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Re: LE TRITEL (saccage) de FES en 1912
Posté par: gilou (IP enregistré)
Date: 21 juillet 2007 a 14:13

ce qui restera toujours incompréhensible,et ce massacre en est l'exemple,c'est la focalisation des violences sur les juifs pour des raisons auxquelles ils sont toujours étrangers.Que beaucoup de morts aient été causées par le bombardement destiné à anéantir les "rebelles",ceci est indicutable.Mais les meurtres ,viols,saccages,vols ont été aussi indiscutablement commis par ces mèmes rebelles.Qui se sont servis,et ceci est congénital aux barbaresques jusqu'à aujourd'hui,des civils comme boucliers humains.
Il suffit de faire le rapprochement avec le camp palestinien au Liban.

Re: LE TRITEL (saccage) de FES en 1912
Posté par: darlett (IP enregistré)
Date: 21 juillet 2007 a 14:27

Bonjour,

Il y a a ce sujet quelques informations et quelques photos impressionnantes sur le site suivant

[adafes.com]

Voici une des photos toujours de ce site.


Re: LE TRITEL (saccage) de FES en 1912
Posté par: darlett (IP enregistré)
Date: 21 juillet 2007 a 14:30

Encore de ce site, [adafes.com]

J'ai place plus haut cette carte postale mais ici elle est agrandie.









Re: LE TRITEL (saccage) de FES en 1912
Posté par: darlett (IP enregistré)
Date: 21 juillet 2007 a 14:34

Et d'autres encore...

Il me semble que ce temoignage est edifiant.

[adafes.com]


















Re: LE TRITEL (saccage) de FES en 1912
Posté par: Mostafa (IP enregistré)
Date: 21 juillet 2007 a 19:15

André.

S'il te plait de nous donner plus d'informations sur ce massacre.

Re: LE TRITEL (saccage) de FES en 1912
Posté par: andre (IP enregistré)
Date: 21 juillet 2007 a 22:08

Bonsoir Mostafa,

Essaye de te procurer le livre sur ce sujet,écrit par Mohamed Kenbib qui est professeur à l´université Mohammed V à Rabat et specialiste du judaïsme Marocain.

"A"

Les evenements de FES en 1912 - Trit'l (saccages)
Posté par: Vidal Serfaty (IP enregistré)
Date: 17 août 2007 a 16:51

Je suis surpris et heureux de voir que mon article est publie sur votre site.Je ne le savais pas...et peut etre tant mieux.
CEPENDANT JE DOIS PRECISER DIFFERENTS POINTS:
1- J'AI EU UNE LONGUE CARRIERE UNIVERSITAIRE, QUOIQUE PAS DANS LE DOMAINE DE L'HISTOIRE, MAIS DANS LE DOMAINE DE LA MEDECINE, ET J'AI EN TOUS CAS APPRIS A ETRE TRES RIGOUREUX ET ACQUERIR UN ESPRIT SCIENTIFIQUE CARTESIEN QUI SE VEUT SANS FAILLES.
2- AVANT D'ECRIRE CET ARTICLE J'AI RECUEILLI PENDANT DES ANNEES DE LA DOCUMENTATION ET ENTRE AUTRES DE NOMBREUX DOCUMENTS RECUEILLIS A L'ALLIANCE ISRAELITE UNIVERSELLE A PARIS. D'AUTRE PART CET ARTICLE A ETE PUBLIE DANS UN JOURNAL SCIENTIQUE ET SPECIALISE. ET PUIS EGALEMENT DEPUIS PRES DE 20 ANS JE FAIS DES RECHERCHES SUR LA COMMUNAUTE DE FES ET MA FAMILLE QUI CONNUT UNE LONGUE LIGNEE DE RABBINS CELEBRES REMONTANT THEORIQUENT JUSQU'A RASHI. ET PEUT ETRE AI- JE HERITE DE MON ARRIERE GRAND PERE RABBI ABNER ISRAEL HASSARFATI QUI ECRIVIT LA PREMIERE CELEBRE CHRONIQUE HISTORIQUE DE FES LE "YAHAS FAS".
3- POUR CONNAITRE AU MIEUX LA DOCUMENTATION DE CE GENRE DE SUJET IL FAUT BIEN CONNAITRE L'HEBREU ET SAVOIR LE LIRE ET LE COMPRENDRE. JE VIS EN ISRAEL DEPUIS 38 ANS.
4-LE GRAND RABBIN VIDAL HASSARFATI ETAIT MON GRAND PERE ET SI JE NE L'AI PAS CONNU, J'AI EU DES RECITS PAR MON PERE ET MES ONCLES. ET MOI MEME SUIS NATIF DE FES.
5-JE CONNAIS PARFAITEMENT LA "THESE" DU PROFESSEUR MOHAMED KENBIB MAIS AUTANT QUE JE SACHE IL NE CONNAIT PAS L'HEBREU ET N'A PU ETRE SUR PLACE COMME SHLOMO COHEN ET AUTRES TEMOINS ET NE PEUT ETRE SPECIALEMENT SPECIALISTE DE LA COMMUNAUTE DE FES.
6-IL SE PEUT QUE LE BOMBARDEMENT FRANCAIS AIT TOUCHE LE MELLAH, MAIS L'ESSENTIEL DU SACCAGE A ETE CAUSE PAR LA POPULATION LOCALE.ET LES PHOTOS QUE L'ON VOIT NE PEUVENT PROUVER QUE CE FUT SEULEMENT UN BOMBARDEMENT???VOIR ALORS DES PHOTOS DES SACCAGES DE CASABLANCA ET AUTRES MELLAHS OU IL NE PUT AVOIR EU DE CANONS.
7-LE GOUVERNEMENT FRANCAIS A ACCEPTE DE DEDOMMAGER PARTIELLEMENT LA COMMUNAUTE APRES DE LONGUES TRACTATIONS ET CE APRES PLUS DE 4 LONGUES ANNEES DE DIFFICILES DISCUSSIONS ET LA PRESENCE A PARIS DE PERSONNALITES DE LA COMMUNAUTE DONT MON GRAND PERE. ET AVEC L'AIDE PRECIEUSE DE L'ALLIANCE ISRAELITE ET MEME DU CONSUL D'ANGLETERRE PAR EXEMPLE.ET CE FUT FINALEMENT UN GESTE HUMANITAIRE D'UNE PUISSANCE QUI ETAIT UN PROTECTORAT ET A ENTRE AUTRES AUSSI AIDE A RECONSTRUIRE TOUTE LA VILLE DE FES ET A LA DEVELOPPER ET NON PAS UNE RECONNAISSANCE DE LA RESPONSABILITE DE LA FRANCE
8- DE NOMBREUX DONS ONT EGALEMENT ETE RECUEILLIS VENANT DE TOUTES SORTES D'ORGANISATIONS JUIVES DE PAR LE MONDE. ET CA C'EST LA SOLIDARITE JUIVE SANS CONDITIONS.
9-ET PUIS AVANT TOUT IL FAUT RECONNAITRE L'ACTION EXCEPTIONNELLE DU SULTAN MOULAY HAFID ET AUTRES PERSONNALITES MUSULMANES. ET S'ILS ONT AGI COMME ILS ONT AGI C'EST AUSSI PEUT ETRE PARCE QU'ILS ONT ETE CHOQUES PAR LE COMPORTEMENT DU PEUPLE. ET DE TOUTES FACONS IL FAUT LEUR ETRE PARTICULEREMENT RECONNAISSANTS.
ET SURTOUT, SURTOUT BIEN SE SOUVENIR DE L'AMITIE QU'IL Y EUT ENTRE MUSULMANS ET JUIFS A DIFFERENTES EPOQUES. ET NE PAS GENERALISER!
10- ET SI DEJA ON DOIT SE REFERER A UN VERITABLE AUTEUR, ALORS JE CONSEILLE LA THESE DE DOCTORAT D'UNIVERSITE DE ABRAHAM BOUHSIRA: "LA COMMUNAUTE JUIVE DE FES" A LA FACULTE DES SCIENCES SOCIALES DE SRASBOURG PARTICULIEREMENT REPUTEE.
11-LORSQUE L'ON ,SOIT DISANT,CRITIQUE OU MEME LORSQUE L'ON VEUT EMETTRE DES REMARQUES IL FAUT SAVOIR LE FAIRE DE MANIERE SCIENTIFIQUE ET SAVOIR DONNER DES REFERENCES.

EXCUSEZ MOI D'AVOIR ETE SI LONG. LA VERITE DOIT SORTIR DE LA DISCUSSION....MAIS A CONDITION QU'ELLE SOIT VERITABLEMENT FONDEE ET ARGUMENTEE, PAS PARTIELLE ET DEMEUREE OBJECTIVE ET SCIENTIFIQUE.
EN TOUT CAS UN GRAND MERCI A DARLETT.
VIDAL SERFATY.

Les evenements de FES en 1912 - Trit'l (saccages)
Posté par: darlett (IP enregistré)
Date: 18 août 2007 a 01:05

Je suis tres heureuse de recevoir ainsi directement ces commentaires de Vidal Serfati, de qui provient le temoignage place ci-dessus. Le nom de Mohammed Kenbib a ete cite et voici sa version des evenements suivant l'ouvrage "Juifs de Fes" parue en 2004 aux editions Elysee.



LE TRITEL*
Mohammed Kenbib




Les premieres deceptions juives

Les officiers charges de la "reorganisation des tabors cherifiens" et les instructeurs - venus directement de metropole - prirent exempe sur leur chef. Bien que se trouvant en premiere ligne", ils ne modifierent en rien leur comportement. Ils commencerent meme a renvoyer sans menagementles soldats juges inaptes. La substitution du francais a l'arabe comme langue d'instruction dans les cinq premiers tabors (soit pres de 5.000 hommes au total) nes d la refonte des troupes du Makhzen se fit aussi de maniere abrupte. Nul compte ne fut non plus tenu de l'opposition des soldats a des reglements et une justice militaires negligeant leur qualite de Musulmans, ni de leur reticences a manipuler des paquets de cartouches enduites de graisse de porc, a porter des havresacs, et a monter a cru les chevaux.

Une grande brutalite marqua aussi la mise en application des premieres mesures de lutte contre la contrebande d'armes. Les autorites militaires francaises se proposaient de requisitionner tous les fusils et les munitions que detenaient les habitants de Fes-Jdid, de la Medina, et du Mellah et dont la quantite semble avoir notablement augmente tant a la faveur des prelevements effectues sur les stocks du Makhzen au profit des milices formees lors des evenements de 1907-1908 que los du siege de a ville au printemps de 1911.

En raison du role habituel des Juifs dans l'approvisionnement des tribus en armes, ce fut vers le Mellah qu'elles orienteres les premieres perquisitions. Elles stimulerent le zele des soldats en leur promettant des primes (50 francs) en cas de decouvertesde caches de fusils ou de cartouches. D'autant plus "alleches" que leur solde etait derisoire (un quart de franc par jour), ces derniers se livrerent, en particulier dans les journee du 5 avril, a toutes sortes d'exces au Mellah, defoncant les portes des boutiques et des maisons, "violentant les femmes, frappant les gens a coups de crosse et provoquant des scenes effroyable de desordre".

Ces violences et l'arrestation d'un commercant accuse de cacher des cartouches et conduit manu militari dans une caserve ou "sur ordre d'officiers francais, il recut a titre de question une cruelle bastonnade" provoquerent un choc enorme au Mellah. Ss habitants ne parvenaient pas a admettre que n'aient pas ete pris en consideration ni "les transports d'allegresse" avec lesquels ils avaient accueili tant les troupes de Moiniers (1911) que l'ambassade conduite par Regnault (24 mars 1912), ni leur contribution au ravitaillement des forces francaises stationnees a Fes meme, Sefrou et Meknes, ni leur francophilie et leur disponibilite a collaborer a l'affermissement du Protectorat.

Plus vives encore furent la surprise et la deception du directeur des ecoles de l'AIUa Fes, El Maleh, Representant une association ayant ete l'un des principaux instrumets de propagation de l'influence francaise au Maroc, il eut l'impression de voir s'ecrouler d'un coup les "acquis" de pres d'un demi-siecle d'efforts. D'autant que les derniers graves desordres auxquels le Mellah de Fes ait ete confronte remontaient a 1830. Ce quartier etait demeure a l'abri de toute violence lors de la grande "revolte des tanneurs" (1873) et meme pendant la phase critique de quasi-vacances du pouvoir dans a capitale en 1907-1908, la regression sous laquelle s'instaurait le nouveau regime lui semblait de fort mauvais augure.

"Les pillage qu'a subis le Mellah il y a plus d'un siecle devaient etre des scenes pacifiques a cote des perquisitions illegales..., veritables dragonnades..., ordonnees par l'autorite militaire... rapporta-t-il. Je fremis d'indignation a faire abolir au Maroc soumis a la volonte despotique d'un souverain absolu, revit en 1912 de par la volonte de chefs francais dans un pays de protectorat.".

Le refus de Regnault d'ouvrir une enquete accrut l'indignation d'El Maleh. Pour demeurer credible aux yeux de ses coreligionnaires, principalement ceux qu'il s'efforcait de dissuader de tout activisme sioniste, il dut hausse le ton. Avec l'appui d'un depute francais present a Fes, ils menaca d'etaler toute l'affaire dans la presse europeenne et devant la Chambre des deputes.

Les petites gens du Mellah ne furent pas loin d'assimiler "l'invasion" de leur quartier par des detachements de soldats a une tentative de mise a sac : "les commercants allerent implorer les notables israelites (lesquels) supplierent a leur tour les autorites qui eloignerent ces (malfaiteurs) musulmans" dit a ce propos un temoin. Meme si certains d'entre eux eurent plus de details par la suite, la memoire collecive ne les retint guere par une epreuve encore plus terrible s'abattit sur eux douze jours plus tard.


*Tritel signifie saccage en arabe.




Les evenements de FES en 1912 - Trit'l (saccages)
Posté par: darlett (IP enregistré)
Date: 18 août 2007 a 03:29

Le pillage du Mellah et son bombardement - par Mohammed Kenbib

(suite)

Tenus en echec devant ces objectifs, les mutins et les emeutiers repartirent vers Fes-Jdid. Ils s'y rabattirent sur quelques boutiques appartenant a des Europeens. Leur dechainement s'etendit au Mellah voisin. Ils deborderent sur ce quartier a la fois a la recherche de Francais pouvant y etre refugies et pour "chatier" les Juifs ; ceux-ci s'etat ouverement rejouis de l'"arrivee des ennemis" et ayant facilite le ravitaillement de leurs troupes.

La "xenophobie" qu'inspiraient a la foule la presence d'Europeens dans la cite et leur volonte de mainmise sur le pays rejaillissait d'une certaine maniere depuis plusieurs annees deja sur les Juifs. L'une des chansons satiriques en vogue dans la capitale vouait ainsi "les Chretiens a l'hamecon" (ou au crochet) et les "Juifs a la broche" ; la derniere strophe reservait aux Musulmans le jasmin (du paradis)

Les insultes echangees lors des perquisitions dont le Mellah fut le theatre douze jours plus tot, les accrochages ayant ponctue la recherche d'armes de contrebande, et l'insistance de notables juifs sur la necessite de severes sanctions contre les soldats les ayant malmenes ou ranconnees n'etaient pas non plus de nature a temperer la fureur des mutins. La richesse du mobilier et l'abondance des marchandises constatees par ces derniers dans des maisons et des magasins fouilles avaient sans doute deja exicete leurs convoitises. Habitues comme ils l'etaient a razzier les biens des tribus contre lesquelles ils partaient en harkas, il ne pouvaient etre tentes de laisser libre cours aux instincts de pillage.

Des Musulmans du petit peuple travaillant au Mellah meme n'etaient pas mieux disposes a l'egard de leurs clients ou employeurs juifs. En butte a des invectives et des bourrades quasi-quotidiennes, notamment en periode de fete (la Paque celebree quelques jours plus tot), les maitres fourniers et les mitrons collectant les "trihas" (planches} de pain petri dans les maisons juives et les plateaux de patisseries et les rapportant apres la cuisson s'empresserent en effet de se joindre aux emeutiers. Et ce sous les "youyou" de femmes de Fes-Jdid elles aussi employees en permanence ou de maniere plus episodique a des taches menageres dans ce quartier.

Le "desarmement" dont le Mellah avait ete l'objet au debut du mois d'avril facilita son invasion. Des Juifs essayerent bien de se defendre du haut de la tour en commandant l'entree. Mais commes ils n'avaient pu soustraire aux perquisitions que quelques vieux fusils, leurs tirs ne servirent qu'a exciter encore davantage les assaillants ; "Les portes du Mellah furent fermees, rapporte El Maleh. Malheureusement, elles n'etaient pas gardees car es Israelites manquaient de fusils et de munitions... Nos ecoles furent envahies par des groupes de femmes et d'enfants... Ils ne savaient pas que notre presence leur serait fatale car les revoltes recherchaient pour les massacrer tous les Francais de Fes...Nous avions en tout 5 fusils pour plus de 400 refugies".

La nouvelle de l'invasion du Mellah parvint rapidement au general Brulard. Celui-ci commandait, en l'absence de Moinier parti le 13 avril pour Rabat, les troupes francaises stationnees sur le plateau de Dar Debibagh et le promontoire de Dhar Mehraz - situes a environs trois kilometres au sud de la ville. Son principal souci fut cependant de "porter secours a l'ambassade".

C'est pourquoi il ordonna par telephone a ses forces de contourner ce quartier et de couper a travers les vergers qu'il surplombait. Pourtant une ouverture, avait ete specialement pratiquee depuis 1911 dans la muraille sud du Mellah pour faciliter ses communications avec Dar Debibagh. Sa rue principale assurait le passage entre les campements des troupes et Fes-Jdid (dont un secteur etait occupes par des magasins appartenant a des Europeens).

L'un des buts de cette manoeuvre etait d'eviter que ces forces ne soient retardees par les emeutiers ayant envahi le quartier juif, de detourner l'attention de ces derniers en les laissant se livrer au pillage et, eventuellement, s'entret-tuer pour le partage du butin. Sachant que les secours des mutins avaient en fait deja pris position sur les remparts du Mellah.Lorsque les compagnies appelees a la rescousse emprunterent l'itineraire qui leur etait indique, elles essuyerent un feu tellement nourri qu'elle ne purent "avancer que pied a pied"> Les zouaves algeriens et les tirailleurs tunisiens et senegtalais subirent de "grosses pertes" et durent meme battre en retraite".

Pour arreter les tirs, le general resolut de faire bombarder le Mellah pendant plusieurs heures.l Par la suite, il fit valoir et l'importance des pertes essuyees par ses soldats et la confusion creee l'intensite des coups de feu provenant des remparts de ce quartier et donnant l'impression que les Juifs participaient a la revolte".
Pour eviter que ceux-ci soient pris sous le feu de canons francais dans l'eventualite d'une guerre de conquete, le Ministere de la Guerre avait pourtant fait proceder depuis plusieurs annees deja au releve systematique de l'emplacement des Mellah la ou il en existant.

Les obus de la melinite provoquerent des incendies, detruisirent "des rangees entieres de maisons" et firent sans doute plus de morts et de blessees parmi les Juifs que n'en firent les violences des emeutiers. Certains de ces derniers perirent du reste sous les decombres en meme temps que des personnes qu'ils etaient en train de ranconner ou de forcer a reveler les cachettes d'argent et de bijoux.

Le temoignage d'une Juive ayant vecu ces tragique evenements et dont le recit recele, malgre quelques confusions, des details d'une grande precision, semble indiquer que les plus graves degats etaient effectivement imputables aux "obus francais". A ses dires, le premier pilonnage emporta a lui seul "plus de cent jeunes hommes israelites" qui essayaient de repousser les emeutiers du haut des remparts de leur quartier :

"Le Mellah fut envahi par des Musulmans a cheval et armes... (Ils) nous mettaient en joue en disant "donnez la zettata, batards !". Terrorises, nous (leur) donnions tout, (les) suppliant seulement de nous laisser la vie sauve. Ils dechargeaient la poudre sur quiconque refusait de donner et les depouillaient... Beaucoup de Juifs enterrerent leurs biens ou les jeterent dans les puits... Alors que nous etions dans nos maisons nous vimes une grande flamme montait jusqu'au fond du ciel... Les obus firent tomber la moitie du Mellah... Les Francais (tiraient) de gros obus qui atteignirent les jeunes gens juifs ; il ne resta parmi ceux-ci grand ni petit."

Le saccage s'etendit le lendemain (18 avril) du fait de l'afflux a Fez, a l'occasion du souk hebdomadaires du jeudi. "d'un grand nombre de bedouins des tribus voisines qui se sont joints aux emeutiers", de l'exploitation deliberee des desordres par certains d'entre eux pour faire disparaitre toute trace des creances que detenaient sur leux des Israelites, et de l'echec des "oulemas (ayant) essaye d'intervenir aupres des soldats cherifiens et de precher le calme a la population. Cette extension ne parait cependant pas avoir entraine de pertes supplementaires en vies humaines chez les Juifs car ce fut dans un Mellah abandonne par ses habitants que le pillage se poursuivit.

Que des blesses juifs demeures bloques sous les decombres pendant les 17 et 18 avril avaient refuse, quand ils en furent degages le 19, le secours de medecins francais, etait d'ailleurs significatif en tant que tel du ressentiment des Israelites contre le general Brulard. El Maleh, qui reprit rapidement ses reclamations contre les officiers ayant ordonne les perquisitions du 5 avril, exprima explicitement le sentiment de ses coreligionnaires. Ceux-ci estimaient qu'en les desarmant, les Francais les avaient laisses sans defense, voire livres en boucs-emissaires a la fureur des emeutiers.

"Nous etions abandonnes a notre sort alors que cent tirailleurs auraient suffi a empecher notre malheur, ecrit-il. Nous avons ete les victimes expiatoires et innocentes du mouvement anti-francais qui a eclate a Fes... Nous avons ete le plus cruellement atteints tant il est vrai qu'a toute explosion de la colere populaire au Maroc, c'est sur les Mellahs que s'exercent les vengeances et que s'assouvissent les haines.

Le president de l'AIU estima lui aussi que "la protection et la defense du Mellah s'imposait de (facon) d'autant plus imperieuse que la proclamation du Protectorat devait fatalement exciter les elements turbulents et louches, eveiller le fanatisme populaire et exposer davantage (ce quartier) aux entreprises d'emeutiers. Il s'abstint cependant de toute critique contre des autorites francaises qui non seulement n'avaient rien fait pour defendre ses coreligionnaires mais le pressaient de contribuer, a la reparations de degats causes en partie par leur negligence. Son insistance sur le role qe la francophilie afichee par ces derniers eut dans le dechainement des fureurs qu'ils eurent a subir n'en revelait pas moins a contrario, l'etendue des defaillance de Brulard et de Regnault.

Les Israelites marocains ont ete consideres de tout temps par la France, ecrivait-il, comme les pionniers de sa civilisation... Ils ont ete des auxiliaires actifs de (ses) consuls... (dans la propagation) dans le pays de l'influence et du prestige francais. L'accueil qu'ils ont fait aux soldats francais et la satisfaction qu'ils ont temoignee de l'etablissement du Protectorat les ont naturellement designes aux haines et aux vengeances des adversaires de l'action francaise. C'est ce qui fait comprendre l'explosion de fanatisme et de fureur sauvage qui vient de reduire en ruine le quartier israelite de Fea et qui a fait des veuves et des orphelins si nombreux.

Leur rapide eparpillement dans diverses directions, notamment les jardins avoisinnants, une petite zone d'habitat sauvage dite des Nuawel (huttes) occupee extra-muros par leur coreligionnaires les plus miserables et le cimetiere du Mellah, permit a la majorite des Juifs d'echapper aux emeutiers et aux bombardements. Pres de 2.000 furent admis dans l'enceinte du palais tard dans la soiree du 17 avril. Les autres y affluerent tout au long de la matinee du 18. Ceux qui etaient demeures caches les rejoignirent apres que le Sultant eut charge (vendredi 19) un crieur public de parcouir leur quartier et ses environs immeidats et de les appeler a se refugier au "Dar el Makhzen". Le total de (leurs) victimes denombrees fut de 51 morts et 72blesses (contre 63 tues et 72 blesses - algeriens, tunisiens et senegalais pour la plupart - parmi les troupes francaises et les civils europeens). Les combats et surtout les represailles firent plus de 1.000 morts parmi les Musulmans.








Mohammed Kenbib, historien et sociologue, est docteur d'Etat en-lettres et sciences Humaines de Paris, Sorbonne. Il est l'auteur de nombreux articles et ouvrages portant essentiellement sur l'histoire de l'Empire Cherifien, dont Juifs et Musulmans au Maroc, 1859-1948 qui inclut le texte ci-dessus sur le massacre des Juifs du Mellah de Fes.

Texte tire du livre "Les Juifs de Fez" paru aux Editions Elysee.




Les evenements de FES en 1912 - Trit'l (saccages)
Posté par: darlett (IP enregistré)
Date: 18 août 2007 a 04:00

Toujours sur ce theme, voici quelques photos
reprises du livre "Les Juifs de Fes" sur ces journees terribles
vecues par nos grands-parents a Fes.
















Les evenements de FES en 1912 - Trit'l (saccages)
Posté par: darlett (IP enregistré)
Date: 18 août 2007 a 04:05

Le temoignage de Mohammed Kenbib tend a faire porter la responsabilite de ce massacre en grande partie aux soldats francais alors, que celui de Vidal Sarfaty, au contraire denonce les emeutiers musulmans responsables des degats les plus importants. En effet, les Juifs, desarmes precedemment par les soldats francais ne purent se defendre contre leurs agresseurs et comme les recits ci-dessus le demontre, ces journees furent tragiques.




Les evenements de FES en 1912 - Trit'l (saccages)
Posté par: MESSAGE DEPLACE (IP enregistré)
Date: 18 août 2007 a 04:31

Posté par: alad
Date: 21 février 2006 a 13:26


gogol
ma mere m a souvent parle des evenements de 1912 (tritel) . mon grand-pere a ete blesse ce qui lui a cause une invalidite definitive. les femmes se badigeonnaient la face avec des "cendres" afin de ne pas etre violees.

Les evenements de FES en 1912 - Trit'l (saccages)
Posté par: MESSAGE DEPLACE (IP enregistré)
Date: 18 août 2007 a 04:33

Posté par: andre
Date: 21 février 2006 a 17:07


voila un resume des evenements de Fez du 17 au 19 avril 1912.

Bonne lecture.


Les journees sanglantes de Fez du 17 au 19 avril 1912

Resume


Suite au traite de protectorat franco-marocain du 30 mars 1912 dit ‘Traite de Fez’, et impose au sultan Moulay Hafid par les francais, les autorites militaires francaises devaient assurer la securite de la ville imperiale dans laquelle le gouvernement cherifien avait siege et son sultan residait.

A cette epoque, les juifs observaient une certaine passivite dans le conflit opposant le sultan Moulay Hafid aux musulmans, qui ne cachaient pas leur indignation, face au passage des troupes cherifiennes sous le controle total d’officiers francais.

Les marchands musulmans avaient refuses leur appui financier au sultan.
Entre temps, des officiers francais etaient arrives directement de la metropole pour reorganiser les tabors (bataillons) cherifiens.

La population de Fez reagit par une grande insurection qui fut marquee entre autre par des violences contre les juifs.

Avec grande brutalite, les autorites militaires francaises requisitionaient toutes les armes et munitions que detenaient les habitants de Fez-Jdid, de la medina et du mellah.
Les juifs avaient un role habituel d’approvisioner les tribus en armes, et c’est pourquoi, les premieres perquisitions prirent lieu au mellah en cette journee du 5 avril 1912.
Autant bien les officiers francais que les soldats cherifiens prirent part a ces perquisitions qui furent des plus sauvages; femmes violees et hommes frappes a coup de crosse , portes defoncees etc..etc..

A rappeler que la solde des recrues natives etait derisoire, soit 1/4 de franc par jour, et que les francais avaient promis une prime de 50 francs en cas de decouverte de cache d’armes!
Les francais avaient totalement ignore que les juifs contribuaient au ravitaillement des troupes francaises stationees a Fez, Sefrou et Meknes.

Le directeur des ecoles de leA.I.U ( Alliance Israelite Universelle) de Fez,
Mr. El Maleh, avait declare que ‘ les soldats francais etaient une horde de sauvages sans foi ni loi, animes d’une haine farouche contre les juifs’.
Douze jours plus tard, une epreuve encore plus terrible s’abbatit sur les juifs du mellah.
L’explosion se produit le mercredi 17 avril alors que les officiers francais notifiaient les recrues natives cherifiennes apartenant a trois tabors, (1 tabor = 1000 hommes), que leur solde etait reduite de moitie pour cause de retenue etc..etc..
Une mutinerie immediate prit lieu. Les soldats se trouvant dans la Casbah Cherarda commencerent par massacrer leurs instructeurs francais, apres quoi les mutins se precipiterent en direction de la medina exitant les masses populaires qui les suivirent.
Ce fut sur le Deuh, le quartier europeen, qu’ils commencerent leurs saccages, les locaux du telegraphe, des agences de la compagnie Marocaine, du credit foncier deAlgerie et de Tunisie etc..etc..
Les assieges repousserent les mutins avec l’aide des soldats Marocains qui n’avaient pas pris part a la mutinerie. Les mutins se replierent alors sur Fez-Jdid et sur le mellah...lls etaient dechaines.

Ils recherchaient en premier lieu les francais qui s’y etaient refuges, et continuerent leur route vers le mellah pour chatier les juifs, lesquels avaient contribue au ravitaillement des troupes francaises.
Les juifs essayerent de se defendre, mais ils n’avaient pu cacher que 5 vieux fusils durant les perquisitions du debut du mois d’avril.
Les insurges voulaient massacrer tous les francais de Fez.

C’etait le general Brulard qui commandait les troupes de Dar Debibagh et Dhar Mehraz. Le general Moinier etant absent car il se trouvait a Rabat.
Le general Brulard voulait porter secours a l’ambassade.
Des mutins se trouvaient sur les remparts du mellah. Dans leur atteinte de penetrer au mellah, les zouaves algeriens et les tirailleurs tunisiens et senegalais subirent de grosses pertes.
Alors, le general Brulard decide de faire bombarder le mellah.

Les obus provoquerent des incendies et detruisirent de nombreuses maisons. Ces bombardements firent beaucoup plus de morts et de blesses parmi les juifs que les violences faites par les emeutiers.

Tard dans la soiree de ce mercredi 17 avril 1912, les juifs allerent chercher refuge dans le cimetiere au mellah ainsi que’ l’enceinte du palais du Sultan.
Ils y resteront, dans la cour des menageries, quelques deux semaines, jusqu’e ce que le calme soit retabli.
Le lendemain, jeudi 18 avril, les pillages se poursuivirent dans un mellah quasiment vide de ses habitants. Le vendredi 19 avril, les juifs qui etaient restes caches furent invites, par un porte parole du Sultan Moulay Hafid, a se refugier au ‘Dar el Mahzene.
Le bilan de ces journees sanglantes fut de 51 morts et 72 blesses parmi les juifs, alors qu’il y eu plus de 1000 morts parmi les musulmans.
Le cadavre d’un riche negociant juif, Abraham Bengio fut decouvert a Fez-Jdid le 20 avril.
Des renforts francais arriverent de Meknes. Un comite de secours fut forme pour venir en aide aux Israelites.
La repression du soulevement ne se fit pas attendre. Plusieurs des insurges furent executes dans les rues des le 19 avril ainsi que les jours qui suivirent.
Le general Moinier arriva a Fez le diamanche 21 avril et encore plus de rebelles
furent fusilles sous ses ordres.
Le general Lyautey, nomme fin avril 1912, residant general de France au Maroc, avec pleins pouvoirs, arrive le 12 mai 1912 a Fez qui est assiegee, accompagne du colonel Giraud. Il prend le controle de la ville et le 17 septembre 1912, le Sultan Moulay Hafid abdique et son frere Moulay Youssef le succeda.

Peu apres le gouvernement Marocain sera transfere a Rabat.
Moulay Hafid succombera en 1937 a Enghien-les-Bains, age alors de 62 ans.


"A"

Les evenements de FES en 1912 - Trit'l (saccages)
Posté par: darlett (IP enregistré)
Date: 20 août 2007 a 19:54

J'ai recu quelques photocopies de cartes postales anciennes du Maroc,
de la part de Martin Weil que je remercie vivement pour cet apport.
Et parmi le tas, j'en ai trouve une relatant aussi les douloureux
evemements de 1912.

Cette carte est une carte Flandrin d'une maison incendiee le
17 avril 1912 par les "Askars revoltes" .








Les evenements de FES en 1912 - Trit'l (saccages)
Posté par: darlett (IP enregistré)
Date: 27 décembre 2007 a 22:02

Un temoignage de "Haim" paru sur l' ouvrage commun de Marie Berdugo-Cohen, Yolande Cohen et Joseph Lévy Cohen sur les Juifs du Maroc. Haim s'exprime a propos de ce qu'on a nomme "Les evenements de Fes en 1912 - du Trit'l.


***************


En 1907, les Français avaient déjà débarqué à Casablanca. Il leur fallait rentrer à Fez puisque c'était la capitale du Maroc à l'époque. C'était là où il y avait la royauté. Il fallait trouver une façon pour que le roi du Maroc signe le protectorat. Les Français avec la complicité du Glaoui ont détrôné et déporté Moulay Abdel Aziz, qui ne voulait pas signer le protocole d'accord du protectorat français sur le Maroc. Ce deuxième roi qu'ils avaient mis à la place de Moulay Abdel Aziz n'a pas voulu non plus signer et il a été déporté dans une île près de Marseille.


C'est à cette époque-là qu'il y a eu un tritl. Les arabes, les bledards sont descendus sur le mellah de Fez, ils ont pillé, massacré, violé les femmes des juifs. Les juifs sautaient de terrasse en terrasse, ramassaient les enfants et les jetaient à d'autres juifs qui les recevaient dans une couverture. Eux, ils s'accrochaient et glissaient des terrasses tant bien que mal. Ils fuyaient tous vers le cimetière où ils se cachaient. Le cimetière était à côté du palais du roi et c'est après qu'il y a eu un ordre pour que tous les juifs rentrent dans son palais. Les juifs sont rentrés dans le palais et ils y sont restés plusieurs jours ; les riches arabes de Fez qui étaient contre ce qui était arrivé sont venus avec des chevaux chargés de ravitaillement. Tout arabe qui avait des relations commerciales avec un juif lui a apporté des habits, de la nourriture et tout ce dont il avait besoin. À cette époque-là, les juifs avaient des armes ; ils se sont défendus jusqu'à épuisement des munitions. Il y a eu six cents morts parmi les juifs : des femmes, des enfants, des vieillards. C'est après que les troupes françaises sont rentrées. Elles ont fusillé tous ceux qui avaient pillé. Elles ont fusillé de mille à mille cinq cents arabes, et après on leur a coupé la tête. Les juifs ont mis du sel sur ces têtes-là et les ont clouées à leur porte pour faire peur aux arabes. C'est pour cela qu'on a appelé mellah le quartier des juifs ; ça vient du mot melh, sel. Ils salaient ainsi les têtes coupées des gens révoltés contre le roi.


D'après ce que feu mon père m'a raconté, les Français ont dit aux juifs de faire une déclaration de tout ce qui avait été pillé, volé et saccagé. La France a donné ordre d'indemniser les juifs victimes du tritl, et les juifs de France ont ramassé une bonne somme d'argent qu'ils ont donnée au grand rabbin pour la distribuer à ceux qui avaient été pillés. Tout ce qui a été volé, d'autre part, a été entreposé chez moi, mais personne ne pouvait rien récupérer. C'est le service des séquestres qui les a ramassés. La France en a indemnisé certains, mais les sommes ont été mal réparties.

Fez en a profité en ce sens que toutes les ambassades se trouvaient dans cette ville, et comme l'Allemagne avait perdu la guerre, les juifs ne voulaient plus garder la nationalité allemande. Ils l'ont alors convertie en nationalité française. Comme la France assurait le protectorat au Maroc, les juifs de Fez se sont fait naturaliser Français pour être bien avec elle. C'est pour cela que pendant la guerre on venait mobiliser les juifs dans le mellah de Fez. Ils étaient devenus Français par naturalisation.

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