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AVIS DE TEMPETE
Posté par: darlett (IP enregistré)
Date: 14 août 2011 a 22:49

Un article surprenant qui fait le parrallele entre les manifestations en Angleterre dont les images violentes ont fait le tour de la planete et le rassemblement de l'immense maree humaine composee de 300.000 personnes sorties manifester leur mecontentement a Tel-Aviv.
Les deux foules envahissent les rues en meme temps, celle de Tel-Aviv, dans le calme et en musique pour reclamer plus de justice sociale et des logements accessibles pour tous, et les autres en furie, pillant, agressant et vandalisant tout ce qu'ils trouvent sur leur passage.

Rapprochement interessant entre les "mechants sionistes" et la populace anglaise civilisee et moraliste.

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AVIS DE TEMPÊTE


Deux tempêtes secouent, presque simultanément, deux îles où l'on n'a guère l'habitude d'en apercevoir d'ainsi déchaînées.
Le première a vu des vagues de trois cent mille personnes occuper le pavé israélien, y dresser des tentes, hisser pancartes et sémaphores des plus insolites là-bas, bref, semer dans ce pays jusqu'alors entouré de haine le crachin intérieur de la grogne.
La seconde, d'une rare intensité, s'est déchaînée sur tous les fronts d'Angleterre, et a mobilisé, mobilise encore, tout ce qu'elle compte de mousses et moussaillons, contre sa police, ses vitrines et leur contenu.

Ces deux phénomènes météorologiques du coeur de l'été dépassent très largement le cadre de nos bulletins familiers, leurs anticyclones et leurs dépressions.

Elles offrent, à qui les voit de l'extérieur et peut ainsi tenter d'en approfondir les mouvements et surtout les causes, l'occasion d'entreprendre une sorte d'étude comparée, de parallèle, qu'on ne songe guère d'ordinaire à établir entre les différents climats des régions du globe.

L'originalité première de la tempête israélienne est celle-ci:

Depuis des décennies, et sous l'effet de facteurs cycloniques – cyclones sans oeil, aveugles et sourds – Israël est perçu comme un pays de juifs sionistes, ou si vous préférez de sionistes juifs, c'est à dire de gens venus d'un peu partout, héritiers d'un martyre fort bien géré dont ils tirent le « droit » de devenir bourreaux à leur tour, et de faire payer à d'autres ce que leurs ancêtres ont, paraît-il, voici bien longtemps, subi. Un pays de gens qui restent sourds aux admonestations de l'ONU, sourds aux navigateurs de plaisance venus aux abords de leurs côtes diffuser l'humanisme, un pays de gens qui petit déjeunent avec du sang de bébé arabe afin d'y tremper leur mazot, qui mitraillent tout ce qui a moins de quinze ans, ou un gros tour de taille à leurs frontières, qui construisent n'importe quoi, pourvu que ce soit sur des terres qui ne leur appartiennent pas, un pays de gens qui non contents d'avoir un Mur pour se lamenter, en édifient un autre plus lamentable encore, bref, un pays de gens qui, dès qu'on leur dit qu'on voudrait bien les voir débarrasser le plancher et faire la planche sous la mer, refusent toute discussion, comme autant de carpes farcies.

Or voici que, on n'en croit ni ses yeux ni ses oreilles, ces gens là se dressent, comme vous et moi, et s'en prennent...non plus à leurs souffre-douleurs favoris, les Palestiniens, mais à leur propre gouvernement, ne demandent plus de nouvelles colonies, de nouvelles constructions, mais des prix moins élevés, un pouvoir d'achat susceptible de leur permettre un toit, du fromage zéro pour sang de bébé, de quoi vivre enfin.

On peut comprendre la stupéfaction du monde entier. Ces gens là payent donc leur nourriture, leur loyer? Ils manquent d'argent et ils sont juifs? Ils descendent dans la rue pour protester, eux qui ne supportent pas la moindre critique? Mais...ce que certains murmurent se confirmerait-il? Israël serait-il, au moins de temps à autre, une démocratie?

A-t-on jamais vu des colons défiler pour pouvoir se loger, des racistes réclamer une plus grande égalité, des voleurs de terre se battre pour plus de justice?

C'est vraiment un monde à l'envers que pareille tempête a eu pour effet d'exposer là-bas.

Or, en Angleterre, les éléments qui se sont soulevés ont, eux aussi, bouleversé l'ordre des choses.

Sur le nom à donner à ces déferlantes sauvages où sont venues se briser tant de vitrines, s'écraser tant de voitures, les commentateurs ne sont pas tous d'accord. Les uns parlent de souffles économico-sociaux, les autres de secousses raciales. Certains y voient l'écume des aberrations gouvernementales, tandis qu'on va jusqu'à penser que c'est le désespoir des jeunes sans avenir qui se manifeste dans ce véritable tsunami.

En première analyse, une chose est claire: entre les tempêtes israélienne et anglaise, le seul point commun véritable est qu'elles commencent toutes les deux par une voyelle. C'est vraiment bien le seul.

Car en vérité, si la première remet les choses, les évidences en place, et force à accepter l'idée qu'Israël est un pays comme tous les autres, une démocratie comme sont toutes les démocraties véritables, où il faut rappeler à qui gouverne qui est gouverné, à qui profite qui est exploité, la seconde, elle, charrie dans ses flots une question que la Manche n'est pas la seule à abriter.
Oui, il se passe actuellement en Angleterre quelque chose qui secoue encore, et pourrait bien secouer à nouveau plus tôt qu'on ne pense – ou l'espère- les pays d'Europe, que cernent moins les mers que les données d'un problème incontournable.

Nous avons connu ce mauvais temps en France, dans nos banlieues, nos cités.
Nous avons connu ces marins sauveteurs qui, pour protéger nos ports, avançaient leurs barques sociopsychopoliticoéconomiques. Leurs dialogues résonnent encore:

· C'est la misère, le désespoir. Ils n'en peuvent plus, alors ils cassent tout!
· C'est le manque de perspectives. No future! On ne pense pas à leur avenir, alors ils se rappellent à notre présent!
· C'est la révolte contre notre vieux monde où ils s'ennuient à mourir. Au moins, là, ils s'amusent et se sentent revivre. C'est une crise de l'énergie contre l'encroûtement !
· C'est le sentiment d'être rejetés, relégués au fond de nos trous à rats! Accueillez les réellement parmi vous, ils s'y tiendront comme vous!
· C'est des drogués, des criminels, qui ne pensent qu'à protéger leurs magouilles de criminels, et déclarent la guerre à la société quand elle les menace!
· Appelez l'armée, puisque c'est la guerre! Que fait la marine?


De fait, il est bien évident que de ces choeurs engendrés par la furie de Neptune portaient tous une part de vérité. Mais les flots obscurcissent et déchirent tous leurs trésors, ce qui donne à leur vérité les contrastes d'un puzzle mettant au défi les plus experts en puzzle.
Car c'est vrai que les jeunes de Londres, comme ceux de Paris, ne connaissent pas, pour la plupart, une situation très florissante. Réduits à eux-mêmes, ne sachant comment gagner leur vie, ils se rattrapent inconsciemment sur les moyens de la perdre.

Mais c'est vrai aussi que non seulement il leur manque, comme à tous, les moyens de faire briller le présent, mais de surcroît ils connaissent une carence redoutable pour leur jeunesse, celle d'un avenir entrouvert à l'espoir. Comment, à qui le crier, sinon à tout ce qui les côtoie, à tout ce qui les diminue?

Il n'est pas faux non plus de relever qu'une jeunesse à qui n'est pas proposé un choix d'activités physiques qui puissent absorber leur trop plein de vitalité primaire finit par chercher dans ce qui l'entoure des barrières qu'elle n'a plus qu'à briser, saccager, pour se donner à la fois de l'exercice, de l'espace et, accessoirement, de la thune. Au grand dam des retraités et autres rhumatisants, quelque peu secoués.
Et l'on ne peut guère nier que nos jeunes pousses de périphéries, confinés dans des centimètres carrés sordides, jettent sur les hôtels particuliers, les résidences somptueuses, un regard plein de questions: pourquoi aux autres, aux vieux, aux fortunés, pourquoi pas à eux? S'ils disposaient de quatre cents mètres carrés sur deux étages, avec un matériel hifi dernière génération, ils courraient toute la journée d'une pièce à une autre, et l'on ne les verrait guère dans la rue.

Quant aux habitudes qu'ils ont prises de consommer certaines drogues, il faut bien comprendre que c'est de la demande que naît l'offre, qui lui renvoie l'ascenseur, et qu'on n'est jamais mieux servi que par ceux qui, près de chez vous, connaissent vos besoins, vos moyens, vos rythmes, vos limites. Alors qu'il y ait des dealers n'a rien de surprenant. Et qu'ils se défendent âprement quand la police entend les réprimer, non plus.

De sorte qu'il ne convient guère de se montrer choqué ou ému de ce que le pays tout entier, sentant disparaître l'ordre, la sécurité, et la paix entre tous ses membres, se voyant attaqué comme on peut l'être par un assaillant qui ne songe qu'à briser et ruiner, attende de son gouvernement les mesures les plus fermes, et notamment le recours à l'armée, le meilleur outil dont il dispose contre un ennemi, quel qu'il soit.

Ce rapide tour d'horizon pour en venir à notre parallèle initial: quoi de commun entre les tempêtes israélienne et anglaise, exception faite de la voyelle initiale qui ouvre leur nom?

A y mieux réfléchir, une autre chose les rapproche.

Elles submergent deux pays composés, l'un et l'autre, d'une population tellement hétérogène qu'il est vain de recenser, plus vain encore de qualifier les éléments qui les peuplent.
Israël, c'est notoire, accueille des citoyens venus de tous les pays du monde.
L'Angleterre, quant à elle, s'est ouverte à toutes les cultures, toutes les origines, toutes les communautés venues des jeunesses les plus exotiques.
Ces deux pays illustrent, chacun de façon bien différente, ce qu'on appelle le multiculturalisme.
On y vit en une symbiose étonnante et admirable, on y circule entre toutes les couleurs, tous les cultes, tous les folklores. On y parle toutes les langues, on y étudie tous les livres.
Et pourtant...

Cette diversité, cette pluralité, cette bigarrure, apparemment communes aux deux nations, loin de les rapprocher, les oppose du tout au tout.

C'est qu'en Israël, cette foule immense qui défile, manifeste, proteste, et présente ainsi les signes du mécontentement, cette foule est unie profondément. Et cela se sait, se sent. On n'appelle pas l'armée contre une telle foule, car c'est elle l'armée. Nul besoin de la pacifier, la paix est au bout de toutes ses revendications: si l'on veut vivre mieux, si l'on veut vivre davantage, si l'on veut vivre en un mot, c'est ensemble, dans un pays solidaire, qui cherchera la paix tant au delà de ses frontières que, surtout, à l'intérieur même de ses différences.

Mais qu'on se retourne sur l'Angleterre, et l'on voit , sur les traces de la tempête, la peur, l'hébétude, la colère, l'hostilité. On n'y discerne pas des citoyens aux prises avec d'autres. On y voit des hommes et des femmes confrontés à des ombres cagoulées, à des violences sans visage, sans nom, on n'y croise que vitrines brisées, magasins- pas alimentaires, non, de luxe - mis à sac, incendies toujours renaissants. Cela ne sent pas la poudre, pas vraiment l'ordinaire violence. Cela sent la haine, celle qu'on imagine quand les paysans, torches à la main, guettaient les hordes de loups venus s'en prendre à leur civilisation, leurs acquis de paysans: la tempête laisse derrière elle en Angleterre, des débris. Celle d'une société qu'on croyait chamarrée, qui soudain montre combien l'entourent, la cernent, la minent, l'appétit et la masse de l'animal. D'une société peu à peu devenue sans classe, sans générations. Divisée moins en riches et en pauvres, qu'en sans fois ni lois prêts à semer la Saint Barthélémy parmi les bien pensants.

Ohé, des bateaux sauveteurs, approchez vos lumières, mais oui, expliquez nous combien les gouvernements gouvernent mal, négligent les pauvres, ne donnent qu'aux riches. Oui, c'est pour ça, bien sûr, oui, oui, contre la tempête, la révolution, contre les tsunamis, pardi, la mise à plat du capitalisme!

N'empêche. Comparez la foule des grogneurs israéliens, à la meute hurlante qui ne demande qu'à faire de l'Angleterre un continent englouti.

Et vous comprendrez alors que ce qui fait les peuples, et ce qui construit les démocraties ne se trouve ni dans les bourses ni dans les pièces d'or, ne se voit pas plus sur les écrans plasma que sur les téléphones à tout faire. C' est dans les coeurs.

Et on juge de ses effets à ce que la violence elle-même n'y défile pas du même pas qu'ailleurs.
Ne pas être d'accord, quand on se sent du même pays, quand on se veut le même destin, c'est marcher pour, même quand on défile contre.

A rebours, quand on vit sur la même île en ne songeant qu'à son invasion, par tous les abordages possibles, on travaille à l'extinction générale de la flamme qui guide moins le peuple qu'elle ne le prémunit contre la glace du néant.

Mirage

[lavissauveaconditiondeclairer.blogs.nouvelobs.com]






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