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Le Sacrifice d'Isaac ou de la raison?
Posté par: darlett (IP enregistré)
Date: 08 novembre 2014 a 07:12


Le Sacrifice d'Isaac ou de la raison?

par Moshe Pitchon




"Il a souvent été dit que le chapitre 22 de Genèse est l'un des plus beaux récits de la littérature fondamentale du peuple juif, qui tient aussi une place particulièrement spéciale parmi les récits de la littérature mondiale. Il génère aussi une des questions les plus difficiles que les sociétés religieuses et morales confrontent.
 
Il s’agit d’un conte sur l’épreuve (hébreu = nisah) à laquelle Dieu soumit Abraham, le premier des patriarches d'Israël, en lui ordonnant de sacrifier son fils bien-aimé, Isaac.  Au moment où Abraham s'apprête à exécuter ce terrible ordre, un ange lui demande d'arrêter, " je sais maintenant que tu crains Dieu, car tu ne m'as pas refusé ton seul fils. » (Genèse 22: 12).

Le public, cependant, a été informé dès le début de l'histoire que Dieu veut seulement tester (nisah) Abraham. Qu'en fait il n'a vraiment jamais eu l'intention de voir Abraham tuer son fils. Le but de l'histoire se centre sur "test".
 
Carmy Shalom et David Shatz du Département d'études juives et de philosophie à l'orthodoxe Yeshivah University, à New York, écrivent que:
 
"Dans sa brillante “lyrique dialectique "Crainte et tremblements,” le philosophe danois du dix-neuvième siècle, Søren Kierkegaard a suggérée une lecture du “sacrifice d'Isaac (l’Akedah, telle qu’elle est appelée en hébreu) qui a dominé depuis, les interprétations de l'épisode
 
Abraham est le "chevalier de la foi", dont la grandeur consiste à obéir à Dieu...
 
Abraham était prêt à commettre un acte dont la description religieuse est ‘sacrifice’, même si sa description éthique est "assassinat."...
 
Kierkegaard reconnaît la possibilité d'un conflit entre commandements divins et la morale, et affirme la suprématie de la foi religieuse dans toutes ces situations.
 
Emmanuel Kant, largement considéré comme l'un des personnages centraux,  et le plus influent des penseurs dans la philosophie moderne, a pris une position plus audacieuse en affirmant que :

‘Il y a certains cas dans lesquels un homme peut être convaincu que ce n'est pas la voix de Dieu qu’il entend : lorsque la voix lui ordonne de faire ce qui est opposé à la loi morale’
 
Kant est convaincu que cet ordre de tuer ne peut pas venir de Dieu, car Dieu ne peut contredire Sa propre loi morale qui exhorte à ne pas tuer.
 
Faisant écho à ces réflexions philosophiques, le rabbin conservateur Elliot N. Dorff, professeur de théologie juive à l'Université américaine juive en Californie reconnaît que:
 
"... Certains passages de la Bible sont moralement ambigus au meilleur des cas et carrément immoraux dans le pire des cas, textes tels que le commandement de Dieu d’attacher et probablement tuer Isaac [Genèse 22], ..."
 
Sans crainte, Kant ne perd plus de temps, il soutient que la bonne réponse d'Abraham à la voix du ciel aurait dû être:
 
"Que je ne doive pas tuer mon fils est tout à fait vrai ; que cette apparition soit Dieu,de cela je n’en suis pas certain et je ne pourrais jamais l’être….."
 
En signalant que
 
‘Notre mécontentement avec certains récits bibliques et des mandats ne se limitent pas à la sensibilité moderne. Les sages de l'antiquité ont aussi senti le même mécontentement profond. "
 
Rabbi Harold M. Schulweis, le chef spirituel de la synagogue Valley Beth Shalom à Encino, en Californie, demande: ‘Qu'est-ce que les rabbins ont fait face à un mandat biblique ou rabbinique manifestement injuste?"
 
"Les rabbins," répondit-il, et j’ajouterais les rédacteurs du TaNakh, "même s’ils n'ont pas supprimé la loi biblique, ils ont interprété ingénieusement l'injonction troublante hors d'existence."
 
Bien que Abraham est loué dans le texte biblique, le fait demeure qu'il a échoué au test de reconnaître que son cas n'a pas été différent de celui où il interpelle Dieu dans la Genèse, chapitre 18 sur la justice de détruire Sodome et Gomorrhe.
 
Ce qu’enseigne la littérature fondamentale du peuple juif finalement c’est qu'il y a une éthique à laquelle Dieu lui-même doit se soumettre, car s’il ne le fait pas, il serait coupable d'injustice.



 
Moshe Pitchon est professeur à la retraite de la littérature biblique et la philosophie juive. Il vit dans le sud de la Floride. moshepitchon@gmail.com




Le Sacrifice d'Isaac ou de la raison?
Posté par: darlett (IP enregistré)
Date: 21 novembre 2014 a 07:39

 
Les Puits d’Isaac

par Moshe Pitchon



Le chapitre 26 du livre de la Genèse enregistre ce qu’il y a 4000 ans fut la première expulsion de ceux qui deviendraient par la suite le peuple juif.

Poussé par une famine dans le pays, Isaac, comme son père Abraham avant lui, va vers l’Égypte pour trouver de la nourriture. Il s’arrête à une petite ville- état,  frontière de Gaza où il sème la terre avec beaucoup de succès réveillant la jalousie des habitants locaux. Face à la possibilité d'un conflit, le roi ordonne à Isaac de quitter la ville, avec ces mots:

«Éloigne-toi de nous, car tu es beaucoup plus puissant que nous. »

Expulsé de la terre fertile Isaac et sa famille dépendent maintenant de l'eau dans la steppe

« Les serviteurs d'Isaac creusèrent dans la vallée, et y trouvèrent une source. Les bergers de Guérar querellèrent les bergers d'Isaac, en leur disant : l’eau est à nous.

Ensuite, ses serviteurs creusèrent un autre puits, au sujet duquel on leur chercha aussi querelle;

Isaac partit de là, et creusa un autre puits, et cette fois-ci on ne lui chercha pas querelle; » (Genèse 19: 21)

La question que l’on doit se poser lors de la lecture d'un passage particulier dans le texte est, pourquoi a-t-il été écrit ? L'auteur sait certainement que pour une histoire perdure, à travers les temps, celle-ci, devrait être utile à différentes générations.

Les rabbins Matthew et Miriam Berkowitz nous disent:

« Isaac ne peut pas changer ses voisins, mais en changeant ses propres actions, il déplace une situation dans son ensemble. La sensibilité et la créativité aident à briser le cycle destructeur. Isaac a juré de vivre dans le pays de son père, cependant il creuse ses propres puits. Il maintient une vision et fait des compromis sur la stratégie... L'eau représente la vie, mais quand l'eau d’Isaac devient une source de dissension, il comprend que d'autres eaux doivent nourrir sa vision. Et donc, il creuse jusqu'à ce que les eaux vivifiantes pacifiques soient trouvées... Ce qu'il ne fait pas c’est recourir à la violence. »

Puis- le chapitre 26 continue- le roi et le chef de ses troupes vinrent de Guérar pour voir Isaac, et ils lui dirent:

« Nous avons réalisé que l'Éternel est avec toi. C'est pourquoi nous avons pensé que nous devrions faire un Pacte…et ils ont fait un engagement mutuel.. Isaac les laissa partir, et ils le quittèrent en paix. »


John Van Seters, professeur émérite de Bible hébraïque et de l’Ancien Proche-Orient à l'Université de Caroline du Nord, est d'avis que, pour cet auteur les patriarches ne sont pas seulement des petites familles nomades, mais ils représentent la nation d'Israël.

La paix signée, dit Claus Westermann, le bibliste décédé, de l'Université de Heidelberg, est tel un pacte de non-agression; elle se limite à l'engagement mutuel à ne pas se faire de mal l’un à l’autre.

L'histoire conclut alors:

« Ce même jour, des serviteurs d'Isaac vinrent lui parler du puits qu'ils avaient creusé, et lui dirent : « nous avons trouvé de l'eau »
Isaac l'appela Schiba (jurement). C'est pourquoi la ville est toujours nommée Beer-Schéba, jusqu'à nos jours. »







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