah,. N’en profitèrent que ceux qui possédait la culture, l'éducation et les aptitudes européennes mais certainement pas ceux qui n'avaient pour richesse que leurs traditions.
Très peu parmi eux, réussirent à surpasser ces difficultés et à s'adapter.
Sans le soutien qu'ils avaient l'habitude d'avoir dans leur village communautaire et qui servait de support lorsque les difficultés surgissaient, les émigres des villages étaient déracines, dénues de toutes initiatives et réduits à l'impuissance totale.

La désillusion fut suivie de désespoir, de lassitude et des signes de violence qui sont les caractéristiques apparentes dans les sociétés dites "slum" se manifestèrent de plus en plus. Le Mellah qui était sensé servir de planche de départ vers le monde moderne, fut une taupière sans issue apparente.

Un sociologue Prof. SH.N. Einsenstad qui a etudie les processus de modernisation, explique que l'effondrement des societes traditionnelles est une des consequences du colonialisme.




L'emancipation sociale des Juifs du Maroc
Posté par: Arrik (IP enregistré)
Date: 30 janvier 2008 a 00:17

Samuel Noah Eisenstadt (Israel Society) a été mon prof de socio à la fac de jerusalem mais je pense qu'il a occulté la véritable richesse ancrée chez la couche des juifs marocains depuis deux mille ans....

Bisous

Arirk

L'emancipation sociale des Juifs du Maroc
Posté par: darlett (IP enregistré)
Date: 30 janvier 2008 a 08:53

Je continue la traduction du texte du Prof. S.N. Eisenstad .../...

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Le partage entre une société traditionnelle et une société moderne, ne signifiait pas que les sociétés traditionnelles continuaient de jouir de conditions optimales qui leur permettaient de s'exprimer comme si elles avaient pour acquis l'appréciation sociale et culturelle totales, mais, étant donne que l'essence même de la société coloniale nécessitait son emprise et contrôle sur l'ensemble de la société, cet encadrement tendait à laisser les jeunes relativement en dehors des cercles du pouvoir économiques et politiques, et ceci, non pas par appréciation de leur bagage culturel mais tout simplement parce que cela servait leur intérêt.

Ces considérations ne pouvaient mener qu'à l'ébranlement des sociétés traditionnelles.
L'arrivée des Européens bouleversa les liens sociaux et modifia les bases économiques. Ce bouleversement fut le résultat d'une plus grande liberté financière et économique de l'individu face à son groupe social traditionnel qu'étaient la famille, le village, la communauté.
Cette liberté eut pour bénéfice de permettre à chacun d'être seul responsable de son travail et de son gain sans interdépendance obligatoire avec la communauté. Mais, ceci conduisit à l'ébranlement de la solidarité familiale et de son autorité sur l'individu.

La conséquence de cette nouvelle répartition du travail au sein de la famille et l'importance nouvelle des uns par rapport aux autres suivant un nouvel ordre qui considérait différemment les sexes et les générations, eut pour conséquence l'ébranlement de la solidarité du village, de la communauté. L'individu n'était plus enclin à participer à l'effort commun vis à vis de la communauté et le résultat fut, la perte et l’affaiblissement du groupe social traditionnel auquel il appartenait auparavant et qui jouait un rôle protecteur.

L'individu pouvait avoir la grande satisfaction de jouir de son argent librement mais en contrepartie, il devenait de plus en plus tributaire des forces du marche anonyme et précaire.
Ainsi, les jeunes sortis du cadre social traditionnel qui leur avait permis de jouir d'une sécurité sociale et économique, bien qu'inférieure dans une certaine mesure, furent propulses dans un nouvel ordre qui leur permettait des revenus supérieurs mais qui avait aussi pour conséquence l'incertitude sociale et économique.

Texte hébreu et traduit par mes soins pour Darnna.com, et tire du livre de SH.N. Eisendat, "Les Juifs de Casablanca" pages 99-102






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