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Les derniers
Posté par: gilou (IP enregistré)
Date: 20 avril 2006 a 08:58

Il semble extraordinaire qu'un des derniers "poilus" survivants de 1914/18,
heros de la resistance de 1940/45 soit un juif,Leon Weil,109 ans.
Nous avions la reputation d'etre des "planques".




Re: Les derniers
Posté par: place de france (IP enregistré)
Date: 23 avril 2006 a 18:11

Merci Gilou te quedes vivo y sano:
voici le lien:
[www.lemonde.fr]


1896
Naissance e Paris, le 16 juillet.


1916
Mobilise dans une division de chasseurs alpins.


1917
Participe e la bataille du Chemin des Dames.


1943
Membre du reseau de resistance Gallia, sous le pseudonyme de Victor.


1945
Cite par le general Juin pour ses hauts faits pendant l'Occupation.


1953
Obtient une deuxieme croix de guerre au titre de la Resistance.


Le Chemin des Dames, Craonne : Leon Weil aura vecu un terrible bapteme du feu, au printemps 1917. Le 16 avril, le general Nivelle lance dans l'Aisne une offensive qui vire au hachoir humain. A 20 ans, l'appele est jete dans cette bataille gourmande en chair fraeche. "Voile comment ea se passait. Il fallait sortir de la tranchee et partir e la baeonnette ou au pas de guerre vers le trou d'en face pour tuer le copain. Puis il fallait revenir vivant. ea, c'etait le plus dur parce que ea tombait... Les mitrailleuses, ea claquait." Parfois, l'assaut parvient jusqu'e la tranchee allemande. C'est le corps-e-corps. " Lors d'une attaque, un jour, un soldat allemand desarme nous regardait venir vers lui. Un gars voulait le tuer. J'ai crie : "Arrete, ea suffit !" Ce ne sont pas des souvenirs tres beaux... ces morts, ces blesses..."

La France s'apprete une nouvelle fois a feter avec fastes la victoire de Verdun, en 1916. Mais l'anniversaire du gechis de l'annee suivante, ces dizaines de milliers de tues pour satisfaire la fatuite d'un etat-major, sera une nouvelle fois passe par pertes et profits. Leon, lui, n'oublie pas et tempete contre ce jeu stupide "e celui qui aura le plus de morts", contre cette machine "e faire des veuves et des orphelins".
A 109 ans, le rescape se demande toujours pourquoi lui n'est pas sous une des croix blanches qui ont pousse au carre sur le plateau de l'Aisne. Quatre-vingt-neuf ans plus tard, assis dans un fauteuil, dans l'appartement parisien de ses enfants, il n'a toujours pas resolu cette enigme de la vie. "J'etais dans un trou. J'ai eu l'idee de changer et de me mettre en face. Un gars a pris ma place. Au bout d'un moment, je lui ai dit : "Viens avec moi, ne reste pas le !" Il m'a repondu : "Cause e l'autre !" Un obus est tombe. Il a ete tue. Curieux quand meme."

Pourquoi lui a-t-il survecu et fait plus que son temps e Pourquoi l'autre a-t-il ete du nombre de ces "morts pour rien" comme l'ont ete deux freres de Leon, Maxime et Desire e Pourquoi e "Question de chance", dit-il, faute de mieux.

Incorpore en aoet 1916, Leon Weil est "parti sans enthousiasme au casse-pipe". Quelques mois de classe e Lons-le-Saunier et puis c'est tout de suite "la grande boucherie". Magie de l'armee
le Parisien, fils d'un commereant du 10e arrondissement, est verse dans les chasseurs alpins. Il integre une troupe d'elite que les Allemands ont surnommee les "Diables bleus". Son bataillon multiplie les actions d'eclat et les citations.
Mais le soldat Weil a toujours pense qu'"il n'y avait rien e defendre" dans cette guerre, meme si sa mere etait une Alsacienne originaire d'Obernai. Avec sa batterie de medailles militaires, sa legion d'honneur, le pacifiste a au moins acquis ce droit. "Les Allemands, ils etaient comme nous, des pauvres types qui se faisaient casser la gueule pour rien. Nous pensions que c'etait absurde et eux aussi."

Et puis, fatigues, les soldats ont refuse de sortir de la tranchee au coup de sifflet. Ce sont les mutineries de 1917. Leon est commis dans un peloton d'execution. "Je leur ai dit qu'il ne fallait pas compter sur moi. J'ai fait un peu de prison pour ea." On le sort de cet autre trou. On a trop besoin d'hommes. Il se retrouve sur les pentes du Grand Ballon d'Alsace. Un camarade expire dans ses bras en disant : "N'ecris pas !", esperant retarder la peine de ses parents. "Il sera toujours assez temps", pense aussi Leon. Il redige quand meme une lettre e la famille. Avec des nouvelles rassurantes.

Au printemps 1918, Leon demande e integrer un regiment de tanks. Il est envoye en formation e Orleans, oe le surprend l'Armistice. "J'ai accueilli la nouvelle avec joie, et je n'etais pas le seul, je vous le promets." Demobilise en 1919, il revient e Paris et reprend son metier de vendeur dans un grand magasin. Il y cetoie ceux qui se sont enrichis. "Les fournisseurs des armees se sont rempli les poches. Les marchands de canons en ont bien profite." Mais bon ! Plus personne ne ferait fortune avec le sang des autres, assurait-on dans ce temps qui ne se savait pas entre deux guerres. "C'etait la der des ders, du moins on le disait."

Le veteran n'y croit qu'e moitie. Il sent qu'il faut profiter du temps present. Il se jette dans les Annees folles, se gave de theetre. "J'y allais le dimanche avec ma femme. J'ai vu Sarah Bernhardt, tous les cracks du moment ! J'allais aux theetres de la Porte-Saint-Martin, de la Renaissance, du Vaudeville... partout."

Sportif emerite, il pratique assidement la boxe, nage beaucoup, notamment le crawl, cette nouvelle figure que lui ont enseignee au front des soldats americains. Il faisait encore regulierement ses longueurs e 102 ans.

Mais voile, "Bis repetita placent : il a fallu recommencer en 1940". Leon Weil se revele d'une extreme pudeur sur l'Occupation. Ses origines e Il est franeais, point. A l'epoque, d'autres ne l'entendent pas ainsi. Il fuit Paris avec sa famille et se refugie en zone libre. Le heros de guerre qui s'est battu en bleu horizon, dont deux freres sont "morts pour la France", devient un clandestin traque, sous le coup de lois discriminatoires.

Leon entre dans la Resistance en septembre 1943, e Lyon. Sous le pseudonyme de Victor, matricule 02252, il devient agent de renseignement dans le reseau Gallia. Il assure la liaison avec les policiers resistants, s'occupe egalement de delivrer des faux papiers. "Nous changions sans cesse de nom et de domicile", se souvient sa fille. Il echappe e la Gestapo quand nombre de ses camarades sont arretes. Pourquoi, toujours pourquoi e

Soixante ans plus tard, Leon Weil se souvient par coeur de la citation du general Juin, decernee en 1945. "Excellent agent de renseignement en territoire occupe par l'ennemi." Le resistant obtient une seconde croix de guerre, qui lui tient autrement e coeur que celle de 14-18. Elle lui semble la recompense d'un combat tellement plus juste, contre le nazisme.

Le devoir accompli, Leon s'en est retourne prendre sa place de citoyen ordinaire comme representant de commerce en vetements feminins. Jusqu'e l'heure de la retraite, dans les annees 1960. Apres toutes ces annees volees e la mort, cet homme hors du commun reste taraude par le sentiment d'injustice devant "tous ses pauvres gars morts e 20 ans". Le regard se fait vague. Il est temps de laisser le vieil homme e ses propres questions.




Re: Les derniers
Posté par: place de france (IP enregistré)
Date: 23 avril 2006 a 18:13





PIERRE-JEAN SANTINI POUR "LE MONDE"
L'un des derniers survivants de la guerre 1914-1918, Leon Weil, agede 109 ans.







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