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Temoignages - Alliance Israelite Universelle
Posté par: darlett (IP enregistré)
Date: 29 avril 2007 a 17:41

Avec l'accord du Prof. David Bensoussan que je remercie vivement pour cette formidable contribution en faveur de notre forum Darnna, je voudrais exposer ici, au fur et a mesure, les differents temoignages d'anciens eleves de l'AIU, reccueillis en un ensemble extremement emouvant qui a fait l'objet de la publication "Souvenirs et Reflexions sur l'oeuvre de l'Alliance Israelite Universelle" aux Editions Du Lys en 2002.





TEMOIGNAGES
Souvenirs et Reflexions sur l'oeuvre de
l'Alliance Israelite Universelle
par David Bensoussan - Edmond Elbaz
Les Editions Du Lys - 2002



"Un diction arabe dit que celui qui m'apprend une lettre me possede comme esclave, "man allamani barfan malakani abdan".
L'ecole de l'Alliance m'a appris la premiere lettre de chacune de mes langues. Elle m'a appris a etre l'enfant de mon pays, d'ou les circonstances historiques et politiques m'ont chasse ; elle m'a incite et m'incite encore a tenter d'etre digne de mes ancetres talmudistes, a accueillir Shakespeare dans sa langue et a m'alimenter a toutes les richesses de la France. Les premieres lettres auraient suffi pour me remplir de gratitude, mais toutes les autres ont suivi et je ne cesse de les dechiffrer et d'essayer de les inscrire jour apres jour."

Texte de Naim Kattan sur la couverture du livre.










Re: Temoignages - Alliance Israelite Universelle
Posté par: darlett (IP enregistré)
Date: 29 avril 2007 a 17:43

Préface

Bientôt un siècle et demi d'activités qui ont fait rayonner la langue française de par le monde. Le mandat de l'Alliance israélite universelle (AIU) a donné aux Juifs de la diaspora l'occasion d'avoir une ouverture sur le monde moderne depuis la seconde moitié du XIXe siècle. Pour la plupart, les Juifs des pays musulmans étaient prisonniers d'un statut de dhimmi (toléré) dans des pays islamiques, et leurs droits y étaient inférieurs par rapport à ceux de la population islamique majoritaire. L'Alliance n'a pas seulement apporté une nouvelle dimension culturelle, mais elle a aussi contribué à faire connaître au monde le sort difficile des Israélites et à insuffler à ces derniers un goût de liberté et d'affranchissement. En rapportant les excès envers les Israélites, l'Alliance a contribué au fait que les oppresseurs durent rendre des comptes parce que l'opinion internationale en fut saisie. L'on a souvent tendance à oublier cette contribution de l'AIU, car les puissances coloniales ont fini par faire régner l'ordre et la paix, mettant fin à une insécurité séculaire.


L'Alliance est plus qu'une institution de scolarisation. Tout celui qui est passé par son moule a pu bénéficier de l'apport du corps enseignant tout dévoué à sa tâche. Les professeurs ne voulaient pas seulement que diffuser un enseignement, mais visaient l'excellence. Ils avaient pour leurs étudiants les ambitions les plus nobles. Ils tenaient tellement à ce qu'ils réussissent que cela transparaissait au quotidien. C'est dans une atmosphère familiale et privilégiée que les élèves reçurent une éducation et des enseignements de la vie.


Doit-on rappeler la réussite des finissants de l'Alliance ? L'Alliance a permis d'ouvrir tout grand la voie vers des carrières professionnelles tant dans la science que dans les arts. L'énumération non seulement des cas de réussite mais aussi des statistiques portant sur les dizaines de milliers d'autres élèves qui sont passés par ses établissements serait fastidieuse. Mais il y a plus encore : Où que l'on soit sur le continent, l'on rencontre des anciens amoureux et nostalgiques qui ont conservé un merveilleux souvenir de leur séjour, de leurs professeurs et des copains farceurs.


La présence de l'A.I.U sur les bords du St Laurent s'est faite tout naturellement avec l'arrivée des Juifs d'Afrique du Nord et du Moyen Orient. Cette présence bien qu'étant un phénomène récent, a pris en quelques années une importance indéniable. Importance due, certes, au fait français au Québec, mais aussi à une volonté de mettre en commun des expériences pédagogiques qui ont fait leurs preuves dans les établissements de l'Alliance de par le monde. Les écoles juives de Montréal, anglophones et francophones sont toutes aujourd'hui affiliées à l'AIU, et près de 7000 élèves bénéficient de cette association. Nombreux sont les professeurs qui sont des anciens de l'Alliance et qui ont reçu eux-mêmes de leurs aînés des valeurs qu'ils retransmettent au Canada avec la même ferveur, dans le respect d'autrui et dans la fierté du patrimoine juif. Dans le contexte canadien, les établissements affiliés à l'Alliance couvrent l'ensemble des tendances religieuses fort différentes, allant du mouvement libéral à l'ultra orthodoxie.


Avec le recul du temps, on commence à réaliser la dimension du défi titanesque relevé par l'Alliance tant su rle plan des efforts pédagogiques et organisationnels que sur le plan financier. L'AIU nous donne ici une leçon d'histoire exemplaire qui aura marqué l'histoire du peuple juif en diaspora. Fasse que l'œuvre passée de l'Alliance puisse nous inspirer pour pouvoir continuer et persévérer dans la foulée de son idéal.


David Bensoussan Edmond Elbaz








Re: Temoignages - Alliance Israelite Universelle
Posté par: darlett (IP enregistré)
Date: 29 avril 2007 a 17:45

Avant-Propos

Rien n'est fait tant qu'il reste quelque chose à faire
Samuel Daniel Lévy
(1874-1971)


Dans ce recueil de témoignages, nous avons voulu permettre aux anciens de l'Alliance de témoigner de leurs expériences respectives. Nous nous sommes vite rendu compte que ces témoignages étaient tous empreints de nostalgie et d'admiration pour l'œuvre éducative de l'institution de l'Alliance. Les témoignages viennent d'originaires des grandes villes du Maroc tout comme Meknès, Mazagan, Marrakech, mais aussi des régions éloignées du bled marocain ainsi que de l'Irak et de l'Iran.

Peut-on envisager des souvenirs de classe sans leurs cancres et leurs farceurs ? Nous avons été chanceux de pouvoir mettre la main sur des notes personnelles de l'artiste et poète Isaac D. Knafo connu sous le nom de IDK, qui nous conte avec sagacité des scènes de classe dans sa ville de Mogador natale ainsi que son voyage à Paris à l'École Normale Israélite Orientale (ÉNIO), des souvenirs de son séjour dans cet établissement et son retour au Maroc.

Samuel D. Lévy a été incontestablement un leader qui a motivé toute une génération d'éducateurs et de dirigeants communautaires. Nous reproduisons des témoignages rapportés par les dirigeants communautaires de l'époque. Bien que certains de ces témoignages soient parfois redondants, nous avons jugé bon de les incorporer car ils traduisent un style et une forme de pensée propres aux dirigeants communautaires d'une autre ère et mettent mieux en évidence les dilemmes et les difficultés qu'ils ont dû confronter.

Dans une dernière partie, nous laissons la place à des réflexions sur l'œuvre de l'Alliance et sa philosophie ainsi que sur celle de certaines de ses grandes figures. Des critiques et éloges sont de mise, notamment du fait que l'œuvre de l'Alliance peut être évaluée aujourd'hui avec un certain recul.

Nos remerciements vont aux auteurs, à Asher Knafo qui nous a transmis les mémoires de son oncle IDK, à Clémence Lévy qui nous a transmis les témoignages sur son beau-père Samuel D. Lévy et à Morteza Danechrad qui a bien voulu faire une seconde lecture des travaux soumis et contribuer à l'édition de cet ouvrage.








Re: Temoignages - Alliance Israelite Universelle
Posté par: darlett (IP enregistré)
Date: 29 avril 2007 a 17:51

Je me souviens de mon école
Marcel Bénabou


Dans cette " mémoire obstinée " dont j'ai récemment tenté de restituer les fragments, l'école de l'Alliance de ma ville natale Meknès, occupe une place spéciale. Car, plus peut-être que les autres enfants de mon âge, j'ai entretenu avec cette institution des rapports étroits.


Avant même d'y entrer comme élève en octobre 1945 et d'y passer cinq années, j'avais eu quelques bonnes raisons de m'en sentir proche. Et pas seulement parce que les deux bâtiments qui la constituaient se trouvaient, comme par une sorte de prédestination, à quelques pas de la maison de mes parents.


En fait, c'est comme refuge, comme lieu de protection, que je l'ai d'abord perçue. Un de mes plus anciens souvenirs remonte aux années de guerre (1942 ou 1943) et concerne l'école des garçons. Dans la vaste cour de celle-ci, une série de tranchées parallèles avait été creusée, destinées - c'est du moins ce que j'ai toujours supposé - à accueillir la population du quartier en cas de bombardement. Je me rappelle être allé plusieurs fois contempler en famille, avec un sentiment de sécurité mêlé d'un brin de fierté, ces étroites et profondes excavations. Mais pour autant que je me souvienne, je ne me rappelle pas d'avoir jamais vu personne aller s'y abriter. Dès cette époque, l'école était donc devenue pour moi le prolongement naturel de ma maison. Déjouant la sourcilleuse surveillance maternelle, il m'arrivait souvent (je n'avais que la rue à traverser) de me glisser - au risque de m'écorcher les mollets ou le visage - à travers une épaisse barrière de buissons pour pénétrer dans la cour de l'école des filles, à l'heure de la récréation. Je m'y sentais tout à fait en famille : une partie des élèves étaient mes cousines ou mes voisines; une de mes sœurs y enseignait, ainsi qu'une de mes belles-sœurs; quant aux autres maîtresses, elles étaient souvent des proches.


Lorsqu’enfin je fus admis comme élève à l'école des garçons, ce fut pour moi le début d'une série de plaisirs. J'aimai jusqu'au moindre objet de ma nouvelle salle de classe : l'estrade et le bureau de bois du maître, les tendres craies de couleur qui s'écrasaient doucement sous les doigts, le chiffon humide glissant sur le tableau noir, le globe terrestre tournant autour de son axe, les cartes murales (je me souviens surtout de celle qui était intitulée : Les peuples de la Gaule à l'époque de Jules César) et la série d'images représentant Jeanne d'Arc à la bataille d'Orléans, Saint-Louis rendant la justice sous un chêne, Le sacre de Sa Majesté l'Empereur Napoléon 1er… Mais ce que j'aimais par-dessus tout, c'est que chaque année m'offrait l'occasion de pénétrer plus avant dans un univers fascinant : celui que je découvrais à travers les textes assemblés dans ce volume que l'on appelait " livre de lecture ". Dès que je l'avais en main, peu avant la rentrée, je sautais par-dessus les chapitres du début, encombrés de leçons de grammaire et d'orthographe, et je courais aux pages finales, réservées aux vraies " lectures " : c'étaient de petits textes de fiction, les premiers que j'ai eu l'occasion de lire, et qui me firent éprouver les frissons d'un plaisir inconnu…


Mais d'autres moments, tout aussi intenses, me reviennent périodiquement en mémoire : les parties de billes sous les faux poivriers de la cour, tandis que nos maîtres échangeaient à mi-voix les derniers potins et que le directeur, majestueux et solitaire, faisait les cent pas devant son bureau ouvert, en attendant de pouvoir notifier impérieusement à tous, par trois coups stridents de son sifflet à roulette, la fin de la récréation; les réjouissances qui marquaient rituellement les derniers jours torrides de l'année; les leçons s'allégeaient, on célébrait l'arrivée prochaine des vacances dans un feu d'artifice de rondes et de chansons, inlassablement hurlées sous les fenêtres du directeur, qui, ces jours-là, consentait à prendre un visage moins sévère.


Ma scolarité à l'Alliance s'acheva en cet avant-dernier jour de juin 1950 où je découvris avec bonheur ce que pouvait être une " distribution des prix ". C'était la première dans notre école, et elle coïncidait exactement avec mon onzième anniversaire. Elle avait été préparée avec soin. Une représentation théâtrale avait même été prévue. La " scène " avait été dressée en plein air, sous les arbres. Les maîtres au grand complet, ainsi qu'un certain nombre de parents, dont les miens, étaient là. Mais ce qui donnait du lustre à l'événement, c'était la présence des " autorités " : aux côtés du président de la communauté et du grand rabbin, trônaient, majestueux et graves, le pacha dans sa djellaba blanche et le général dans son uniforme. J'avais été choisi pour interpréter le rôle principal, celui du mari, dans une farce médiévale intitulée La farce de la femme muette. Je l'avais répété pendant des semaines, et jusqu'à ces dernières années, quelques fragments de ce texte traînaient encore dans ma mémoire. Une très charmante élève de l'école des filles me donnait, si je puis dire, la réplique, ce qui ajoutait du piquant à la chose. Le moment le plus fort vint pour moi juste après la représentation : sous les applaudissements, je reçus des mains du pacha un beau et lourd volume, relié et doré sur tranche, qui allait pour longtemps concrétiser cette notion demeurée jusque-là bien abstraite, celle de " prix d'excellence ". Le livre était intitulé Peau de pêche. Il fut pendant quelques années le plus bel ornement de ma bibliothèque.


Les nouveaux cahiers (juillet 2000, no 22)








Re: Temoignages - Alliance Israelite Universelle
Posté par: darlett (IP enregistré)
Date: 10 mai 2007 a 03:42

La Rentrée
Bob Oré Abitbol


Tous les souvenirs d'enfants se ressemblent et pourtant chacun est personnel. J'ai beau vous entendre raconter vos aventures et m'apercevoir qu'effectivement elles ont un air de famille, les nôtres étaient uniques au monde, comme la rose du Petit Prince. Parce qu'il s'agissait de nous. La réalité se transforme peu à peu en souvenirs et chaque jour qui passe les rend plus vivaces et plus purs.


À cinq heures du matin, il s'était levé dans l'excitation de cette première journée pour " La Grande École ". Il se lava la figure tant bien que mal, mit un peu d'eau sur ses cheveux s'était habillé : chemise blanche à manches courtes, short gris à bretelles et, par-dessus, un tablier bleu et blanc à carreaux avec une lisière rouge qui fermait sur le côté.


Il réveilla doucement puis avec insistance sa mère qui se leva de bonne grâce, ne voulant pas gâcher par une remontrance quelconque cette journée vraiment très spéciale pour l'enfant.


Elle lui fit refaire sa toilette, rajusta ses vêtements attachés à la diable et lui prépara un bon déjeuner qu'il avala à la hâte.

" Prends ton temps, mon chéri, dit-elle, l'école commence à huit heures et demie ". Il ne voulut rien entendre; elle enfila un long peignoir fleuri, mit un ruban sur ses cheveux frisés et l'établissement ne se trouvant qu'à 500 mètres, elle accompagna l'enfant à pied.


Sur l'avenue qui menait à l'école, les arbres étaient toujours verts et les bougainvilliers fleurissaient encore malgré les premiers frissonnements de ce début du mois d'octobre.

L'aube se levait à peine et, dans cette rue de Casablanca, d'ordinaire si vive et si animée, un silence étrange régnait. L'épicier du coin n'allait cependant pas tarder à faire grincer dans un bruit de tôle son rideau, et la rue allait retrouver son visage de tous les jours et ses bruits quotidiens.

Le marchand de poissons d'abord : " Colin, sole, merlaaaan ", le dernier mot n'en finissait pas de finir. Le rémouleur et son sifflet, sa musique particulière est tellement jolie! Les marchands de légumes, de fruits, pittoresques et sympathiques. Le marchand de sable sur son âne : " Ha remla, Ha remla ". On racontait en riant que son âne pouvait parler, mais avait peur de le faire devant son maître, de crainte de devoir répéter sa vie durant : " Ha remla, Ha remla ".

L'enfant, connaissait bien sa rue. Pendant toutes ses jeunes années, il avait vu le va-et-vient des uns et des autres, et sa mère l'avait souvent pris dans ses bras pour un " petit marché " comme elle disait.

La rue appartenait aux femmes pendant la journée. Elles se rencontraient autour de tous ces vendeurs ambulants et tout " en marchandant " échangeait les dernières informations, lançaient les prémices d'un cancan et amplifiaient, reprenaient une rumeur ou s'indignaient des mini-scandales qui sont le " propre de toute communauté ".

Entre midi et deux heures, cependant, les maris et quelques-uns des enfants venaient prendre le déjeuner. La rue prenait alors un autre visage. Monsieur Amzallag, avec son béret sur le côté (il racontait qu'avec le patron qu'il avait, c'est tout ce qu'il avait réussi à mettre de côté) et dans chaque bras un paquet de fruits, l'enfant ne se souvenait pas de l'avoir vu différemment leur vie commune durant.

Les voisins échangeaient leurs plats favoris, des cris fusaient de toutes parts. Le marchand de journaux passait à toute vitesse à bicyclette " Vigie, Vigie ".

Vers une heure trente, les hommes repartaient vers leur travail en s'arrêtant toutefois à la terrasse de leur café favori pour une rapide partie de cartes, qui n'en finissait pas et un café-verre. Les enfants reprenaient le chemin de l'école. Alors la rue se calmait…pour quelques heures.

Pendant ce temps, l'enfant était à l'école. Sa première journée se passait bien. La maîtresse était gentille et sympathique. Elle racontait de jolies histoires et pour cette première rencontre donnait surtout des recommandations : les livres qu'ils devaient apporter, une ardoise, de la craie, une éponge, un plumier, un cahier avec des interlignes, des plumes Sergent-Major pour les pleins et les déliés.

La cloche sonna pour la récréation et l'enfant rencontra ses premiers camarades. La cour était immense; il y avait des arbres partout, le tronc peint en blanc. Près du préau, qui servait de salle de gymnastique, de théâtre, de salle de punition et que sais-je encore, se trouvait la fontaine où s'échangeaient les petits secrets.

L'école des garçons était mitoyenne avec celle des filles et l'on pouvait entendre leurs rires et leurs cris stridents pendant qu'elles jouaient à la marelle, à la corde, à la ronde.

Pendant ce temps, les maîtres se promenaient par deux ou par groupe les mains derrière le dos, l'un d'eux sifflant de temps en temps un enfant particulièrement turbulent.

Bien que déchaînés, les élèves craignaient leurs maîtres et les regardaient avec respect. Au fond de la cour, " les grands " étudiaient et les enfants qui les voyaient de loin attendaient avec impatience le jour où ils pourraient en être là. De leur côté, les grands enviaient leurs cadets et regrettaient, eux aussi, de ne pouvoir jouer comme leurs petits camarades.

L'enfant écarquillait les yeux, émerveillé. Il acheta un pain au chocolat qu'il dévora à belles dents. Puis se mit à courir avec les autres. Des clans se formaient, se défaisaient, se refaisaient rapidement.

La cloche sonna de nouveau, les rangs se formèrent devant les classes et quelques minutes plus tard, la cour retrouvait un silence relatif, troublé seulement par les oiseaux qui venaient picorer le reste de croissants des élèves.

Madame Bencheton, c'était le nom de l'institutrice, remarqua le petit visage vif et sympathique de l'enfant et le fit venir au tableau.

- Comment t'appelles-tu?

L'enfant dit son nom d'une voix claire, mais son cœur battait fort. Il était intimidé par toute la classe qui le regardait et par la maîtresse qui lui demanda d'une voix douce :

- Connais-tu un poème, une chanson, une petite histoire que tu aimerais nous raconter?

- Oui Madame, dit l'enfant, un poème, et sans se tromper une seule fois, il dit le petit quatrain d'une voix sûre qui le surprit lui-même quand il se rassit plus tard.

L'institutrice le prit dans ses bras et le serra fort, l'embrassa avec un grand rire, lui dit " Bravo, c'est bien mon petit " et lui remit un bonbon et un bon point. L'enfant retourna joyeux à sa place. La classe terminée, l'enfant résista pour ne pas croquer le bonbon; même quand son frère vint le chercher, il ne parla pas. Malgré son excitation du bon point et surtout du bonbon, il réservait la bonne nouvelle à sa mère.

Il retournèrent par le petit jardin du boulevard d'Anfa là où les amoureux se retrouvaient le soir, arrivèrent au boulevard Gouraud, retournèrent enfin rue Lusitania qui retentissait déjà des cris d'enfants. Cette rue Lusitana ainsi que la place de Verdun, la rue Mouret, la rue Voltaire, la rue Jean-Jacques Rousseau étaient des satellites ou plutôt des confluents qui se jetaient tous dans la rue Lacépède qui était connue dans tout Casablanca.


Tous les jeux s'y pratiquaient. À l'époque dont je vous parle, l'enfant était tout jeune et ne voyait que les joueurs de billes, les collectionneurs de noyaux d'abricots, les batailles sans pitié de toupies, où le gagnant avait le droit, avec la pointe de sa toupie, à autant de coups qu'il avait pu tenir de secondes la sienne tournant dans sa main, le kiné, une sorte de base-ball qui se jouait avec des morceaux de bois, Zorro, sans déguisements mais avec des mouchoirs, le sort déterminant les " Bons " et les " Méchants ".

Les grands jouaient de la guitare, chantaient en chœur, près de leur moto qui définissait leur statut dans les groupes. Qui n'a entendu parler de " cow-boy ", de " poupée Benouaich ", " bébé Larédo " James, Dédé dit l'oiseau, Jacques de Gouveia dit Jouiqui le pâtissier, Maurice le pigeon, Charles Tolédano. Le quartier pullulait de fortes personnalités et de fortes têtes qui ont marqué leurs camarades et le quartier de façon définitive. Que sont-ils devenus?

Yaacob le " nougatelier " représentait un pôle d'attraction important de la rue. On y trouvait les meilleurs nougats, le meilleur gâteau aux amandes de toute la ville, et…du crédit.

Près de lui, un mercier peu sympathique s'était installé. Il vendait des boutons douteux, parce qu'ayant servi on ne sait où, des fils, des dés à coudre, de l'élastique. Son affaire ne marchait pas. Voyant le commerce florissant de son voisin, il revint un matin en marchand de gâteau à la grande colère et au grand dam de Yaacob. Les prix se mirent à dégringoler de façon vertigineuse. C'est à cette époque que le jeune garçon comprit les bienfaits et les avantages de la concurrence et de la libre entreprise pour le consommateur.

L'enfant revint donc tout excité de sa première journée d'école, le bon point dans la poche, le bonbon dans l'autre, serrant son cartable vide contre sa poitrine. Arrivé près de la maison, il se mit à courir, grimpa les escaliers à toute vitesse et frappa frénétiquement à la porte qui s'ouvrit presque instantanément.

- Maman, Maman, regarde, regarde! Dit-il.

Ses joues étaient rouges de joie, ses yeux brillaient, il brandit le bon point et le bonbon triomphalement. Sa mère le félicita chaudement. L'enfant eut enfin le loisir de croquer son bonbon.


Cet enfant qui évoque ces souvenirs avec tant d'émotion et de nostalgie, cet enfant, c'était moi….et c'est encore moi.









Re: Temoignages - Alliance Israelite Universelle
Posté par: Sylvain (IP enregistré)
Date: 14 mai 2007 a 13:07

superbes de vibrations et de sensations, ces évocations !!! on s'y croirait encore, ma parole ...

C'est un excellent sujet que l'Alliance....

Ses instituteurs et d'institutrices, qui se dévouérent corps et ames, un véritable sacerdoce, ont éduque des générations d'éléves et pout certains, meme au déla de ce que l'on pourrait attendre.

Ce n'est que justice que de rappeler leur oeuvre.

Je pense que Gilou, dont la maman était directrice d'école, pourrait nous en parler plus longuement.

une pensée émue et admirative pour le travail accompli par les Torron, Harari, Farache, Ninio, Hanania, Gomel, Haliouah, Cattan, Benichou, Elbaz, Altun, Mendel et tant d'autres. Ce serait dommage que leur souvenir disparaisse.

Jusqu'aux plus lointains mellahs, parfois dans des conditions de vie inimaginables, elles ou ils ont accompli un veritable miracle, faire passer du Moyen-age au monde moderne des communautes entieres. Ce qui merite amplement notre respect, notre reconaissance et notre affection.

Sylvain


Re: Temoignages - Alliance Israelite Universelle
Posté par: darlett (IP enregistré)
Date: 17 mai 2007 a 04:58

L'école de l'Alliance à Marrakech
Fiby Bensoussan


Avant l'ouverture des écoles de l'Alliance israélite à Marrakech, mon père racontait que les leçons de français étaient enseignées dans une chambre vide sans bancs ni tableau. Parfois, les élèves étaient plus âgés que les professeurs. Il n'y avait bien entendu que l'élément masculin, les filles se consacrant à l'apprentissage de leur rôle de femmes au foyer ou apprenant des métiers tels que la couture, la broderie, la finition de vêtements, de caftans rutilants de fils d'or et d'argent, de sérouals artistement piqués à la machine à coudre qui venait de faire son apparition dans les foyers, etc.

Puis ce fut l'événement extraordinaire de la construction de deux écoles une pour les filles, l'autre pour les garçons dans les jardins de Znuma et Afia (une partie du merveilleux Agdal royal). Le jour de l'inscription, ce fut la ruée. C'était surtout les mères qui amenaient leurs filles et leurs garçons. Les mères qui regrettaient de ne savoir ni lire, ni écrire désiraient voir leurs filles avoir accès à l'instruction.

Les jeunes garçons aiguisés par l'étude de l'hébreu font de rapides progrès sautant souvent de classe. Les filles rivalisaient entre elles et parvenaient à suivre facilement les leçons. Seul restait l'accent impossible du Français, poussé parfois jusqu'au ridicule.

Accompagnée de ma mère et de ma grande sœur, nous attendons fébrilement l'appel de nos noms. Quelle émotion, nous voilà inscrites ! Il faudra revenir munies d'ardoise, de craies et revêtues d'un tablier beige garni de bleu, la tenue uniforme pour toutes les petites filles, les garçons eux sont en tablier noir.
En rang, la maîtresse armée d'une règle, inspecte les cheveux. S'il y a des lentes, c'est qu'elles ont des mères. Renvoyées chez elles pour arracher les lentes une à une et ne revenir que la tête parfaitement propre. Les ongles en deuil subissent le même traitement. Dans les petites classes, nous n'avons pas toujours la même maîtresse et des monitrices ou des remplaçantes se relaient autour de nous. Malgré cela, j'apprends facilement et plus tard, je vais aimer avec passion la langue française, riche et élégante. C'est l'aventure la plus exaltante pour les petites filles.

La récréation nous trouve excitées, bavardes et pressées de courir et de jouer. Je me souviens de nos premières maîtresses que nous admirions pour leur beauté et leur élégance. Leur parasol était souvent assorti à leurs robes C'était les filles du grand Rabbin Pinhas Cohen. La grande s'était mariée et partit habiter Mazagan. Nina la cadette s'était mariée à M. Cohen qui enseignait aux garçons. On l'appelait Hérode, ses cheveux roux étaient flamboyants.

Pour se rendre à l'école, on pouvait y aller soit du Mellah ou encore à partir de la Médina (beaucoup de familles habitaient dans les quartiers des Arabes), en longeant l'austère cimetière juif. Les mendiants venus souvent de l'Atlas sont accroupis contre les murs. Devant le cimetière, une immense montagne que nous grimpons et dévalons avec des cris de Sioux. Une cantine distribue aux pauvres soupe ou riz.

En 3ème, nous avons eu Mme Cami grassouillette aux yeux aussi bleus que le ciel de Marrakech au printemps. Elle était pétrie de bonté et de gentillesse. Pendant l'heure de la gymnastique, elles nous faisait faire des huit avec nos bras ou puiser l'eau des puits, alors que nous avions des ailes aux pieds et ne rêvions que de courir et de jouer. Nous étouffions nos fous rires pour ne pas lui déplaire, car nous toutes l'aimions. Mme Cami était aussi tendre qu'une maman. Nous attendions impatiemment l'heure de la récréation pour nous livrer à nos jeux favoris : en sautant à la corde en chantant ''l'aéroplane de St-Malo'', en jouant à l'escargot en poussant la palette du pied, en jouant à saute-mouton, à ''la balle jolie balle…'' ou encore aux ânes, soit en contournant sans les toucher un grand nombre de zéros tracés sur l'ardoise, en tapant sur le dos de la main de celui qui ne la retire pas assez vite de la paume de son adversaire et qui reçoit alors une tape cuisante, ou encore ''à la ronde des muets''.

En 2ème classe, ce fut Mme Abou. Nous lui devons tout ce que nous avons appris en dehors des leçons. Grande, autoritaire, elle avait le sens de la justice et de l'humour. Un jour que nous ne connaissions du mot qu'une femme enceinte, elle fit venir son fils Lucien, âgé de six ou sept ans, pour nous apprendre que le mot enceinte voulait dire aussi un rempart autour d'une ville.

En première, l'année de l'examen final, ce fut Mlle Tolédano toujours bien habillée et bien coiffée. Elle était la seule à venir à l'école dans sa voiture. Un matin, nous avons trouvé l'école en effervescence. Mlle Tolédano est morte dans un accident de voiture sur la route de Casablanca. Nous sommes bouleversées, d'autant que cette année est l'année où nous espérons réussir à obtenir notre diplôme. M. Bibas, le directeur des deux écoles est venu nous voir pour nous annoncer que nous aurions Mme Abou pour terminer l'année. M. Bibas est très près de ses élèves et couvait presque tous nos parents. En cette année 1935 il fait une chaleur accablante, mais nous, les enfants, ne ressentons ni la canicule, ni le froid cinglant de l'hiver.


Nous travaillons sérieusement, Mme Abou ne supportant ni bavardage ni paresse. À la récréation, quand elle nous surprenait en train de parler en arabe, nous devions payer deux sous pour chaque oubli. C'est grâce à elle que notre promotion a connu 80 pour cent de réussites. J'ai une mention bien ce qui déplaît à mon frère qui attend les résultats. Il voulait pour moi une mention très bien.

Enfin, c'est la joie, la liberté. Les familles aisées jamais opulentes, envoient leurs enfants pour les vacances au bord de la mer, à Mogador ou à Mazagan. Les jeunes se baignent jouent, apprennent à vivre en société. Une expérience fantastique. Connaître une autre ville, ses habitants et son climat. Malgré le vent de l'alizé, Mogador demeure cette petite ville bleue et blanche, où l'on vit chaque heure comme un cadeau du ciel.

Nous sommes sorties de cette première école riches de poésies. Des fables de La Fontaine (le par cœur est obligatoire). Même le Cid que je peux encore réciter au grand ahurissement de mes petits-enfants.








Re: Temoignages - Alliance Israelite Universelle
Posté par: darlett (IP enregistré)
Date: 30 mai 2007 a 14:38

L'A.I.U. à Mazagan, Maroc
Sam Abergel


La première école de l'A.I.U. ouvrit ses portes dans notre ville vers les années 1907-1908. Elle était dirigée par M. Elmaleh et se trouvait alors dans la Cité portugaise. Alors jeune fille, Maman a fréquenté cette école et y reçut une éducation dans un français qu'elle écrivait et parlait à la perfection. Avec l'expansion de la ville une nouvelle école fut construite en dehors de la cité qu'on appelait, à tort, le Mellah.

Ce nouvel établissement scolaire se trouve encore rue du Cat Lachèze et a deux pavillons, l'un pour les garçons et l'autre pour les jeunes filles. Les salles de classe sont grandes et bien aérées grâce aux larges fenêtres. Cette école avait une cour intérieure à ciel ouvert et une grande cour extérieure pour les récréations.

Outre l'éducation hébraïque nous recevions aussi toutes les matières du français. Un adjudant de l'Armée française venait deux fois par semaine pour nous donner des cours de culture physique. Nos maîtres, presque tous d'origine turque, sauf pour les moniteurs, avaient à cœur leurs élèves ! Ils faisaient tout leur possible pour nous faire réussir. Je me souviens que le Directeur nous avait suggéré de faire de la cour intérieure un jardin, ce que nous avons fait. Pour ma part, dans mon carré, j'ai planté un noyau de datte qui a donné un beau palmier dépassant les toits de l'école.

Nous recevions aussi, la visite du docteur de la ville 2 fois par an et, en cas d'épidémie, nous étions parmi les premiers à être vaccinés. Comme Maîtres d'école nous avons eu au fil des années, M. Massa, M. Assa, Mlles. Guarguir, Cohen et Esquénazy. En fin d'études M. Mésulam et à la direction M. Banderly.

Ma reconnaissance et ma profonde gratitude vont à tous ceux qui ont su me donner un enseignement inoubliable. Cette merveilleuse école qui a vu passer tant de jeunes générations dans ses locaux est maintenant fermée après avoir servi de résidence pour personnes âgées. Lors d'un voyage au Maroc, j'ai revu ce beau palmier avec beaucoup d'émotions.







Re: Temoignages - Alliance Israelite Universelle
Posté par: darlett (IP enregistré)
Date: 07 juin 2007 a 04:26

Souvenirs de l'école
de l'Alliance Universelle de Mazagan
Esther Mérijen


L'école de l'Alliance Israélite Universelle, fut une porte ouverte sur le futur pour les jeunes Juifs du Maroc; un grand espoir de modernisation, de savoir, d'avancement face à la vie de tous les jours et bien d'autres choses encore…

L'école de l'Alliance Israélite Universelle fut pour moi le trait d'union entre deux ères : séculaire et moderne, de même qu'un trait d'union envers ma vie et celle qui s'offrait à moi.

Inscrite très jeune dans cette institution de grande renommée (je devais avoir 6 ans tout au plus) je me suis mise en tête d'apprendre chaque lettre, chaque mot, chaque syllabe en français, pour pouvoir le soir épater mes parents à la maison, quoique ma mère avait aussi fréquentée l'Alliance Israélite avec ses frères et corrigeait bien souvent mon français.

Je me réveillais très tôt le matin (5h) car mon père avait deux synagogues et il fallait qu'il se lève à 5 heures pour aller réveiller les fidèles afin d'avoir le "minyan". Mes sœurs et moi bavardions en attendant le retour de notre père de la synagogue.

Sitôt de retour, notre père nous préparait le petit déjeuner, thé ou café au lait avec du pain maison, de la confiture et du beurre fondu. Après le petit déjeuner, les mains et les frimousses lavées, notre mère nous mettait notre "tenue de rigueur" : le tablier noir. Un tablier noir avec un col blanc en dentelle ou au crochet, ruban rouge dans les cheveux, souliers en cuir noir, de "Chez Bata", et mouchoir dans la poche. Nos cartables aussi étaient en cuir noir ou brun, selon la fortune du moment. Sous le soleil radieux, ou sous une pluie battante, mon grand frère, porte drapeau de la famille, partait tout heureux d'aller à l'école.


Il y avait l'école des filles et celles des garçons. Sitôt arrivées, nous saluions la maîtresse d'un retentissant "Bonjour m'zelle". Nous nous mettions en rang, deux par deux, et attendions que la maîtresse nous regarde bien alignées avant d'avancer et de prendre place sur nos bancs de classe. Nous étions très disciplinées et écoutions tout ce que nous disait la maîtresse, afin de maîtriser cette belle langue française. Aussitôt rentrées, les cartables rangés dans le grand espace du banc noir, nous sortions nos cahiers. La classe commençait.

Tout d'abord la récitation (je m'étonne encore aujourd'hui de constater que, si jeunes, nos institutrices nous avaient familiarisées, non seulement avec la langue de Molière, mais qu'elles nous faisaient apprendre par cœur toutes les fables de La Fontaine, de Victor Hugo de Lamartine etc.)

Bien souvent, l'une ou l'autre des élèves n'avait pas appris sa leçon. Alors, on soufflait et, l'instituteur ou l'institutrice se mettait en colère et nous envoyait dehors. Après la récitation, suivaient le vocabulaire, l'histoire de France, et les Sciences. Puis ouf! c'était la récréation. On allait se désaltérer au robinet, jouer à la ronde ou à colin-maillard. Je me rappelle encore de la chanson qu'on chantait en jouant à la ronde "Le facteur passe et Liliane l'embrasse, le facteur passe et Colbert l'embrasse".

En guise d'anecdote, j'ai une toute petite histoire que je vais vous raconter. Tous les samedis après-midi, toute ma classe était réunie chez moi et nous faisions des représentations de théâtre. Notre mère nous préparait dans la chambre. Elle nous mettait de grands draps blancs sur les épaules et précédées de toutes les filles de l'Alliance, nous chantions devant un public sidéré, de petites filles et de petits garçons "Il faut te marier, papillon couleur de neige, il faut te marier, par delà le vieux mûrier". Nous passions des moments fantastiques avec tout ce beau monde, et le lundi nous en parlions encore à l'école de notre super représentation.

Ma dernière année à l'école de l'Alliance a été un peu frustrante, et très triste. À la fin de l'année, nous faisions toujours des fêtes superbes et chaque maman préparait des gâteaux. Nous avions de grands buffets et après la distribution des prix, nous allions nous régaler et passer un bon moment avec les profs et les directeurs entourées de nos amis. Cette année là, en 1943, nous avions joué "l'Avare" de Molière. Ma mère, mes sœurs et mon frère me faisaient répéter tous les soirs la pièce, car je jouais dans le rôle d'Harpagon et je n'en étais pas peu fière! Je me pavanais, je récitais dans un français impeccable la tirade d'Harpagon. Après la représentation, on nous prit des photos et les félicitations fusaient de toutes parts.

Malheureusement, juste au début de cette même année 1943, notre père mourut subitement et la vie changea pour nous. Mais, je veux vous quitter tout de même sur une note un peu plus gaie. Tous les vendredis après-midi, juste avant de quitter l'école, notre Directrice Mme. Stonz'l, venait jouer du piano dans notre classe du Bach, du Mozart, et j'en passe. Est-ce qu'à notre époque on courait, Bach et Mozart à 11 ans ! Ah! Oui ! Sur les ordinateurs. Merci à l'école de l'Alliance Universelle. pour tout le bien qu'elle nous a fait. Merci à ces merveilleux instituteurs et institutrices conscients et humains, qui nous ont toujours montré le droit chemin et l'amour du prochain.











Re: Temoignages - Alliance Israelite Universelle
Posté par: darlett (IP enregistré)
Date: 14 juin 2007 a 00:06

C'est l'oiseau qui porte haut les rêves de l'homme
Élias Malca


L'Alliance Israélite Universelle, cette institution humanitaire qui a marqué nos vies et a influencé notre existence depuis plus de deux siècles avec son histoire, ses fondateurs, ses professeurs, mérite notre reconnaissance.

Je sais ce que l'Alliance depuis 1860 a fait au Maroc. Je sais aussi que d'autres pays du bassin méditerranéen ont bénéficié de son apport. Je rends hommage pour leur vision aux Présidents Adolphe Crémieux, Narcisse Léven, Sylvain Lévy, René Cassin, Prix Nobel de la Paix et Monsieur Jules Braunswick.

L'Alliance au Maroc n'a pas fait que dispenser de l'éducation. Elle a soigné, nourri, habillé. Les hommes que j'ai cités nous ont pris par la main et nous ont émancipés, nous qui sortions des pages du Moyen Âge. En un mot, l'Alliance a donné une autre dimension à nos vies. Sans ses professeurs dévoués, d'une abnégation et d'un altruisme qui dans certains cas frisaient la sainteté, nous n'aurions pu accéder à notre siècle armés d'une telle formation et d'une telle éducation.

La création de l'Alliance israélite universelle a été un épisode marquant du judaïsme français qui a rejailli sur l'ensemble de l'humanité. Fondé sur des principes de justice, elle a donné naissance via René Cassin à la charte des droits de l'homme des Nations Unies. Cet événement a plus que la valeur d'un symbole. Il est à l'origine de toute une pensée politique contemporaine qui s'emploie à redonner à l'être humain sa dignité en lui rendant sa liberté. J'évoque alors immédiatement, Madame Cohen, Monsieur Tajouri, Mlle Sidi, Madame Ifrah et Monsieur Elias Harrus. Tous ces maîtres dont le nom seul évoque l'amour de l'enseignement. Ils le sont pour leurs actions, leur grandeur d'âme, leur caractère égal et leur courtoisie.

Je me souviens alors, en cinquième du Cours Complémentaire, Madame Suzanne Cohen, cette grande dame au visage d'ange, m'acheta du linge. Elle m'avait dit, " voici Élie, je sais que tes parents étaient occupés avec tes autres frères et sœurs, j'ai profité de prendre pour toi comme pour Jean, mon fils des costumes et des chemises ". À l'évoquer, j'ai les larmes aux yeux. Tant de délicatesse dans l'action. Nous avons eu jusqu'à sa disparition, une correspondance assidue. Monsieur Harrus à qui je dois de l'avoir revue, m'a confié que le fils de Madame Cohen lui avait dit que lorsque sa Maman s'est éteinte, elle avait un sourire et ce sourire fut pour moi.

L'Alliance a fait de nous des hommes portant haut nos rêves et nos ambitions. Le parcours humain de ma génération fut étoilé. Comment aurions nous pu avoir un tel destin si l'Alliance ne nous avait pas préparés aux mille défis du siècle ? Était-ce possible de réaliser autant d'objectifs sans rendre à l'Alliance cette reconnaissance depuis 55 ans ? À chacune de mes interventions publiques, l'Alliance fut au cœur de mes commentaires. J'ai eu le bonheur d'avoir réussi une rencontre avec les anciens de l'Alliance et Monsieur Jules Braunswick à Montréal. Nous sommes nombreux à être membres des anciens élèves de l'Alliance. J'ai eu le privilège de recevoir Monsieur Elias Harrus en 1970, un homme bon à la grande et belle âme, un travailleur infatigable. Un homme plein de vitalité avec l'assurance tranquille des gens qui savent qu'ils sont aimés.

Au nom des milliers d'enfants éparpillés dans le monde, je remercie les responsables de l'Alliance qui furent aux services de la grandeur de notre peuple, au service de l'humanité. Vous avez élevé nos âmes d'enfants par l'amour, la morale, la culture, comme cette histoire de Michelet que nous apprÉNIOns les larmes aux yeux pendant le cours de Mlle Sidi : Celle de cet enfant, prit de pitié qui emplissait ses poches de marrons chauds pour un autre enfant affamé et démuni qui regardait avec envie le marchand et ses produits succulents.

Vos conseils étaient comme ces marrons chauds, nécessaires et réconfortants et c'est à vous chers professeurs, qu'ils incombaient de veiller au grain. A vous de la tâche de cordonner, d'être vigilants et fidèles aux idéaux énoncés par vos prestigieux fondateurs, c'est-à- dire l'humanité, la vérité, l'amour et la volonté du bien.

Vous avez accompli un travail colossal et vous avez su porté haut nos espoirs et nos rêves.

Merci Mlle Elbaz, Monsieur Édéry, Monsieur Hassine, Mlle Elharar, Monsieur Pinto, Monsieur Behar, Mlle Tabac, Monsieur Cadosh, Mlle Sidi, Madame Gomel, Monsieur Sutton, Monsieur Sabetaï, Monsieur Guéron, Monsieur Benaroya et Madame Suzanne Cohen. Ils étaient mes professeurs.

Je vous compare à ces paysans travaillant, semant, raclant le terre espérant la pluie, luttant sans cesse pour que le grain ne meure. Pour que le blé danse sous le vent, pour que le soleil finalement fasse éclore les feuilles bleues de l'espérance. Ces épis que vous avez si bien entretenus pendant plus de deux siècles sont là pour témoigner de votre générosité et de votre altruisme.

Ma reconnaissance à l'Alliance sera pour toujours.









Re: Temoignages - Alliance Israelite Universelle
Posté par: darlett (IP enregistré)
Date: 25 juin 2007 a 04:07

Un sentiment de reconnaissance
Claude Bouhadana



Il m'a été demandé à l'occasion de la Quinzaine sépharade 2002 de rédiger un recueil de souvenirs sur l'Alliance israélite universelle du Maroc. Bien que n'étant pas directement bien placé pour livrer mes impressions sur cet organisme, je pense pouvoir contribuer à parler de ce que je considère comme une grande réalisation ayant influencé considérablement la vie des Juifs au Maroc, bien avant le protectorat français.

En effet j'ai pu fréquenter l'école publique française avant le début de la guerre 39-45 et au moment de l'instauration des lois de Vichy qui devaient être appliquées au Maroc j'ai pu échapper au renvoi de l'école française bien qu'à l'époque fut instauré un numérus clausus tendant à garder 2% des élèves juifs dans l'enseignement scolaire français.

À l'époque, le niveau du secondaire à l'Alliance était limité à la 3ème de ce qu'on appelait le cours complémentaire. Ensuite, les élèves de l'Alliance devaient obligatoirement finir leur scolarité secondaire pour obtenir le baccalauréat dans un lycée (Lycée Lyautey pour Casablanca).

Bien heureusement les lois d'éviction des élèves juifs ne durèrent que trois ans, ce qui permit à ceux qui fréquentaient l'Alliance de terminer leur scolarité secondaire avant d'entrer à l'Université.

En classe de Seconde, nous pouvions comparer le niveau des élèves venant de l'Alliance à celui de ceux qui étaient restés au lycée et que de fois n'ai-je pas regretté de n'avoir pas fréquenté l'Alliance car, de toute évidence, le niveau moyen en Sciences et Mathématiques était bien supérieur au nôtre.

Les élèves sortis de l'Alliance avaient des lacunes en français mais ils brillaient souvent en mathématiques. Je me souviens avoir pris des cours de mathématiques avec M. Sabetaï professeur à l'Alliance pour rattraper mon retard dans cette matière.

L'école de l'Alliance évoque pour moi le souvenir de l'école Lesseps, l'école Moïse Nahon dont le directeur général était M. Tajouri, homme réputé à l'époque pour son sens de la discipline et de l'organisation. Son épouse également était enseignante dans une des écoles de l'Alliance qui à Casablanca étaient situées dans un quadrilatère limité par le Boulevard de Bordeaux et le Boulevard Moulay Youssef.

Il est incontestable que l'œuvre de l'Alliance au Maroc a été capitale pour les Juifs marocains dont elle a permis la libération. Ce sentiment s'est d'ailleurs conforté avec le recul du temps surtout lorsque j'observe la communauté marocaine à Montréal et que j'analyse le chemin parcouru par les Juifs marocains en trois générations. Et ce, grâce au travail admirable de l'Alliance Israélite.

D'ailleurs André Chouraqui dans son histoire des Juifs en Afrique du Nord, cite la communauté marocaine comme un exemple unique de développement en 3 générations.

L'Alliance a permis l'émergence d'une classe moyenne à l'époque au sein de la communauté juive.

Et pourtant, remémorons-nous les débuts de l'Alliance au Maroc. Ce fut à Tétouan (Nord du Maroc) que fut installé en 1865 la première école de l'Alliance Israélite. On peut dire que le processus d'ouverture du réseau des écoles de l'Alliance répondrait à un fait inscrit dans le mouvement de l'histoire contemporaine. En effet, l'émancipation des Juifs en Europe avait commencé à la fin du 18ème siècle alors que celui des Juifs du pourtour méditerranéen était presque inexistant pour diverses raisons.

Rappelons-nous également de la condition de dhimmi du juif marocain tel que le rapporte André Chouraqui. Le statut de dhimmi est le statut d'être inférieur, d'un " protégé ". Il fut appliqué de tout temps aux Juifs et aux chrétiens dans les sociétés musulmanes. Le choix était entre ce statut, la conversion ou la mort. Il faut cependant noter que ce statut apparut au IXe siècle comme étant un progrès sans contexte par rapport à celui qui prévalait dans la chrétienté médiévale : Celle-ci ne donnait ni statut ni droit à tous ceux qui refusaient l'église.

Dans la société musulmane les non musulmans ne pouvaient prétendre à de réels droits et leurs ambitions dans leur existence était fonction de l'humeur du Sultan. Que celui-ci fut cruel ou que ses caisses fussent vides et les dhimmis étaient empalés ou rançonnés.

Au passage, je voudrais mentionner une réflexion de Shlomo Ben Ami, ancien ministre des affaires étrangères d'Israël dans le gouvernement Barak, dans son livre " Quel avenir pour Israël ? ". M. Ben Ami qui est originaire de Tanger, ville qu'il quitta à l'âge de 12 ans pour émigrer en Israël déclare : " Ce qui m'a sauvé en Israël est l'enseignement et l'éducation reçus à l'Alliance Israélite de Tanger. Jusqu'à ce que je parvienne à l'Université tous mes efforts furent consacrés à ne pas laisser détruire mon héritage scolaire de l'Alliance ".


Il poursuit par ailleurs en concluant ses propos : " Je pense que l'Alliance Israélite Française a été une institution extraordinaire de la culture et de l'État français pour sauver toute une génération de jeunes Juifs d'Afrique du Nord. Sans l'Alliance, toute notre histoire aurait été différente ".

Aussi j'ai gardé un sentiment de reconnaissance à l'égard de ce que j'ai reçu de la culture française.








Re: Temoignages - Alliance Israelite Universelle
Posté par: darlett (IP enregistré)
Date: 02 juillet 2007 a 23:49

Lévinas, l'impératif catégorique et
la mentalité de touriste

Mortéza Danéchrad


Quatre années à l'ombre de Lévinas. Quatre années inoubliables pendant lesquelles nous nous sommes nourris de la sève de ses cours de philosophie, de ses célèbres leçons sur Rachi, des réunions du samedi après-midi, les oneg shabbat. Et si de ces nourritures spirituelles nous avons gardé un goût inaltérable, son cours de philosophie, axé sur la morale de Kant, a développé en nous, ses élèves, un idéalisme pur et authentique à la limite de la naïveté - qui a forgé notre comportement.

Cela se passait à l'École normale israélite orientale de Paris dont Monsieur Lévinas était le directeur. Un directeur rigoureux, mais qui ne manquait pas d'humour; j'en veux pour preuve ce souvenir fugace : lorsque aux heures de la prière nous nous réunissions dans le " salon de l'école ", il se tenait devant la porte d'entrée afin, nous disait-il, de " pouvoir quitter les lieux rapidement, en cas d'insurrection "…

Des maîtres à la tête bien formée, comme disait Montaigne, mais aussi des " honnêtes hommes " probes et intègres. Telles étaient les exigences de cet établissement dont des générations de jeunes Juifs de la Diaspora ont été le produit.

C'est donc imprégné de cet idéal que j'ai rejoint, à l'âge de vingt et un ans, le premier poste que l'Alliance israélite m'avait confié. La direction des écoles de filles et de garçons de la ville de Sanandadj, capitale du Kurdistan iranien. De plus, je ne pouvais rester insensible à l'accueil extrêmement chaleureux qui m'avait été réservé : je me devais de servir doublement ma nouvelle communauté.
L'occasion m'en fut donnée rapidement, le jour de Kippour 1952, le premier dans mes nouvelles fonctions. Pour l'anecdote, je dois dire que, dès mon arrivée, je dus faire face à une difficulté de taille : le budget de l'école accusait un déficit énorme, sans aucune source de revenus, et de plus, le personnel n'avait pas été payé depuis trois mois.

Kippour donc, au moment où, selon une vieille tradition juive iranienne, le rabbin passait à l'heure des kavod devant chaque fidèle. Celui-ci lui murmurait le montant de son don pour les œuvres de la communauté et pour le Keren Kayemet Leisrael… Le rabbin, à son tour, l'annonçait alors à haute voix et procédait aux bénédictions d'usage. Arrivé devant moi, il m'entendit dire : " Rien pour le KKL, la moitié de mon salaire du mois courant pour l'école ". La surprise fut générale. Puis des voix fusèrent et se firent de plus en plus nombreuses. L'élan était donné, et c'est ainsi que nous avons pu couvrir le déficit et payer les salaires. Les problèmes financiers furent écartés… pour un temps du moins !

Cela n'avait pas empêché certains esprits chagrins de commenter mon geste spontané en ces termes : " On peut imaginer combien il a dû voler pour se permettre de rendre un tel montant ! ".

La remarque m'est allée droit au cœur. Déçu, découragé, affligé par la malveillance de ces propos, je décidai d'écrire à mon Maître. Je ne manquai pas de lui faire remarquer que son enseignement nous avait caché cet aspect important des réalités de la vie et que la flamme d'idéalisme qu'il avait allumée dans notre cœur et notre esprit nous laissait désarmés dans une société où le bien et le mal se confondaient.

La réponse de Lévinas ne tarda pas à venir : " Poursuivez, cher ami, votre route avec cette flamme, mais gardez toujours un esprit de touriste. Le touriste reste un observateur de ceux qu'il rencontre sur sa route, il ne les juge pas ".

Dois-je ajouter qu'au fil des ans, nos échanges épistolaires se firent plus nombreux? Et qu'au respect que cet homme m'inspira, vint s'ajouter une affection filiale et réciproque dont témoignent encore les dédicaces de ses œuvres que je garde pieusement sur les rayons de ma bibliothèque.


Extrait de "Les Cahiers de l'Alliance Israélite Universelle" (Juillet 2000 no.22, Page 11)









Re: Temoignages - Alliance Israelite Universelle
Posté par: darlett (IP enregistré)
Date: 21 juillet 2007 a 01:34

Retrouvailles
Janine Penyer


En 1951, mon mari et moi, jeunes mariés, avions obtenu de l'Alliance qu'elle nous envoie au bled, n'importe où pourvu qu'il y ait au moins deux classes et un logement de fonction. On nous expédia à Midelt, dans le Moyen Atlas.

À notre arrivée, il y avait 4 classes. L'école s'est agrandie peu à peu. Douze ans plus tard, elle en comptait sept. Et c'est avec grands regrets que nous avons laissé derrière nous ''notre'' petite école.

Comme biens d'autres instituteurs d'école du bled Marocain, j'enseignais, m'occupais de la cantine et allais au souk le dimanche pour y faire le marché de la semaine. Tous les matins, je mettais ma classe en rang devant les lavabos pour que les enfants fassent leur toilette. Je badigeonnais les mentons couverts d'impétigo; je saupoudrais les cheveux de DTT. (On ignorait alors que le DTT était nocif). A midi, je faisais un tour à la cuisine et au réfectoire. Je me souviens que les enfants cachaient de gros morceaux de pain dans leurs poches (le pain pétri sur place était délicieux) pour les emporter. Ils croyaient n'avoir droit qu'à leur portion et mangeaient leur repas sans pain. J'avais le cœur serré devant cette misère ! Pourtant je me souviens avec amusement que malgré leur faim et leur pauvreté, je n'ai jamais réussi à leur faire manger le fromage américain qu'ils rejetaient avec dégoût sous les tables.

Mon mari enseignait, dirigeait, administrait. C'était à lui que s'adressaient les parents. Le père frustré d'un enfant difficile est venu, un jour, pour se plaindre de son fils : " Je suis fâché avec mon fils; je ne peux pas lui parler - Toi, parle-lui - Raisonne le - Tue-le si tu veux. Il est à toi ". Mon mari, qui était d'un naturel doux et conciliant, ne pouvait trouver de punition plus sévère que de laisser le délinquant seul en classe pendant plusieurs heures, après l'école. Je dois dire que la punition porta ses fruits. Pendant que l'enfant réfléchissait, mon mari allait planter des rosiers devant la maison et le préau de l'école. Je pense souvent à nos rosiers. Ils étaient magnifiques. Que sont-ils devenus?

Tout cela se déroulait il y a de cela une cinquantaine d'années. Je ne m'attendais pas à ce que ce lointain passé resurgisse dans ma mémoire. Il aura fallu un appel d'Israël pour que les souvenirs remontent, nombreux, à la surface.

En Israël, il y a, semble-t-il, une émission de radio où l'on peut lancer des avis de recherche. La coïncidence est qu'un ex-voisin canadien a entendu l'annonce suivante : ''Un ancien élève de Midelt des années 1952-54 veut absolument retrouver son instituteur - Gédéon Penyer - et demande qu'on l'aide, si possible''. Le voisin nous demande la permission de lui transmettre nos coordonnées - Naturellement nous sommes d'accord.

Quelques jours plus tard, M.S. tout ému au téléphone me pose de multiples questions - Il veut tout savoir de notre vie depuis notre départ de Midelt. Mon mari n'étant pas en bonne santé, je me charge des réponses. M.S. me dit plein de gentillesses qu'il nous recherche depuis longtemps… qu'il n'a jamais oublié son ancien maître… qu'il rêve de le revoir un jour… Dans une première lettre, à la suite de cet appel, M.S. raconte sa vie, il est père, grand-père et a fait la guerre. Ses débuts en Israël ont été difficiles… Maintenant il travaille dans une banque et semble heureux de son sort. Cela se passait en Mars 2001. Au mois d'Août 2001, mon mari décède. J'ai pensé que je devais annoncer sa mort à M.S. Je lui écris. Il me répond. Sa lettre touchante est accompagnée d'une photo. C'est la photographie d'une automobile qui ressemble tout à fait à celle que nous avions autrefois. M.S a photographié cette voiture uniquement parce qu'elle lui rappelait l'instituteur de son enfance. Cette fidélité me toucha au plus profond du cœur. Quelques jours plus tard, une autre surprise m'attendit car M.S avait gardé le contact avec ses anciens camarades de classe et a transmis mon numéro de téléphone.

Monsieur A.A, m'a appelée de New York au début de cette année. Il parle en abondance. Pour résumer ses propos, il dit être New-Yorkais depuis une vingtaine d'années et que sa vie est une parfaite réussite. Il a poursuivi des études de haut niveau et a obtenu un doctorat. Et, me dit-il, si sa vie est un succès total, c'est à moi qu'il le doit. Il me raconte alors, que lorsqu'il avait douze ans à Midelt, il passait pour un cancre et croyait l'être. Jusqu'au jour où, par hasard, en faisant un remplacement dans sa classe, j'ai reconnu en lui un enfant brillant. C'est à partir de ce moment qu'il a crû en lui et en ses capacités de réussite. " C'est grâce à vous, Janine, que je suis devenu ce que je suis aujourd'hui; il fallait que je vous le dise; que je vous retrouve un jour pour vous en remercier ". Je suis abasourdie. En même temps, je suis très fière, à tort ou à raison. La réussite d'un jeune, est-ce la réussite de son maître? Fière, quand même, d'avoir pu faire en sorte que, de ce bled perdu du Maroc, un petit Juif brillant soit conscient d'être devenu " quelqu'un ".

Ce petit Juif a eu la chance de fréquenter une école de l'Alliance. D'autres que lui ont eu cette chance et sont aujourd'hui des hommes et des femmes de valeur. Personnellement, j'ai été touchée et récompensée des témoignages de deux de nos anciens élèves qui on pu se manifester. Mais je suis certaine que d'autres " petits Juifs ", de par le monde, se souviennent de leurs anciens maîtres avec affection et gratitude.


Montréal, Novembre 2001








Re: Temoignages - Alliance Israelite Universelle
Posté par: darlett (IP enregistré)
Date: 28 juillet 2007 a 03:58

Souvenirs du bled
Jacques Ohayon


Mon premier long voyage, en octobre 1959 précisément, m'amena dans un bled perdu, sur les montagnes de l'Atlas dans le Souss, à Tahala. Rien ne me laissait croire que j'allais être, à l'âge de dix-sept ans à peine, plongé dans une civilisation étrange et lointaine, mais néanmoins aussi excitante qu'enrichissante de par ses caractéristiques sociales et culturelles.

Sitôt arraché à un cycle d'études qui m'aurait permis d'accéder à une carrière prometteuse, et aux dépens de toutes mes ambitions nourries ma jeunesse durant, je dus plutôt me sacrifier à la cause familiale, afin d'alléger le fardeau de la subsistance matérielle d'une famille nombreuse. Les temps étaient devenus durs et il fallait s'atteler à la tâche ultime de combattre la misère et de survivre aux contraintes matérielles du quotidien. Je reportai donc tous mes projets d'études à un futur lointain et pour des temps plus cléments, renonçant à plusieurs portes qui s'étaient ouvertes sur mon chemin, dont entre autres mon admission à l'École Normale de Casablanca. J'optai alors pour un poste d'instituteur et de directeur d'école offert dans l'immédiat au sein de l'Alliance Israélite Universelle dans le bled de Tahala.

Me voilà donc propulsé vers d'autres cieux et climats. Après une brève formation sous la supervision de feu mon ex-maîtresse d'école, Mme Cohen, que j'avais eu la chance d'avoir dans mes cours primaires autrefois. Ma première formation pédagogique se tint donc dans la même classe où je fis mes études primaires.


J'acceptai donc le titre d'instituteur et directeur d'une petite école de bled avec grande émotion, et jurai résolument de remplir les tâches inhérentes à ce poste dès mon atterrissage au sein de sa petite communauté juive, avec dignité, compétence et maturité.

Me voilà lancé vers une destination inconnue et mystérieuse au cœur d'un village perché sur les montagnes de l'Atlas, loin de mes amis et des miens, avec pour tout bagage une formation professionnelle rudimentaire. Je quittai donc, mon entourage naturel, laissai derrière moi Mogador; ma ville natale, pour aller rejoindre, un nouvel environnement, hostile peut-être, et susceptible de m'ébranler à tout jamais.

J'arrivai à Tahala d'Agadir après un long voyage via Tiznit et non loin de la ville de Tafraout. Le village m'apparut du bord du chemin au tournant d'une route en toboggan vertigineux. Rassuré par le chauffeur de bus qu'il s'agissait bien de ma destination, je me retrouvais dans un décor de campagne qui me fit douter de l'existence de la moindre civilisation. Je traînai donc, bon gré, mal gré, mes sacs jusqu'au Mellah à quelques kilomètres de là. Ce qui ne m'empêcha pas d'admirer le spectacle coloré autour de moi. En effet, les hautes montagnes de l'Anti-Atlas se déployaient dans toute leur splendeur. Je pouvais apercevoir leurs crêtes dont, déjà, j'envisageais d'en faire l'escalade un jour.

Mon premier contact se fit avec le Rabbin de la communauté. C'est lui qui devait être mon assistant et devait enseigner l'hébreu dans la même classe (la seule), tout en partageant avec moi d'autres besognes comme le service de cantine, la gestion de la distribution de vivres et de vêtements que le "Joint" américain nous envoyait périodiquement. Il fallut aussi nouer des relations personnelles avec les parents et essayer de m'intégrer dans toutes les activités du Mellah. Au début, la langue que l'on parlait à Tahala, le Chleuh, me parut ésotérique et inaccessible, mais je sus vite m'y adapter et la convivialité de mes hôtes me facilita la tâche. La langue arabe, d'autre part, devait supplanter ma langue maternelle, le français, sauf si je devais l'enseigner comme l'exigeaient les directives de l'A.I.U.

L'école se situait en haut d'une colline aux confins d'un souk fréquenté régulièrement, les jours désignés, par les commerçants de la région. Un bâtiment, des plus modestes, adjacent à l'écurie du souk, représentait l'ensemble de l'école. Une quarantaine d'enfants de tous âges s'y côtoyaient. La chambre que j'allais habiter n'était guère plus somptueuse mais elle avait l'avantage d'être entourée d'amandiers et de pommiers. Plus bas se dessinait le lit d'une rivière asséchée, mais que tout le monde redoutait par les temps pluvieux, car alors, ses eaux pouvaient se gonfler brusquement et interdire l'accès au Mellah. Les innombrables problèmes auxquels je dus faire face m'exaspérèrent au départ, mais je dus accepter la réalité et la routine des jours pour oeuvrer avec abnégation de mon mieux. L'éducation de quarante jeunes enfants, si différents l'un de l'autre, reposait sur mes épaules. Il était donc impératif de relever le défi et de prouver que j'étais digne du respect des parents. Si la tâche sembla assez difficile au départ, je sus quand même l'assumer, conscient aussi que le sort de mes collègues dans les villages voisins (Akka, Goulimine, Illigh, Ifrane…) que je rencontrais dans mes rares fugues à Tiznit, n'était guère plus reluisant. Des loisirs ou des séances de cours de formation professionnelle en psychologie de l'enfance; nous réunissaient tous dans la ville de Tafraout.

Tafraout était devenu le lieu le plus fréquenté. Pour ma part, j'y nouai des relations avec les indigènes berbères, dont quelques fonctionnaires de qui la collaboration était essentielle pour pouvoir surmonter tous les obstacles administratifs. Je n'oublierai jamais la "torture" que les Juifs subissaient à la demande de l'obtention d'un passeport à cette époque. La poste et le téléphone étaient le seul contact avec l'extérieur.

Le circuit Tahala-Tafraout-Tiznit devait devenir celui de mes escapades par lequel j'arrivai à me libérer du joug de l'isolement. Il me fit découvrir la beauté du pays.

Je me familiarisai avec son panorama pittoresque. De Tiznit, on traversait d'abord une terre riche en fermes et élevages jusqu'à l'Oued Assaka. Les montagnes aux couleurs multiples de rose, de mauve et mordoré venaient ensuite. La population était composée de Chleuhs (Berbères) vivant dans des villages où les maisons étaient construites en pisé berbère, matériau de terre argileuse. Les femmes étaient plus visibles dans les champs qu'exclusivement. Elles labouraient et cultivaient.

Le Col de Kerdous qui s'élevait à une altitude de 1100 mètres offrait des vues spectaculaires et enchanteresses, et du regard on pouvait arriver jusqu'à la vallée d'Amelm, et jusqu'à Tafraout avec ses nombreuses palmeraies, ses champs d'amandiers et d'arganiers. Bien plus tard et tout au long de mes déplacements, j'appris à apprécier le goût du thym et du tilleul sur les sentiers des montagnes que je parcourais avec exaltation. Mogador et ses remparts, la mer, la plage n'étaient plus maintenant que des souvenirs lointains noyés dans le gouffre qui me séparait géographiquement de ma ville natale.

Quelques mois plus tard, je dus faire face à un autre défi. En effet, à peine institué dans mes nombreuses tâches, je fus, à ma grande surprise, sollicité et engagé pour une mission non moins sacrée : la cause du sionisme et de la Aliya. En plein hiver, on vint taper à ma porte à l'heure de minuit, et sans prévenir. Je me retrouvai face à deux inconnus qui s'identifièrent comme des émissaires sionistes. J'adhérais à leur plan d'évacuation clandestine des communautés de la région par des routes secrètes qui menaient jusqu'à leur embarquement quelque part sur la côte.

À cette époque, le tremblement de terre qui avait détruit la ville côtière d'Agadir à la fin du mois de février 1960 bouleversa toutes les communautés juives du Maroc. Ma famille et moi-même, eûmes à assumer la disparition tragique des nôtres. Nous traversions alors des moments tristes et angoissants à la recherche des disparus dans les décombres. Le souvenir de ce voyage qui m'amena à Agadir au lendemain de la catastrophe, accompagné d'un collègue musulman, me hante encore jusqu'à ce jour. Suivit un long périple, de longs itinéraires, pour regagner endeuillé et bouleversé ma ville natale.

Le retour à mon poste se fit par Marrakech puis à travers les hautes montagnes de l'Oukaïmeden et le Tizi-n-Test jusqu'à Tafraout. Je me remis au travail malgré les dures épreuves subies tout au long de ces pérégrinations, conscient de mes responsabilités et de la nature de ma mission. Je ne repris le contact avec les sionistes que plus tard, après avoir été muté à Inezgane. J'y retrouvai mon ex-professeur d'hébreu Judah Moyal (devenu grand ami depuis), avec qui je m'attelais à la réouverture des locaux de l'A.I.U., afin d'assurer la continuité des cours à la suite de la disparition de l'école d'Agadir. L'émigration vers Israël était dorénavant permise et libre. Nous avions tourné la page sur l'épisode de la clandestinité.

Je ne terminerai pas sans évoquer une autre expérience fort intéressante et excitante. Un cinéaste français avait choisi notre bled pour y réaliser le film biblique de "Ruth," et c'est encore à moi que l'on s'adressa. Me voilà maintenant lancé dans un projet qu'il fallait mener à bien dans ces circonstances. Malgré les réticences premières des habitants à y participer, nous parvîmes, le Rabbin et moi, à convaincre ces derniers des avantages matériels et éducatifs d'une telle entreprise. C'est ainsi, qu'hommes et femmes s'associèrent alors à la mise en scène en tant que figurants tandis que j'eus à assumer les rôles principaux selon que je portais le costume de Ruth ou celui de Boaz au milieu des beaux champs dorés d'orge et de blé. Je méritai dans ce film, produit pour la télévision française, le titre d'assistant du metteur en scène et réalisateur. Une grande vague d'enthousiasme avait alors déferlé sur notre petit bled. L'action cinématographique avait généré une certaine émancipation auprès de mes coreligionnaires. Je savais que je pourrais retrouver, un jour, les images d'une aventure de jeunesse, et revoir les nombreux visages d'indigènes que j'avais connus durant mon séjour, et qui me procurèrent d'inoubliables moments de bonheur. Je suis convaincu d'avoir su leur inculquer par mes cours et mes actions un sens de fierté et de confiance en eux-mêmes. Tout ça grâce à une atmosphère de solidarité, de compassion et d'amitié sincère.

Je quittai Tahala plein d'amertume et le cœur lourd, en me promettant d'y retourner avant sa désintégration en raison de la Aliya massive imminente vers Israël. Hélas, il en fut tout autrement. Les premiers départs se concrétisèrent bien vite.

J'appartenais dorénavant à une grande famille juive au-delà de mes horizons. Je chéris précieusement les souvenirs que j'ai gardés. On m'avait adopté avec une affection inconditionnée. J'avais eu le privilège d'avoir pu m'associer aux joies et aux peines des villageois de Tahala. Leurs coutumes et leurs traditions m'ont marqué à jamais.







Re: Temoignages - Alliance Israelite Universelle
Posté par: darlett (IP enregistré)
Date: 28 juillet 2007 a 04:00

Itinéraire de Tanger vers Israël
Shlomo Ben-Ami


Yves Charles Zarka, Jeffrey Andrew Barash et Elhanan Yakira : votre histoire personnelle incarne une grande part de ce qu'est Israël. Nous aimerions donc en savoir un peu plus sur votre biographie et sur votre expérience. Quelle est votre langue maternelle?

Shlomo Ben-Ami : C'est l'espagnol. Je suis né à Tanger. C'était une ville très étonnante. Une ville internationale traversée par des influences diverses. L'influence espagnole était très manifeste. Par exemple, la monnaie était la peseta, la langue vernaculaire était l'espagnol. On parlait également l'arabe et le français, moins l'anglais. J'ai fréquenté l'école de l'Alliance israélite française. C'était une école primaire pour enfants juifs, qui délivrait toute la culture et les méthodes d'éducation françaises. J'ai quitté Tanger à l'âge de douze ans; je ne savais pas vraiment bien parler le français, c'est pour cela que je maîtrise mieux l'espagnol, que j'ai continué à parler alors que je n'ai plus étudié le français. Je le lis, j'ose même le parler de temps en temps, mais je dis ce que je peux et non pas ce que je veux!

Mes premières années en Israël furent très difficiles. Nous vivions dans des camps de transit. Je n'ai pas eu une éducation primaire, ni secondaire régulière dans ce pays. J'étais un enfant des kibboutzim, des institutions pour jeunes mais sans éducation solide. Ce qui m'a sauvé, en Israël, c'est l'éducation et l'enseignement reçus à l'Alliance israélite de Tanger. Jusqu'à ce que je parvienne à l'Université, tous mes efforts furent consacrés à ne pas laisser détruire mon héritage scolaire de l'Alliance. Je n'ai pas reçu grand-chose ici. Au kibboutz, par exemple, je travaillais cinq heures et j'étudiais deux heures. C'était dans la vallée du Jourdain. Après trois ou quatre heures de l'après-midi, il n'était plus possible de travailler, à cause de la chaleur. Il n'y avait pas d'air conditionné à l'époque.

Ce que je veux dire, c'est que Tanger est un lieu qui a marqué toute ma vie. La première fois que j'y suis retourné, après bien des années, c'était, en 1984, pour un congrès international sur Maïmonide. Je ne suis pas un spécialiste de Maïmonide, mais pour aller à Tanger, j'ai même accepté de faire une conférence sur lui. Il a vécu, comme vous le savez, à Fez au Maroc. Après le congrès, les organisateurs ont demandé aux participants s'ils souhaitaient visiter le Maroc. Moi, j'ai choisi d'aller à Tanger. J'ai toujours cherché, au cours des nombreux voyages que j'y fais depuis, dont un avec ma femme - il était important pour moi qu'elle connaisse également la ville -, c'était de comprendre comment Tanger a influencé ma vie.

Nous étions une famille très pauvre. Mon père travaillait au port de Tanger comme porteur. Ma mère et mon père ne savaient ni lire ni écrire. Je voulais comprendre pourquoi cette ville représentait tant de choses pour moi; comment et pourquoi j'ai développé certains intérêts universitaires. J'ai retrouvé des raisons de ces intérêts dans le caractère cosmopolite de la ville. Ce caractère n'existe plus aujourd'hui. C'est pour cela que j'y retourne toujours avec beaucoup de nostalgie, pour tenter non seulement de retrouver les lieux où ma famille a vécu, mais aussi de me comprendre moi-même. Comme disait Susana Rinaldi, une chanteuse argentine de tango, " hablar de Buenos Aires es une forma de saber quien soy ", parler de Buenos Aires est une façon de savoir qui je suis. C'est un tango très connu de cette chanteuse. Ce qui m'importait à Tanger, c'était de revoir la rue des Italiens, l'Alliance israélite, les ruelles de mon enfance, etc. Tout cela comptait beaucoup pour moi. Quand je vois le Tanger d'aujourd'hui, j'éprouve de la souffrance.

Comme ministre des Affaires étrangères, je suis allé un jour à Albi voir Chris Patten, qui est commissaire des Affaires étrangères de l'Union européenne et qui avait une maison d'été dans cette ville. Il avait été le dernier gouverneur de Hong-Kong. J'étais dans son jardin quand je reçus un coup de téléphone d'Hubert Védrine, le ministre français des Affaires étrangères, de retour de Tanger où il avait passé ses vacances. Il me dit : " Je reviens de ta ville, mais ce n'est plus la cité cosmopolite qui est l'objet de ta nostalgie. "

J'avais donc comme bagage une éducation systématique à la française. Évidemment, je croyais que mes ancêtres étaient les Gaulois. D'ailleurs, plus tard à l'Université, j'ai étudié l'histoire ancienne. J'aimais beaucoup cette période. J'ai aussi appris le latin. J'étais devenu un spécialiste de la Rome républicaine. Et je me rappelais toujours ce dessin, représentant Vercingétorix capitulant devant Jules César, qui était accroché au mur de ma classe à Tanger…

Je pense que l'Alliance française israélite a été une contribution extraordinaire de la culture et de l'État français pour sauver toute une génération de jeunes Juifs d'Afrique du Nord. Sans l'Alliance française, toute notre histoire personnelle, voire communautaire, aurait été différente. Je n'ai malheureusement pas conservé de liens forts avec la France après mon arrivée en Israël, parce que je me suis plutôt tourné vers l'Espagne en raison de mes origines familiales et de mes fonctions d'ambassadeur dans ce pays.


J'ai fait un doctorat à l'université d'Oxford et j'ai développé des sentiments anglophiles. Je me suis ainsi éloigné de la France, mais j'ai gardé un sentiment de reconnaissance à l'égard de ce que j'ai reçu de la culture française.

Extrait de l'ouvrage : "Quel avenir pour Israël ?"
Entretien de S. Ben-Ami avec Yves Charles Zarka, Jeffrey Andrew Barash et ElhananYakira, Paris, PUF, 2001.







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