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"Les contes de mon Mellah"
Posté par: darlett (IP enregistré)
Date: 15 août 2007 a 02:41

Mon Sédère Gâché
Un conte extrait des "contes du Mellah" par
le Rabbin Raphaël Perez



Si quelqu'un vous dit que les fêtes n'ont pas d'odeur, ne le croyez pas. Car de deux choses l'une : ou bien il n'a jamais parcouru les rues d'un Mellah à la veille des fêtes, ou bien il ment. Et si malgré tout il soutient qu'il a passé une fête dans un Mellah, alors encore une fois de deux choses l'une : ou bien il a perdu son odorat, le pauvre, ou bien il ne sait pas distinguer entre les odeurs des fêtes et les autres. Ce qui revient au même. Car il faut vraiment avoir le nez bouché pour ne pas sentir au lendemain de Kippour par exemple, l'odeur des roseaux et des branches de palmiers avec lesquels nos braves Juifs construisent leur Soucca, se mêlant à celle des "Etroguim"[1] et du "Ri'han"[2] que vendent d'autres braves Juifs, dans les rues du Mellah. Et Pessah ! La fête des fêtes ! La reine de l'année ! Eh bien ! sachez que l'odeur de Pessah commence à vous chatouiller les narines au lendemain même de Pourim alors que la "Chebakia"[3] est encore vendue partout et que les joueurs de cartes se rendent à peine compte qu'ils ont les poches vides. L'odeur est encore indéfinie, mais c'est sûr, elle a quelque chose qui fait que vous vous surprenez à fredonner les airs de la Hagada. Bientôt les airs et les phrases de la Hagada ne vous quittent plus. Ils vous collent comme faisant partie de vous-même. Vous sentez Pessah vous tendre ses bras et vous avez hâte de vous y jeter. L'odeur va s'intensifiant puis se précise de plus en plus. C'est un cocktail de chaux, de peinture, de matelas défaits, de tables et portes lavées à grande eau. C'est l'odeur du piment rouge que l'on pile, celle de la "Fakia", fruits secs et dattes qui accompagneront le petit verre de Ma'hia[4] tout au long de la fête. C'est l'odeur du blé que l'on nettoie. Et que c'est beau ces grains que les femmes font tomber en jolie pluie dans le "tbaq"[5] tout neuf, "Cachir" pour Pessah !

Votre imagination a tôt fait de moudre le blé et de le pétrir en Matsot que vous voyez sortir toutes chaudes du four de Messaoud. L'odeur même - ah ! l'imagination tentatrice - vous donne l'eau à la bouche. Mais soyez patient, je vous en prie ! Ce n'est pas ce soir Pessah. C'est seulement lorsque vous sentirez l'odeur de la 'Harossèt se mêlant à celle de la toile cirée et que vous verrez sur la "place des Ferblantiers", les dizaines de marchants de fleurs occasionnels que vous pourrez dire : "c'est ce soir !". Au fait, mon garçon, as-tu déjà les nouvelles chaussures ? Méfie-toi, les parents sont tellement occupés qu'ils oublient souvent de les acheter avant la fête. Il te faudra alors attendre l'Ostane, la mi-fête, pour les avoir. Dans ce cas, c'est dommage ! "Lilt-el-'Id"[6] est gâchée. Je te plains et je plains tes parents, surtout si tu es rouspéteur et pleurnicheur. Eh quoi ! il faut dire la vérité ! Pourquoi avoir peur ? Une fête de Pessah sans nouvelle chemise, sans nouveau pantalon et sans chaussures neuves, ce n'est pas une fête ! Car vous avez beau dire, rien à faire, la Matsa ne passe pas. Elle reste là, dans la gorge. Le chagrin l'empêche de passer... et vous n'arrivez pratiquement pas à prononcer un seul mot durant toute la lecture de la Hagada.

Je dois dire que pour ma part, je suis gâté cette année. On m'a tout acheté neuf. Tout, vraiment tout : chemise, pantalon, chaussures et même le béret. Rien ne manque. Mais l'an dernier, c'était catastrophique. Ce n'est pas que ma mère ne voulait rien m'acheter. Mais elle remettait chaque fois les achats au lendemain. Résultats : seule la chemise était neuve. Ah ! ce que j'ai pu pleurer, ce soir de Sédère ! Et comme mes parents étaient désolés. Les promesses, les cajoleries, les menaces, ne servaient à rien. Le chagrin était plus fort. En vérité, je voulais m'arrêter de pleurer. Mais vous comprenez, je n'arrivais pas.

Donc ce soir, tout ira bien. C'est sûr ! D'ailleurs, je connais ma Hagada à la perfection. Comment ne pas la savoir ? Tous les ans nous la répétons depuis Pourim ! Et puis, j'ai moi-même aidé à la fabrication des Matsot. C'est vrai, chaque fois, on me renvoyait du four, mais je ne voulais jamais partir. C'est plus amusant le four, avec el'allak qui prépare la pâte et toutes ces femmes assises sur des tabourets bas, en train de préparer les Matsot en poussant de temps en temps des youyous. Et ça bavarde, et ça crie de pourtout !

- Ya khlass, baraka[7] ! Faites vite ! Nous devons aussi faire nos Matsot. La journée est presque finie !

Il y a là aussi quelques hommes. De temps en temps, ils chantent un Psaume du Hallel.

- Eh ! les femmes, taisez-vous un peu qu'on entende le Hallel ! lance l'une de ces dames qui ajoute aussitôt :

- Allez "zghertou", poussez des youyous !

Je crois que la fabrication des Matsot est le spectacle le plus beau du monde, le plus gai, le plus bruyant.

Le boulanger, dans son trou, face à cette sorte de lucarne d'où se dégage une très forte chaleur, enfourne ou retire les Matsot sans être gêné le moins du monde par tous ces bavardages et ces cris. Tiens cette Matsa est belle ! Il la met de côté. Ce sera pour lui. Oui, oui, pour lui. Le boulanger prend toujours un tant pour cent sur les Matsot qu'il fait cuire. Il les choisit même ! Cela vous déplaît-il ? Tant pis ! Un dû, c'est un dû. Et s'il brûlait vos Matsot, hein ? D'ailleurs, vous devez aussi le payer en argent.

Nos Matsot ont presque toutes réussies. Quelques unes ont brûlé, mais ce n'est pas grave... Elles étaient toutes pincées au milieu, ce qui faisait un trou. De quoi faire un beau collier de Matsot.

Ce soir donc, ce sera la fête. Il n'y a déjà plus de 'Hamets à la maison. Nous l'avons brûlé. Ainsi brûleront nos ennemis et les ennemis d'Israël "Khouanna"[8]. Plus de 'Hamets, mais défense absolue de manger la Matsa. Si vous avez faim, vous n'avez qu'à manger des pommes de terre et des œufs bouillis. Des fèves aussi si vous avez envie. La journée est longue, trop longue, mais le soir ce sera beau : chemise neuve, pantalon neuf, et chaussures neuves. Les amis et les autres les verront ce soir.

Tout a une fin heureusement et même les longues journées de veille de fête ont une fin. C'est beau à la maison. Les bougies dans leurs chandeliers posés sur la table, s'élancent belles vers le plafond. Tout brille. Tiens, maintenant que c'est fête l'odeur est moins forte. C'est normal, non ? ! L'odeur est remplacée par la lumière et par une sorte de griserie merveilleuse. C'est beau un soir de Sédère. Surtout lorsque rien ne vient troubler votre joie.

KADECH, OUR'HATZ, KARPASS, YA'HATS, MAGUID. Est-ce que par hasard vous ne seriez pas un peu nerveux comme moi en ce début de Hagada ? Chacun lira un passage, même les filles, les grandes bien sûr. Lorsqu'on a été au 'hédèr de Rabbi Haïm, il est impossible de ne pas savoir la Hagada, même si l'on est une fille.

"Avadim Haïnou lefar'o bemitsraïm..." C'est là, paraît-il, que commence réellement la Hagada. Nous étions esclave chez Pharaon, mais ce soir, nous sommes libres. A preuve tous mes habits neufs et la beauté de la fête. Tout est merveilleux ce soir. Eliahou Hanabi viendra aujourd'hui, c'est sûr ! Il n'aura pas besoin de frapper à la porte. Elle est ouverte. Le prophète Elie nous annoncera l'arrivée du Messie qui nous mènera vers Erets Israël sur les ailes des aigles. Il viendra, n'est-ce pas, avant que je ne m'endorme ? "Amar Rabbi El'azar ben 'Azaria..." On entend des pas. Tout le monde subitement se tait. Est-ce le prophète Elie ? Non, pas possible ? !

- "Chkoune"[9] ? dit ma mère. Entre !

Non, ce n'est pas Eliahou Hanabi. C'est la femme de Chlomo l'associé de mon père. Du coup, je me fait petit, tout petit... Je ne suis pas là. Non, je ne suis pas là. Et puis, je ne sais pas lire. Je connais à peine le début de la Hagada. Où me cacher, où ? Tous les regards se tournent vers moi. Je fais comme si je ne comprenais pas. Un sentiment de révolte s'empare de moi. Pourquoi moi ? Juste ce soir où je commençais à me sentir un peu prince. Pourquoi pas mon grand frère ou ma sœur ? C'est injuste !

- "Koum ya bniini"[10]. Va chez Chlomo notre ami. Lui aussi a besoin d'entendre la Hagada. Tu feras une Mitsva.

La Mitsva, je vous assure, je m'en passerai ce soir. Ce que je veux, c'est rester ici, chez nous, avec mes parents, mes grands-parents, mes frères et mes sœurs. Je ne veux pas aller faire les Mitsvot.

- Va, mon fils. Ils t'attendent, sois gentil - intervient ma mère.

La mort dans l'âme, je me lève faire la Mitsva. La prochaine fois, je serai malade jusqu'au milieu de la Hagada. C'est décidé. Tant d'injustices un soir de Pessah, c'est trop. Chemin faisant, je pense à "Chlomo notre ami". Il n'a pas d'enfants et il ne sait pas lire, le pauvre. Et voilà que je me prends à m'attendrir sur son sort. Puis aussitôt : "il n'avait qu'à apprendre à lire ! Il n'avait qu'à aller chez Rabbi Haïm, comme tout le monde !" Je ne fais même pas attention aux accents de Hagada qui se répercutent de maison en maison. D'ordinaire, on a l'impression d'écouter dans la rue déserte un chant en canon.

Chez "Chlomo notre ami", c'est morne. La table est bien dressée, c'est vrai. Il y a aussi les fleurs et les bougies. Mais vous comprenez, ce n'est pas comme chez nous. Et l'odeur, on la sent à peine.

C'est à moi de faire les "Tkassem", de diriger le Sédère. J'avoue ne pas être très assuré, mais je suis décidé à finir vite la Hagada. J'arriverai peut-être à retourner dîner chez moi. Pour "Chefokh"[11], eh ! bien, ce n'est pas nécessaire. Il n'a qu'à ne pas l'entendre ; ou s'il veut, il peut venir chez nous. Surtout il faut éviter de traduire la Hagada en arabe. Sinon, j'en ai ici jusqu'au matin. D'ailleurs, je ne connais que les tous premiers passages en traduction arabe. C'est la vérité, je vous assure. Mais il faut sauver la face. Il faut montrer qu'on sait tout, un peu d'assurance, voyons ! Sinon, je vais faire honte à mon père. Je traduis donc les premiers passages en arabe. Après quoi j'avance sans traduction. Mais c'était compter sans la "’Ada", la coutume.

- Et la traduction ? s'étonne "Chlomo notre ami". "Ouili ouili"[12] ! Comment faire ? C'est écrit dans le livre bien sûr, mais c'est tellement difficile à lire et à comprendre ! La traduction ! Mais qu'a-t-il besoin d'une traduction ? Rien à faire, il faut la traduction. Anonner. C'est terrible d'ânonner et de ne pas comprendre. C'est encore plus facile de traduire dans son propre langage, comme on comprend. Mais non ! Ce qui est écrit est sacro-saint. Il faut lire.

Les lettres commencent à danser et la tête à tourner. Je réprime une forte envie de pleurer. Mais c'est honteux de pleurer, surtout devant des étrangers. Je crois qu'au fond, il est préférable de ne pas avoir de chaussures neuves que d'être exilé loin de chez soi. C'est la "Galouth", je vous assure. Demain soir, je ne viendrai pas, même si Eliahou Hanabi lui-même me le demande... Que c'est long ! Que d'obstacles sur ce chemin arabe de la Hagada. Je n'en peux plus. Prenant mon courage à deux mains je me décide de dévoiler que je ne connais pas la traduction. Je m'arrête alors de lire. Mais mon hôte a compris.

- Ecoute, dit-il, lis sans traduction.

Ah ! Quel soulagement ! Je ne me le fais pas répéter deux fois. La course, vite, plus vite ! Le chemin est libre. Les étapes sont franchies sans difficulté : les dix plaies, Dayénou, Matsa, Maror... Rien ne m'arrête, jusqu'au terminus : "Gaal Israël". Buvez votre coupe, ami Chlomo, buvez-la !

La suite des Tkassem se fait sans hésitations, mais toujours après lecture du mode d'emploi donné par la Hagada, bien entendu. Enfin "Choul'hane Orekh".

- Vous pouvez manger, dis-je triomphalement à mes hôtes, en fermant mon livre et faisant mine de me lever pour m'en aller.

- Où vas-tu ? demande la femme de Chlomo notre ami.

- Je vais à la maison.

- Mais non, reste, tu n'as pas encore mangé. Assieds-toi, ya bni[13] !

Que faire d'autre, sinon s'asseoir et manger ? Manger jusqu'au bout, jusqu'à l'Aphikomane. Mais ce n'est pas fini. Il reste encore "Chefokh".

Pourvu qu'on ne me retienne pas dormir ici !



[1]. Cédrats.

[2]. Myrte.

[3]. Gâteau en torsades au miel.

[4]. Eau de vie.

[5]. Plateau.

[6]. Le soir de fête.

[7]. Cela suffit.

[8]. Nos frères.

[9]. Qui est là ?

[10]. Lève-toi, mon fils.

[11]. Début de la deuxième partie de la Hagada.

[12]. Malheur.

[13]. Mon enfant.


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"Les contes de mon Mellah"
Posté par: darlett (IP enregistré)
Date: 15 août 2007 a 02:44

Les contes du Mellah"
Second conte extrait egalement des "contes du Mellah"
par le Rabbin Raphaël Perez


Arrêtez un passant, grand ou petit, homme ou femme, et demandez-lui s'il connaît Ben Stto et vous le verrez aussitôt porter sa main à son nez... Vous ne comprenez pas ? ! Normal ! Vous n'avez jamais habité à Marrakech. Je veux dire au Mellah de Marrakech ! Car Marrakech, c'est le Mellah. Eh oui ! La belle ville de Marrakech sans le Mellah, n'est plus Marrakech. C'est comme si vous lui enleviez la Koutoubia, l'élégante tour de l'une des plus belles mosquées du Maroc.
Et si vos pieds n'ont jamais foulé le sol marrakchi, vous ne pouvez guère connaître Ben Stto.

Que je vous le présente donc. Ben Stto est un des épiciers de notre Mellah. Sa boutique se trouve située à la Ra'hbah du Souk, la place du Marché si vous préférez ! C'est celle qui est juste en face de la Squaïa, la fontaine d'eau qui permet à tous ceux qui n'ont pas l'eau courante à la maison - et il y en a ! - de s'approvisionner en eau potable. Ben Stto peut vous vendre tout ce qui se consomme et même le reste. Bien sûr, il y avait d'autres épiciers à la Place du Marché, mais je ne sais pas pourquoi je préférais aller acheter chez lui. Pourtant, il me faisait peur avec sa figure... Eh ! Arrêtez donc ! Qu'allez-vous penser de sa figure ? Je vous assure qu'il avait une figure tout à fait humaine ! Sauf que... En vérité, j'hésite à vous le décrire, au cas où il y aurait une femme enceinte parmi vous... Vous insistez... Bon d'accord... Voilà, je vais vous dire. Et vous comprendrez ! On m'a raconté qu'une mendiante juive venait tous les vendredis chez Ben Stto pour recevoir sa pièce habituelle d'aumône. Pour remercier, la mendiante priait pour Ben Stto. Toujours la même prière, toujours, toujours : "Que D.eu te laisse la clarté de tes petits yeux". Traduction : Que D.eu te laisse la vue !

Las d'entendre la même prière tous les vendredis que le Bon D.eu a créés, notre épicier demanda un jour à la mendiante :

- "Dis-moi, ma sœur, pourquoi tu me donnes toujours la même prière ? Change un peu !"

- "C'est que, dit la mendiante, pince sans rire, si tu devais devenir myope, tu ne pourrais jamais porter des lunettes. Elles tomberaient !"
Vous avez compris maintenant. Eh oui, Ben Stto n'avait pas de nez. Il avait bien deux trous pour respirer, mais pas de nez. Pas de nez du tout. C'est donc vrai que s'il devenait myope, il n'aurait aucun moyen de poser ses lunettes. Grâce au Ciel, il avait une bonne vue et il n'a jamais vu un médecin.

Mais pourquoi je vous parle de Ben Stto ? Pas pour son nez ou sa figure ? ! Ah ! Oui ! Je vous disais qu'il était épicier et que j'allais acheter de l'huile chez lui.

N'allez surtout pas croire qu'on achetait l'huile en bouteille capsulée, mesurée, étiquetée, prête à être emportée. Vous retardez ! Oh ! Pardon ! Vous avancez trop ! L'huile était vendue en vrac, comme les pois-chiches, les fèves ou la farine. Vous, vous apportez votre bouteille, votre flacon, ou même votre casserole si cela vous chante, et l'épicier vous mesure un litre, ou un demi ou un quart de litre ou une ouquiya - une once - d'huile.

Seulement, voilà quand on vous vend de l'huile en vrac, il en reste toujours dans la mesure, et l'épicier est obligé de vous en ajouter un peu. Résultat : ou il vous donne plus d'huile qu'il ne faut ou il vous en prend un peu. Dans ce cas comme dans l'autre, il y a un voleur. Ou c'est vous qui volez ou c'est l'épicier qui vous vole. Or, la Torah interdit le vol, vous le savez. Tous les juifs le savent... Même les non-Juifs le savent. Mais restons entre frères.
Pour éviter ce grave problème de vol, notre ami Ben Stto avait une technique très simple. Il s'était débrouillé à avoir plusieurs mesures du même volume. Lorsqu'un client venait, Ben Stto remplissait sa mesure d'huile, mettait un entonnoir dans la bouteille du client, et quand l'huile ne coulait plus de la mesure, il reprenait cette dernière et la laissait égoutter dans un autre entonnoir qui, lui-même, était engagé dans une bouteille. Toutes ces gouttes d'huiles récupérées faisaient bien, à la fin de la semaine, une quantité non négligeable que Ben Stto envoyait à la synagogue pour les vases des Saints suspendus au plafond de la synagogue. Ainsi, notre épicier ne volait pas ses clients, mais au contraire leur faisait faire une grande Mitsva à peu de frais. Ou plutôt pour rien.

Lorsqu'arrive Hanouccah, c'est le miracle pour les synagogues... Enfin, un petit miracle... C'est-à-dire un tout petit miracle... Disons qu'il y avait quand même plus d'huile récupérée à mettre dans les vases à huile. Car de l'huile à Hanouccah, les épiciers en vendaient en quantité. Jugez plutôt : de l'huile pour la cuisine, pour les salades, de l'huile d'olive pour la 'Hencca ('Hanoukia) et surtout de l'huile pour les beignets. C'est simple, Hanouccah, c'est la fête de l'huile, et des beignets, bien spongieux, tout chauds, et avec le trou bien rond... Si vous réussissez le trou, votre beignet est bon.

Mais notre ami Ben Stto, cette année-là, était malade. Trois jours avant Hanouccah, il a fermé sa boutique et n'y est pas reparu.
Ben Stto malade ? ! Eh ! Oui ! Tout peut arriver dans ce monde. Ce doit être à cause du mauvais œil !

Les clients habituels avaient besoin d'huile pour les beignets et pour Hannoucah. Mais, trouvant la boutique fermée, ils s'en allaient avec l'espoir de revenir plus tard dans la journée ou le lendemain...
Espoir déçu, car Ben Stto était toujours malade. Mais on a le temps. Hanouccah, c'est seulement jeudi soir et on est mardi. Mercredi matin, voyant le magasin toujours fermé, certaines personnes dont le vénérable Rabbi Chalom se rendirent chez Ben Stto à la maison, pour avoir la conscience tranquille avant d'aller chez un autre épicier.
A la vue de tout ce monde, - trois ou quatre personnes en fait - Ben Stto qui n'avait plus de femme, se redressa dans son lit en s'excusant.

Mais à la grande surprise de notre malade, Rabbi Chalom, qui n'était pas vraiment Rabbi, mais que tout le monde respectait pour sa droiture, ses connaissances et sa belle voix d'antan, proposa d'ouvrir le magasin de l'épicier et de vendre l'huile à sa place.
Ben Stto, tout confus, refusa d'abord faiblement, mais dut remettre les clés du magasin à Rabbi Chalom qui, aussitôt, s'y rendit et devint épicier. On aura tout vu ! Rabbi Chalom épicier ! !
Notre ami, de nouveau seul, s'en voulait d'avoir laissé sa besogne au vénéré Rabbi Chalom. Il avait honte et craignait que le nouvel épicier tachât sa belle djellaba grise. Aussi, bravant la fièvre et la toux, Ben Stto s'habilla chaudement et rejoignit sa boutique.
Jamais l'épicier n'avait vu autant de monde en même temps devant sa boutique.

Timidement, il demanda à Rabbi Chalom de le laisser servir les clients. Ce que ce dernier fit sans un mot. Lui-même n'accepta de se faire servir qu'en tout dernier. Il put alors constater que Ben Stto était heureux d'une joie tranquille et discrète. Son visage était épanoui. Même sans nez ! De se sentir ainsi soutenu, Ben Stto avait certainement guéri.

Je ne mentirai pas en vous disant que la première lumière de Hanouccah, cette année-là, avait fait chaud au cœur de plus d'un Juif du Mellah.
Et comme elle devait briller dans le froid marrakchi de fin Kislèv !



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"Les contes de mon Mellah"
Posté par: Raphael (IP enregistré)
Date: 17 août 2007 a 23:57

Mon Mellah, etait un territoire autonome, comme la Republique de Montmartre a Paris.
Tous y est juif. Le four, le laitier (Ben Khirbane, derb elhri),
le notaire, le boulanger, le marchand de pepins grillees, le collecteur des graines de piments forts rouges seches, et j'en passe.
Meme l'odeur du pipi etait juive....
Le chabat, tout est fermé, meme le rare marchand de crimbouss et de khbbatas.
Toutefois, un musulman y habitait.
Il servait de traducteur ou de redacteur d'actes ecrits en langue arabe (vermicelles), et vendait dans sa chambrette, bieres et limonades.
Sa particularité: il connaissait la Paracha de la semaine, recitait le kidouch avant de gouter au verre de vin qu'on lui offrait.
Lorsque les Casablancais se deversaient sur Marrakech pour aller peleriner sur les tombes saints, notre Ami, Ould Kouitn (c'est comme cela qu'il se nommait), se tenait à l'entree du cimetiere, pour reciter, sur demande, les hachcavott, ainsi que les benedictions.
A la question: "pourquoi vous n'entrez^pas au cimetiere ?"
Il répondait: "parceque je suis Cohen".
Raphael (Les lettres de mon Mellah)

"Les contes de mon Mellah"
Posté par: Raphael (IP enregistré)
Date: 18 août 2007 a 16:03

Les odeurs selon les circonstances dans mon Mellah comme l'a si bien developpe mon "concitoyen", mais que je resume:
Pessah: le parfun des orangers (plutot des bigarradier plantes le long des troittoirs, mais pas dans mon Mellah) en fleurs ainsi que de la menthe nouvelle recolte.
Chavouot: le concombre, ces gros que l'on appelait "lfkkouss dlhmar".
Roch Hachana: l'odeur des celeris...
Souccot: comme l'a signale notre ami Rabin Raphael Perez, celles des roseaux et des branches de palmiers.
Chabbat: la soupe de pois chiches a la coriandre. Ces soupes qui, le vendredis soir, avec leurs vapeurs, couvraient le ciel de mon Mellah d'une brume epaisse.
L'odeur des "@#$%&" a l'ouverture des fours, samedi vers 11 heures du matin. Actuellement vous la retrouverez dans les maisons juives utilisant "la plata" a travers le monde.
Enfin, 9 Av avec ses odeurs de melons. Quant aux pasteques, a cette epoque, au dessus des epluchures en pleine chaleur, c'etaient les armees de guepes et surtout des mouches lesquelles excellaient dans l'acompagnement de nos longues siestes...a 45° de chaleur....
Pour bien finir, rappelons que nos roses, fraiches ou sechees, sont seules a degager le vrai parfum des roses. Allez donc chercher ce parfum dans celles cultivees actuellement sous abris, lesquelles a l'inverse de leur beaute, ne degagent jamais de parfum, si ce n'est celui des insecticides.
Que voulez vous, on ne pas tout avoir, la beaute et le parfum.
Raphael de Marrakech

"Les contes de mon Mellah"
Posté par: darlett (IP enregistré)
Date: 18 août 2007 a 16:16

Bonjour Raphael et bravo pour tes commentaires concernant ces contes du Rabbin Raphael Perez.
Il y a un autre livre qui porte le meme titre "Recits de mon Mellah" et c'est celui d'Ami Bouganim, mogadorien de naissance et qui vit a Paris.
Il a d'ailleurs ecrit quelques livres sur ce theme qu'est Mogador.
Avec tes "Lettres de mon Mellah" (que tu devrais assembler et peut-etre publier!?) il y a de quoi retrouver en lecture cette atmosphere de jadis...

"Les contes de mon Mellah"
Posté par: Raphael (IP enregistré)
Date: 19 août 2007 a 18:27

Le Docteur BRAMY (Z.L) de Casablanca a aussi ecrit un livre auquel il a donne le titre de: "Les contes de Mellah".
Il y a relate les soins qu'il prodiguait a ses juifs du Mellah de Casa.
Quant a Ami Bouganim, je pense qu'il habite en Israel. C'est un ami de mon fils.
Dans un de ses livres, il a parle surtout de Mogador.
Darlett, as-tu lu plus haut: ? "meme l'odeur du pipi etait juif".
Que peut on dire de mieux ?
Raphael de Marrakech

"Les contes de mon Mellah"
Posté par: Raphael (IP enregistré)
Date: 19 août 2007 a 18:29

Avec mes excuses: lire:"Les contes de mon mellah" de feu Docteur Bramy.
Raphael.

"Les contes de mon Mellah"
Posté par: lena (IP enregistré)
Date: 21 août 2007 a 20:05

Vous voulez parler du fameux docteur Bramy de Casablanca ? C'est lui qui a ecrit un livre sur "les contes de mon Mellah" ? Ou peut-on trouver son livre ?
Au sujet de Ami Bouganim, je pense plutot qu'il habite en France mais je n'en suis pas sure. Il a ecrit beaucoup mais surtout sur sa ville natale Mogador.
Merci a vous pour ces nombreuses informations
Lena

"Les contes de mon Mellah"
Posté par: lena (IP enregistré)
Date: 21 août 2007 a 20:06

Je voulais parler d'un Bramy qui etait medecin

"Les contes de mon Mellah"
Posté par: Jweizy (IP enregistré)
Date: 10 octobre 2007 a 03:33

Toutes ces odeurs, ces bruits, ces plats, ces reves d'antant se retrouvaient dans les mellahs et egalment dans n'importe quel habitaion de juifs marocains.........Tout cela se retoruvait chez nous...Boulevard de Bordeaux!!!! Je revois et je sens ecore la meme chose que le Rabin Perez.....ajoute a tous ces souvenirs d'enfance la chanson eternelle de Pessah....un plateau ou un bouquet de fleur galopant au dessus de la tete!!!!Be lolo a shalom etc etc phonetiquement....

merci
slts
jw

"Les histoires du Mellah" de Rabat
Posté par: james cohen (IP enregistré)
Date: 31 octobre 2007 a 22:43

Au Mellah de Rabat bien connu de ceux qui ont frequente "l'Ecole de l'Alliance" comme moi , il y avaient certains personnages (bien a nous )sur lesquels couraients certaines histoires et rumeurs .

1-Tout d'abord , l'histoire du Hazan ! A une certaine epoque il etait (pas de mon temps) interdit aux Juifs déntrer en Medina ( y comprit le Mellah ) sur une monture ( Ni cheval , ni chameau , ni ane ) .Mais les habitants voyant que le Hazan ( juif comme eux) entrait au Mellah sur son ane , allerent se plaindre chez le Pasha !!!

Et il leur repondit , et cést de la que vient ""Ah ? Hmar del Hazan ?
Hlal "

Cela etait dit lorsque quelqu'un d'important se permettait de passer outre les conventions ou les normes admises .

2- A l'entree du Mellah il y avait un petit restaurant "Chez Obid", le menu etait annonce de vive voix et se composait de "plusieurs plats"


TAJIN DEL HAM BEL BATATA
EL HAM BOHDU
OUL BATATA BOHDA
EL KOUIRAT BEL HEMSS
EL KOUIRAT BOHDAM
OUL HEMSS BOHDU

C'EST AINSI QUE LES CLIENTS AVAIENT UN GRAND CHOIX !!

3- LA COMMUNAUTE ( LA MAIRIE DU MELLAH ) AVAIT ENGAGE UN PERSONNAGE TRES COMIQUE ,
DONT TOUS LES ENFANTS DE L'ECOLE FAISAIENT LA RISEE :

CÉTAIT UN DE NOS CORRELIGIONAIRES QUE L'ON AVAIT NOMME :AGENT DE POLICE !!ON LUI AVAIT DONNE UN UNIFORME , UN CINTURON AVEC UNE SACOCHE DE REVOLVER ( VIDE (la sacoche) ) ou il mettait des pois chiches grilles ,ET UN BATON DE POLICE PLUS LONG QUE LUI !

POUR SE MOQUER DE LUI NOUS L'APPELIONS " EL BOLISSE DEL MELLAH" ET APRES L'ARRIVEE DES AMERICAINS " EL MILITARY BOLISSE DEL MELLAH "

ET VOILA POUR LE MOMENT !! MON HISTOIRE DU MELLAH !!




"Deux histoires : Mogador et Marrakech !!
Posté par: james cohen (IP enregistré)
Date: 31 octobre 2007 a 23:29

VOUS SAVEZ TRES CERTAINEMENT CE QU'EST LA SHINA OU LA @#$%& !!

A MARRAKECH , OU HABITAIT UN ONCLE DE MA MERE , ON AVAIT L'HABITUDE EN PARLANT DE QUELCUN DE CHER , DE DIRE AVANT SON NOM : MHLBASS !!
PAR EXEMPLE : MHLBASS DAVID OU SHLOMO !!
( c-a-d qu'il soit protege du mal !!) ( en haketia : Escapado del mal )

DONC:

LE SAMEDI , LE TARRAH , PORTEUR ATTACHE AU FARRAN DES ENVIRONS , RAPPORTAIT LES MARMITES DE @#$%& ou SHINA !TOUTES CHAUDES !
A DOMICILE !!S V P !!

( a tanger on disait ADAFINA ,pour faire plus espagnol !!ah ah!!)

En entendant frapper au portail , le pere en general demandait :
Sckoun jaa ? alors la maitraisse de maison , de repondre :

"" MHLBASS EL TARRAH ""

-- A MOGADOR , QUI FUT A UNE CERTAINE EPOQUE SOUS INFLUENCE ANGLAISE , BEAUCOUP D'HABITANTS , DES GENERATIONS ANTERIEURES A LA MIENNE , PARLAIENT ASSEZ COUREMENT L'ANGLAIS OU TOUT AU MOINS ILS LE COMPRENAIENT .

EN 1942 , APRES LE DEBARQUEMENT DES ALLIES AU MAROC , UN SOLDAT BRITANNIQUE ( Peut etre venu avec la Brigede Palestinienne, j'en ai rencontre moi meme a Rabat )
MAIS REVENONS A MON HISTOIRE : DONC UN SOLDAT ANGLAIS ,SANS FAIRE EXPRES ,DISONS, AVAIT BOUSCULE UNE DAME VENUE EN VISITE A CASA ,
PAR HASARD : UNE MOGADORIENNE , LE SOLDAT S'EXCUSANT LUI DIT ""I AM SORRY""
ET LA DAME ( avec grande joie) : HA ? TAN TINNA SOUIRI , NHABI BASSEK ?

JH.COHEN




"Deux histoires : Mogador et Marrakech !!
Posté par: james cohen (IP enregistré)
Date: 31 octobre 2007 a 23:42

BON JE POURRAIS CONTINUER AINSI JUSQU'A DEMAIN !!!


:clap::clap::clap::clap::clap:


J'EN AI D'AUTRES SUR FEZ, ENTENDUES DE LA BOUCHE MEME D'UN FASSI !!

MADE IN FEZ !!


CE SERA POUR LA PROCHAINE FOIS !!!


AND NOW ,SISTERS AND BROTHERS GOOD NIGHT !!

JH.COHEN




"Les contes de mon Mellah"
Posté par: Jweizy (IP enregistré)
Date: 03 novembre 2007 a 04:28

wow je comprends pkoi James a des complexes...

lol
JAcques

"Les contes de mon Mellah"
Posté par: oudi (IP enregistré)
Date: 04 novembre 2007 a 03:43

James Cohen ca fait longtemps que j'ai pas ri comme ca !!!!!

Franchement tu es genial et tes histoires sont a mourir de rire !!!

Bravo mon ami et continue stp a nous raconter, tu le fais si bien

merci beaucoup

Oudi

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