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La Shoah revisitee - Marc-André Charguéraud/Le refoulement odieux des Juifs par les démocraties occidentales. 1938-1939
Posté par: darlett (IP enregistré)
Date: 02 novembre 2012 a 10:07

Le refoulement odieux des Juifs
par les démocraties occidentales.
1938-1939

Par Marc-André Chargueraud



A la suite de l’occupation de l’Autriche et de la Tchécoslovaquie, et de la nuit de cristal, l’immense pogrom dévastateur et meurtrier organisé par le régime nazi, les persécutions contre les Juifs dans le Reich s’intensifient dramatiquement. L’exode des Juifs à la recherche d’un refuge à l’étranger atteint un niveau encore jamais vue. Pleinement conscient de l’urgence d’intervenir dans ce drame juif, Roosevelt organise en juillet 1938 une conférence à Evian destinée à faciliter l’émigration d’Allemagne et d’Autriche. 32 nations y participent.

La conférence est un fiasco. Un journaliste de Newsweek, présent à la Conférence, rapporte : « Le président Myron Taylor, ambassadeur représentant les Etats-Unis, ouvrit la conférence. Le moment est venu où les gouvernements (...) doivent agir rapidement. La plupart des gouvernements agirent rapidement en claquant la porte aux réfugiés juifs. »-1- Tous les chefs de gouvernements des démocraties occidentales, passivement ou activement, vont refouler des Juifs d’Europe centrale aux abois qui frappent à leur porte.

Les pays frontaliers du Reich sont en première ligne. Ils ont tous procédé à des refoulements, difficiles à quantifier mais toujours dramatiques. La Belgique et la Suisse adoptent la même politique. Ils refoulent les réfugiés qui arrivent sans visa tout en prononçant à plusieurs reprises une amnistie pour ceux qui ont réussi à pénétrer dans le pays. « Depuis le mois de mars 1938 il est entré en Belgique 12.000 Juifs du Reich (...) pour enrayer ce mouvement la sûreté publique a renforcé la gendarmerie à la frontière et décide le refoulement de ceux qui entreront après le 28 août 1938 (...) »-2-

En Suisse, une circulaire du 7 septembre 1938 précise, univoque, que seront refoulés « tous les porteurs de ces passeports qui sont juifs ou très probablement juifs ».-3- Plus ambigu Rothmund, le chef de la police fédérale, écrit le 7 novembre 1939 : « Personne ne sera reconduit à la frontière s’il y va de sa vie, mais il faut mettre fin définitivement aux entrées illégales.»-4- Malgré cette politique insoutenable, la Belgique et la Suisse sont les deux pays qui proportionnellement à la taille de leur population ont de loin accueilli le plus grand nombre de réfugiés juifs.-5-

Pendant des mois la Hollande utilise une solution expéditive aux dépens de son voisin. Elle expulse vers la Belgique ses réfugiés clandestins.-6- Puis, à partir de la fin 1938, les Pays-Bas établissent des camps dans lesquels les réfugiés illégaux sont internés.-7- La politique de la France est considérée par les Anglais comme la plus libérale bien que tracassière et mal organisée.-8- Comme la Hollande, dès 1938, Paris ouvre des camps d’internement pour ses immigrés clandestins. On le leur reprochera. Et pourtant, un membre d’une association caritative américaine de retour d’Allemagne conclut en décembre 1938 que les Juifs allemands « ne demandent rien de plus qu’un camp de réfugiés et un morceau de pain ».-9-

Dernier pays démocratique ayant une frontière avec l’Allemagne, le Danemark n’admet des réfugiés juifs que s’ils peuvent prouver qu’ils ont des relations familiales proches avec des citoyens danois résidant dans le pays et que leur prise en charge est garantie d’avance. »-10- Tous les autres sont refoulés.

Isolés par des mers et des océans les pays anglo-saxons sont difficiles à atteindre. Seuls quelques centaines de Juifs fuyant les persécutions embarquent à destination de ces pays. Ils seront presque tous refoulés.

Les forces navales britanniques interceptent et renvoient à leur destin funeste dans leur port de départ, en général Constantza en Roumanie, les bateaux chargés de Juifs pour lesquels la Palestine est le dernier espoir. Le 25 mars 1939, le Sandru avec 269 réfugiés, le 6 avril 1939 l’Astir avec 698 réfugiés, le 23 avril 1939 l’Assimi avec 250 réfugiés... Indigné, le député Noel-Baker s’exclame aux Communes : « Est-ce à dire que les réfugiés sont en fait renvoyés dans les camps de concentration ? » La réponse de Malcom MacDonald, ministre des colonies, fuse : « La responsabilité de cette affaire incombe à ceux qui ont organisé ce trafic.» -11- La question est entendue.

Cette politique insensible s’étend à l’Angleterre même pour ceux qui arrivent sans visa. Lorsque des Juifs autrichiens arrivent en mars 1938 en avion de Prague à Croydon au moment de l’occupation allemande de ce qui restait de la Tchécoslovaquie, l’Angleterre les renvoie à leur perte par l’avion suivant .-12- Même la Finlande lointaine se montre inhumaine. En août 1938, elle renvoie en Allemagne 53 Juifs autrichiens arrivés à Helsinki munis de visas réguliers délivrés par l’ambassade finlandaise de Vienne, mais que le gouvernement finlandais n’avait pas approuvés au préalable.-13- Ces pays sont d’autant plus condamnables que contrairement aux pays voisins de l’Allemagne ils n’ont pas à craindre le moindre déferlement de réfugiés.
Les Etats-Unis ont le même comportement inadmissible. Lorsqu’un navire chargé de réfugiés sans visas s’aventure près de leurs côtes, ils envoient les garde-côtes pour les forcer à faire demi-tour. L’odyssée des 743 Juifs allemands embarqués sur le trop fameux paquebot Saint Louis a été décrite en détail par de nombreux auteurs.-14- Arrivés à La Havane le 30 mai 1939, les passagers se voient refuser de débarquer, leur visa cubain ayant été vendu frauduleusement par le directeur des douanes cubaines. Ils croisent alors au large des côtes américaines. Les appels et télégrammes pressants pour débarquer seront ignorés. A la mi juin, c’est le retour en Europe. L’Angleterre, la France, la Hollande et la Belgique les accueillent. Pour ceux arrivant sur le continent, ce n’est qu’un court répit avant la Shoah.-15-
Le Saint Louis n’est pas un cas isolé. On peut citer les 72 réfugiés du paquebot britannique l’Orduna, le SS français Le Flandres dont 96 passagers juifs doivent retourner en France ou l’Ornoco allemand avec ses 200 Juifs.-16- Et que dire de ces bateaux surchargés de réfugiés qui à la même époque vont d’un port à l’autre des Amériques sans trouver de havre d’accueil ? Leurs noms évoquent autant de drames : Le Koenigstein, le Caribia, le Comte Grande, le Cap Norde, le General Artigas..., tous de véritables radeaux de la méduse livrés aux caprices de l’indifférence et de l’égoïsme.
Le drame prend une autre dimension lorsque l’on parle des visas qui sont refusés à ceux qui veulent fuir le Reich nazi pour sauver leur vie.
En refusant un visa, un pays d’asile précipite sur les routes des Juifs qui cherchent alors à forcer les frontières des pays avoisinants. Les refoulements des Juifs commencent dans les consulats. L’application du règlement par un fonctionnaire consulaire qui refuse un visa est un acte impersonnel dans l’anonymat d’un bureau. On ne peut le comparer au drame du policier qui arrête un clandestin à la frontière et le remet au douanier nazi. Et pourtant les conséquences sont finalement les mêmes. Dans un cas comme dans l’autre le Juif est livré aux tortionnaires de la Gestapo. Toutes les démocraties occidentales partagent cette responsabilité. Combien de visas ont été refusés ? Chacun correspondait à une vie sauvée.

Un chiffre donne l’ampleur du drame. Des êtres désespérés qui font la queue aux abords des consulats. Au 30 juin 1939, 309.782 demandes de visas ont été déposées dans les consulats américains en Allemagne.-17- Au rythme du quota annuel d’immigration d’Allemagne, il aurait fallu plus de dix ans pour satisfaire les demandes. Les Juifs seront nombreux à attendre cloîtrés, sans ressources, dans l’angoisse le visa sauveur. Arrivera-t-il avant qu’au petit matin on ne frappe à leur porte pour les arrêter ?




Notes


WYMAN David, Paper Walls : American and the Refugee Crisis, 1938-1941, Pantheon, New York, 1985, p. 50.
GARFINKEL Betty, Belgique terre d'accueil, 1933-1940, Bruxelles, 1974, p. 131.
LASSERRRE André, Frontières et camps. Le refuge suisse de 1933 à 1945, Editions Payot, Lausanne, 1995, p. 57.
LASSERRE. Op.cit. p. 119.
CHARGUERAUD Marc André, Tous coupables, Les démocraties occidentales et les communautés religieuses face à la détresse juive, 1933-1940, Ed.du Cerf, Labor et Fides, Paris/Genève, 1998, p. 193.
SIMPSON Hope John, The refugee problem : report of a survey, Oxford University Press, New York, 1939, p. 350
Ibid. p. 322 et 347.
Ibid. p. 296 et 298.
BREITMAN Richard , KRAUT Alan, American Refugee Policy and European Jewry , 1933-1945, Indiana University Press, Bloomington, 1987, p. 107. Un membre de l’American Friend Service.
YAHIL Leni, The Rescue of Danish Jewry. Test of a Democracy, The Jewish Publication Society of America, Philadelphia, 1969, p. 19.
ELISSAR Eliahu Ben, Le facteur Juif dans la politique étrangère du III ème Reich , 1933-1939, Julliard, Paris, 1969, p. 424 et 425.
GILBERT Martin, The Holocaust . The Jewish tragedy, Harper Collins publishers, Londres, 1987, p. 79.
Ibid. p. 65.
MORS Arthur, While Six Millions Died : a Chronicle of American Apathy, Random House, New York, 1968. Pendant que six millions de Juifs mouraient, Laffont, Paris, 1969, p. 70.
GROSSMANN Kurt, Emigration Geschichte der Hitler's Fluchtlinge , 1933-1940, Europäische Verlaganstalt, Frankfurt, 1969, p. 120, Sur les 623 réfugiés qui trouvèrent asile en Hollande, Belgique et France, 583 seront exécutés par les nazis lorsque ces pays seront quelques mois plus tard occupés par la Wehrmacht.
LOOKSTEIN Haskel,Were We our Brothers' Keepers ?: A public Response of American Jews to the Holocaust 1938-1944, Hartmore House, New York, 1985, p. 232 et 234.
BREITMANN et KRAUT, op. cit. p. 66. Parmi lesquels un grand nombre de Juifs.




La Shoah revisitee - Marc-André Charguéraud
Posté par: darlett (IP enregistré)
Date: 03 décembre 2012 a 02:16

La Suède est responsable de la mort de
centaines de milliers de personnes.
1940-1944



Dans son ouvrage monumental sur le IIIème Reich, une référence reconnue, William Shirer estime que « l’existence même de l’Allemagne dépendait des importations de minerai de fer suédois. Pendant la première année de guerre, 11 millions de tonnes furent importées pour une consommation allemande totale de 15 millions de tonnes. » La production de matériel militaire allemand n’était possible qu’avec une production d’acier considérable. Elle se serait écroulée en quelques mois sans l’apport massif de minerai à haute teneur en fer suédois.

Les Alliés sont dès le début de la guerre pleinement conscients que cette dépendance constitue une faiblesse fatale pour le Reich. Pour eux « couper la route du fer » devient la priorité pour réduire définitivement la machine de guerre allemande et gagner plus rapidement la guerre. Pendant les mois chauds le minerai part en toute sécurité du Nord de la Suède par la Baltique, une mer fermée aux sous-marins et aux navires de surface britanniques. En raison des glaces sur la Baltique en hiver le minerai est acheminé par voie ferrée à Narvik en Norvège septentrionale puis par bateau le long des eaux territoriales norvégiennes, échappant ainsi aux navires de guerre et aux bombardiers ennemis.

C’est ce qui décide, en avril 1940, les Français et les Anglais à débarquer et à occuper Narwick. Les Allemands qui occupent Oslo depuis le début du mois font mouvement vers le nord du pays et repoussent les Alliés à la mer. Cette première bataille perdue, celle du fer, va avoir des conséquences dramatiques. La guerre dure encore cinq années au cours desquelles 13,8 millions de personnes dont 4,6 millions de Juifs vont mourir. Plus de 8 000 personnes par jour dont 2 550 Juifs. A ces chiffres terribles s’ajoutent des dizaines de millions de veuves, d’orphelins et des destructions apocalyptiques. C’est dire que chaque mois, chaque semaine, chaque jour de guerre compte et la Suède a sa part de responsabilité dans ce massacre.

Une responsabilité d’autant plus lourde que l’aide apportée par la Suède ne s’est pas limitée au minerai de fer. Les usines suédoises de production de roulements à billes ont contribué dans une très large mesure aux besoins absolument essentiels de la fabrication d’avions, de tanks et de camions destinés à l’armée allemande.

La collaboration avec les nazis est surprenante pour un pays qui se proclame « neutre ». Le 19 juin 1940, la Suède accorde aux Allemands un droit de passage pour acheminer des troupes fraîches et du matériel militaire en Norvège. Ils évitent ainsi de passer par la mer du Nord dominée par les Anglais. De 1940 à 1943, 10% du trafic ferroviaire suédois sera consacré au transport de plus de 250 000 soldats allemands et de 250 000 tonnes d’équipement. Puis, le 24 juin 1941, le gouvernement suédois autorise les troupes allemandes stationnées en Norvège à passer par la Suède pour aller aider les troupes finlandaises à combattre les Russes. Enfin, la Suède accorde à l’Allemagne l’utilisation de son espace aérien et de ses eaux territoriales. Elle va même plus loin. L’Allemagne manquant de fret pour le transport du minerai de fer, des navires et des équipages suédois prennent le relais. Peut-on encore parler de neutralité ?

Oui pour le gouvernement suédois qui considère que le commerce avec l’Allemagne est un droit national sur le plan des lois internationales. En fait, la Suède craint une attaque directe de l’Allemagne comme ce fut le cas au Danemark, en Norvège, en Hollande et en Belgique et elle sait après la défaite française que l’Angleterre est incapable d’intervenir. Mais comme le reconnaît l’historien suédois Stephen Koblik : « Tous les doutes concernant l’issue de la guerre disparurent dans l’esprit des dirigeants politiques après le mois de novembre 1942 ». Une conquête de la Suède par les Allemands était devenue très hypothétique étant donné leurs difficultés majeures rencontrées ailleurs et le risque d’avoir à affronter 400 000 Suédois entraînés et bien armés. On aurait pu penser dès lors que les exportations vers l’Allemagne allaient rapidement diminuer et même s’arrêter. Il n’en fut rien.

Dès le début 1943, les Américains exigent sur un ton de plus en plus ferme la fin immédiate de ce qu’un représentant américain appelle «  l’aide très substantielle que la Suède donne aux Allemands chaque jour ». Les rencontres se multiplient, mais Stockholm ne réagit qu’avec une extrême lenteur. La fin du transit allemand vers la Norvège n’est décidée qu’en août 1944. Il faut attendre septembre pour que les exportations de minerai de fer cessent.

En 1944 la seule usine d’importance de fabrication de roulements à billes en Allemagne, Kugelfischer à Schweinfurt, est bombardée et détruite. Les importations de Suède deviennent vitales pour l’industrie d’armement nazie. Les Américains menacent alors de bombarder l’usine de SKF à Göteborg en Suède par « accident » si les exportations ne cessent pas. Tout ce qu’ils obtiennent, c’est la cessation des exportations de roulements à billes à partir de janvier 1945 !

Ce n’est qu’au début de l’été 1944 que Winston Churchill élève le ton. Il écrit à son ministre des Affaires étrangères Anthony Eden : « Pendant la dernière guerre, les Suédois étaient sans conteste pro-allemands. Dans la présente guerre ils ont montré qu’ils ne donnaient priorité qu’à leur “sécurité”. J’aimerais qu’ils soient mis discrètement sous forte pression par nous et prévenus des dangers qu’ils encourent s’ils sortent de la guerre comme neutres n’ayant pas contribué à notre victoire. » Mais il intervient sur le mode confidentiel et n’envisage aucune action avant la fin de la guerre.

Cordell Hull, le ministre américain des Affaires étrangères, résume bien la politique alliée dans une note datée du 9 avril 1944. «  Nous ne pouvons plus donner notre assentiment à ces nations qui bénéficient des ressources des pays alliés et en même temps contribuent à la mort de troupes dont le sacrifice protège pourtant leurs vies autant que les nôtres. Nous avons scrupuleusement respecté la souveraineté de ces nations… Nous avons dit à ces pays qu’il n’était plus nécessaire pour eux de se protéger contre l’agression en fournissant de l’aide à notre ennemi…. Nous leur demandons seulement, mais avec beaucoup d’insistance, de cesser d’aider notre ennemi. »

Le scandale des livraisons de produits stratégiques suédois essentiels aux Allemands est clairement exposé. Mais conclure par un appel à l’arrêt des exportations sans l’assortir de menaces que l’on est prêt à mettre à exécution n’est absolument pas à la hauteur du problème et de ses conséquences catastrophiques sur la durée de la guerre.

Un historien suédois estime « qu’en 1943-1944, le gouvernement suédois craignait que s’il prenait trop position pour les Alliés, Hitler dans un geste irrationnel décide d’envahir le pays comme il venait de le faire en Italie et en Hongrie ». Deux pays dont la situation politique est radicalement différente. Il est indéniable qu’un risque ait existé, mais il était minime et, étant donné les enjeux, la Suède devait le prendre. Sa position n’était pas si faible. Contrairement à la Suisse, au Danemark et au Portugal, la Suède n’a fait aucun crédit au Reich et a exigé et obtenu que ses exportations soient payées en devises fortes ou en or. Berlin s’est incliné, les exportations suédoises étant essentielles à la poursuite de la guerre.

Une entorse au respect de la « neutralité » suédoise se limitant à des bombardements des navires transportant les roulements à billes et le minerai de fer vers l’Allemagne, ne se justifiait-elle pas, étant donné les centaines de milliers de morts qui auraient été épargnés grâce à elle?


Notes

SHIRER William, Le IIIème Reich, Stock, Paris, 1990, p. 753
IBID. p. 716
Grand dictionnaire encyclopédique Larousse, 1983. P. 5040. Encyclopedia of the Holocaust, 1990, p. 1799. Chiffres à l’exclusion der l’URSS, de la Chine et du Japon.
Ibid. p. 753. Des transits que l’Espagne de Franco et la Suisse ont refusé.
KOBLIK Steven, op. cit. p. 27.
Les Suédois accordaient à l’Allemagne ce qu’ils avaient refusé aux Alliés en 1940 pour aller au secours de la Finlande envahie par l’URSS.
KOBLIK, p. 30.
LEVINE Paul, A. From Indifference to Activism : Swedish Diplomacy & the Holocaust 1938-1944, Uppsala University, Stockholm, 1996, p. 69.
KOBLIK, op. cit. p. 23.
Ibid. p. 35.
LEVINE. op. cit. p. 69.
EIZENSTAT, op. cit. p. 66.
LEVINE p.69
EIZENSTAT, op.cit. p. 40.
KOBLIK, op. cit. p. 34.

La Shoah revisitee - Marc-André Charguéraud/Appel au secours 1936-1945
Posté par: darlett (IP enregistré)
Date: 01 avril 2013 a 09:09

Voici l article du mois d’avril 2013 de Marc-André Charguéraud.
Il est extrait du deuxième tome de « 50 idées reçues sur la Shoah » qui sera publié début mai 2013.

Poignantes revelations sur les vains et nombreux appels au secours et l'indifference et l'abandon de tous suite a leur liberation.

Pour lire les nombreux articles sur le sujet rediges par Marc-André Charguéraud suivre le lien :
[la-shoah-revisitee.org]




Appels au secours.
1936-1945.

Cris de désespoir et accusations des Juifs d’Europe.

.

Les Juifs d’Europe désespérés appellent au secours les Alliés et leurs frères du monde libre. Les citations qui suivent sont d’autant plus poignantes qu’elles proviennent de leaders juifs sur le terrain, eux-mêmes victimes des nazis. Plus que les commentaires écrits depuis, elles reflètent directement ce que les contemporains ont vécu et ressenti.

***


3 juillet 1936 : Hitler est depuis trois ans et demi au pouvoir, et ses lois antijuives ont privé de leur emploi et réduit à la misère des dizaines de milliers de Juifs allemands. Le désespoir s’installe. Ce jour-là, un producteur de films, chassé des studios cinématographiques de Berlin parce qu’il est juif, entre dans la salle où siège l’Assemblée générale de la Société des Nations à Genève (SDN). En pleine session, entouré de journalistes de la presse mondiale, il se suicide. Stephan Lux a 48 ans.
Une lettre explique son geste. Anthony Eden, le ministre représentant la couronne britannique à la SDN, la reçoit. Lux y dénonce les tragiques persécutions nazies qui n’ont pas vaincu « l’indifférence inhumaine du monde ». Il conclut : « Je ne vois aucun autre moyen de toucher le coeur des hommes ». Le sacrifice suprême, il ne peut faire plus. Le monde restera sourd à ses appels. Les athlètes de la terre entière participeront aux jeux olympiques qui ont lieu cette année-là à Berlin sous la présidence du Führer.

***


L’éditorial du 3 février 1940 du Brethen Missionary Herald cite le déchirant appel reçu de Pologne occupée par les Allemands. Dans une lettre datée du 12 décembre 1939, on peut lire : « La misère de notre peuple juif en Europe centrale ne peut pas être décrite. (...) Pensez aux 450 000 Juifs du ghetto de Varsovie. Pensez (...) aux milliers d’hommes, de femmes et d’enfants qui errent dans les forêts et les champs en plein hiver, en haillons, à moitié nus, malades, affamés, désespérés, à moitié fous de douleur. Comme dit un témoin oculaire : les vivants envient ceux qui sont déjà morts ». La Shoah n’a pas commencé, mais déjà l’horreur s’est abattue sur les Juifs polonais sans que le monde neutre et au premier rang les Etats-Unis ne réagisse.

***

Eté 1942, Emmanuel Ringelblum est enfermé dans le ghetto de Varsovie. Il lance un pathétique cri de détresse : « Le monde connaît-il nos souffrances ? Et s’il les connaît, pourquoi est-il si silencieux ? Pourquoi le monde n’intervient-il pas, lorsque des dizaines de milliers de Juifs sont tués ? Pourquoi le monde est-il silencieux quand des dizaines de milliers de Juifs sont empoisonnés à Chelmo ? Pourquoi le monde est-il silencieux quand des centaines de milliers de Juifs sont massacrés en Galicie et dans les nouveaux territoires occupés ? » Si le monde libre ne peut intervenir directement, au moins doit-il multiplier les condamnations verbales.
***


Samuel Zygielbojm passe les premiers mois de l’occupation allemande à Varsovie, puis il devient Membre du Conseil national du gouvernement polonais en exil à Londres. En février 1943, il dénonce le silence des Alliés qui abandonnent les survivants juifs d’Europe à leur sort. Il écrit : « Le monde se cache derrière un masque d’incrédulité bien pratique et ne fait rien pour secourir ceux qui sont encore en vie ». Tourmenté par le manque de réaction des Alliés, Samuel Zygielbojm se suicide le 12 mai 1943.

On peut lire dans la lettre qu’il laisse : « La responsabilité de la crise que constitue le massacre de toute la population juive de Pologne retombe en premier lieu sur ceux qui le commettent, mais ce crime est aussi le fardeau qui pèse indirectement sur l’humanité entière, sur les peuples et les gouvernements des nations alliées, qui n’ont jusqu’ici aucunement tenté de prendre des mesures concrètes dans le but de faire cesser ce crime. (...) En observant passivement le meurtre de millions d’êtres sans défense et les sévices infligés à des enfants, des femmes, des vieillards, ces pays sont devenus complices des criminels. (...) Incapable durant ma vie de faire quoi que ce soit, peut-être pourrai-je contribuer par ma mort à briser cette indifférence ». Une mort accusatrice.

***


5 novembre 1943, le Comité National Juif, représentant des combattants juifs en Pologne, écrit au Dr. Schwarzbart, membre du gouvernement en exil à Londres, un sévère avertissement : « Le sang de 3.000.000 de Juifs polonais se vengera, non seulement des meurtriers nazis, mais aussi des indifférents qui se sont contentés de mots et n’ont rien fait pour secourir des mains des bêtes sauvages ceux qui étaient condamnés à l’extermination. Cela, nous ne l’oublierons ni ne le pardonnerons jamais... » Aux accusations succèdent les menaces.

***


10 juillet 1944, à l’occasion du quarantième anniversaire de la mort de Theodor Herzl, le fondateur du sionisme moderne, Ben Gourion accuse : « Qu’avez-vous fait pour nous, vous, peuples épris de liberté, défenseurs des grands principes de démocratie et de fraternité entre les hommes ? Que de crimes n’avez-vous pas permis contre un peuple sans défense, vous qui assistez sans bouger à son agonie, qui n’avez offert ni aide, ni secours, et n’avez pas demandé aux monstres d’arrêter, dans le seul langage qu’ils pouvaient comprendre, celui du talion ? Pourquoi venir profaner notre douleur et notre colère avec vos creuses formules de compassion, qui sonnent comme une raillerie aux oreilles de millions de damnés des chambres de tortures de l’Europe nazie ? Pourquoi n’avez-vous même pas fourni d’armes à nos révoltés des ghettos, comme vous en avez donné aux combattants clandestins des autres nations ? Pourquoi ne nous avez-vous pas aidé à nous associer avec eux, comme vous l’avez fait pour les partisans de Grèce et de Yougoslavie, et pour les autres mouvements de résistance ? Si, au lieu des Juifs, c’étaient des milliers de femmes, d’enfants et de vieillards anglais et américains ou russes qu’on avait jour après jour torturés et brûlés vifs et asphyxiés dans des chambre à gaz, auriez-vous agi de la même façon ? » Une accusation étayée du futur président d’Israël.


***


La guerre est gagnée par les Alliés, les survivants juifs sont libérés. A juste titre, ils continuent à se sentir abandonnés.

Le 27 mai 1945, le docteur Zalman Grinberg, un survivant qui dès la Libération dirige un hôpital à Saint-Ottilien, s’exclame devant une assemblée de survivants juifs : « Nous sommes libres, mais nous ne savons ni comment ni avec quoi commencer nos vies de liberté et pourtant malheureuses. Il nous semble qu’actuellement le monde ne comprend pas ce que nous avons vécu et connu pendant cette période. Et il nous semble que nous ne serons pas non plus compris dans le futur. Nous avons désappris à rire ; nous ne pouvons plus pleurer ; nous ne comprenons pas notre liberté : probablement parce que nous sommes toujours parmi nos camarades morts ».

Le 31 mai 1945, Grinberg s’adresse au Congrès juif mondial à New York : « Quatre semaines se sont écoulées depuis notre libération et pas un seul représentant d’une organisation juive n’est venu (…) pour nous réconforter, pour soulager nos besoins et apporter son aide. Nous avons dû nous prendre en charge nous-mêmes avec nos maigres ressources. C’est l’une de nos premières grandes déceptions depuis la Libération et c’est une réalité que nous ne pouvons comprendre ».

***


A la mi-juin 1945, Abraham Klausner, un aumônier militaire en Allemagne, se plaint amèrement : « Il y a six semaines les survivants étaient libérés. Ils furent envoyés dans toute une série de camps et restèrent habillés dans ce costume infamant. Ils sont logés dans des habitations impropres à une occupation humaine et ils sont nourris dans de nombreux cas avec moins que ce qu’ils recevaient dans les camps de concentration. Et je n’utilise pas ces mots de façon imprudente. » Il continue : « A quoi servent toutes mes plaintes ? Je ne peux arrêter leurs larmes. L’Amérique était leur espoir et tout ce que l’Amérique leur a donné, c’est un nouveau camp avec des gardes en kaki. La liberté, bon Dieu non ! Ils sont derrière des murs sans espoir. Juifs d’Amérique, ne pouvez-vous pas élever le ton ? Leaders de notre peuple, criez pour demander une nouvelle aurore pour ceux qui ont haï le crépuscule chaque jour ! Il en reste si peu ».

Un mois plus tard la situation reste inchangée. Abraham Klausner constate pendant une conférence le 25 juillet 1945 : « Nous avons informé toutes les organisations juives à l’étranger sur nos camps, mais personne n’est venu à notre secours (…) De ce que nous avons demandé en matière d’assistance, il ne faut compter sur rien. L’UNRRA nous a promis des vêtements et des chaussures. Nous n’avons rien reçu. Il semble que nous devions prendre soin de nous-mêmes, trouver notre propre nourriture, trouver nos propres habits. Nous avons appelé à l’aide les Juifs du monde entier. Jusqu’ici ils ont failli ». L’accusation s’adresse directement aux Juifs.




La Shoah revisitee/Tome II - Marc-André Charguéraud
Posté par: darlett (IP enregistré)
Date: 01 mai 2013 a 07:14

Marc-André Charguéraud continue son travail minutieux de recherche et de mise en page de l'histoire du crime le plus methodique et le plus impitoyable de l'humanite et voici son second tome de « Cinquante idées reçues sur la Shoah » - ce qui porte à cent les articles publiés sur le sujet.

Voici la couverture du livre, second tome paru aux Editions Labor et Fides.








La Shoah revisitee - Marc-André Charguéraud
Posté par: darlett (IP enregistré)
Date: 14 juin 2013 a 06:50

Voici l'article du mois de juin 2013 publie sur "La Shoah revisitee" - par Marc-André Charguéraud - Tome 1.

Loin sont les preceptes immuables de l'Eglise et du Christ qui recommandent de "tendre la main a son prochain". Triste humanite.

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L’antijudaïsme coupable
de Pie XI et de Pie XII.
1937-1965



Les « silences » de Pie XII XE "Pie XII" pendant la Shoah ont été dénoncés sans relâche dans de multiples livres et articles. Ils ont fait l’objet d’un film et d’une pièce de théâtre, tous les deux ouverts à la controverse. On relève bien deux allusions de Pie XII aux exactions nazies, celle de son message de Noël 1942 et l’autre en juin 1943 devant le Sacré Collège XE "Sacré Collège" . « Ni l’une ni l’autre ne sont des dénonciations solennelles que la conscience universelle reproche au pape de ne pas avoir prononcées contre le IIIème Reich », écrit pertinemment l’historien Bernard Reymond XE "Reymond Bernard" .

Si le pape refuse toute condamnation formelle de l’anéantissement des communautés juives et de l’intelligentsia catholique polonaise par le régime nazi, il est alors impératif qu’il appelle publiquement ses fidèles à « tendre la main à leur prochain ». Qu’ils se portent par tous les moyens disponibles au secours des victimes quelle que soit leur « race ». Ces messages « de charité chrétienne » auraient être critiqués par Berlin, mais pas fait l’objet de représailles. Le pape n’a pas répondu à cette attente.

On argumente que, comme son prédécesseur, Pie XII a clairement et à de nombreuses reprises condamné le racisme. Pour Rome, la doctrine est univoque : « La prétendue question juive, dans son essence, n’est une question ni de race, ni de nation, ni de nationalité terrienne, ni de droit de cité dans l’Etat. C’est une question de religion », souligne Humani Generis Unitas XE "Humani Generis Unitas" que fit préparer Pie XI avant de mourir en février 1939. L’encyclique ne fut pas publiée. Elle n’en reste pas moins la position réfléchie et constamment réaffirmée par Rome. Pour les nazis la race et le sang, pour les catholiques la religion et la culture. La distinction est claire, absolue et définitive.

Cette dénonciation répétée du racisme est un grand pas dans la bonne direction. Elle aurait dû mobiliser les catholiques pour se porter au secours des Juifs condamnés par les nazis du fait de leur race. Malheureusement l’antisémitisme revêt deux aspects : le racisme et l’antijudaïsme. Le comportement de l’Eglise catholique est ambivalent. Elle dénonce le racisme et poursuit en même temps, malgré la persécution meurtrière de Juifs, une politique violemment antijudaïque.

Un article paru en novembre 1939 dans le magazine américain Catholic World XE "Catholic World" est un exemple de cette ambivalence. On y lit : « L’antisémitisme est injuste, brutal et en opposition avec les enseignements du Christ. Si des personnes un peu simples d’esprit ont parfois pensé qu’elles devaient venger notre Sauveur du traitement qu’il reçut de son propre peuple, elles se trompent lourdement. Il est vrai que les Juifs furent rejetés par Dieu en tant que nation par laquelle le salut du monde devait venir, parce que les Juifs et leurs enfants portent le sang du Christ. Il est probablement exact que beaucoup des difficultés qui ont confronté le peuple choisi par Dieu sont la punition du Père céleste qui désire les ramener à lui ».

Le 11 janvier 1939 dans le Corriere della sera XE "Corriere della sera" , le Père Gemelli XE "Gemelli Père" , recteur de l’Université catholique de Milan, écrit : « Tragique sans doute et douloureuse est la situation de ceux qui ne peuvent pas faire partie, par le sang et par leur religion, de cette magnifique patrie ; tragique situation dans laquelle nous voyons, une fois de plus, comme en beaucoup d’occasions au cours des siècles, se réaliser cette terrible sentence que le peuple déicide a appelée sur lui et pour laquelle il va, errant de par le monde, incapable de trouver la paix d’une patrie pendant que les conséquences de l’horrible crime le poursuivent en tous temps et en tous lieux ».

Les encycliques de Pie XI XE "Pie XI" et de Pie XII rappellent aux fidèles la dénonciation du judaïsme par l’Eglise catholique. Dix-huit mois après la publication des lois racistes de Nuremberg, quelques lignes dans Mit Brennender Sorge XE "Mit Brennender Sorge" soulignent « l’infidélité du peuple choisi (…) s’égarant sans cesse loin de son Dieu (…) qui devait crucifier le Christ ».

L’encyclique Humani Generis Unitas XE "Humani Generis Unitas" va dans le même sens et même au delà. Bien qu’elle soit restée à l’état de projet, elle reflète parfaitement la politique du Vatican. Les Juifs, peut-on y lire, « rendus aveugles par leur vision de domination matérielle et de gains n’ont pas reconnu le Sauveur ». Ses dirigeants « ont eux-mêmes appelé sur leurs têtes la malédiction divine » qui condamne les Juifs « à errer perpétuellement à la surface de la terre ». Le texte va plus loin en précisant que l’Eglise « ne doit pas être aveugle devant ce danger spirituel auquel les esprits sont exposés au contact des Juifs et qu’il est nécessaire de rester attentif à protéger les enfants contre une contagion spirituelle ».

De telles déclarations ne vont pas inciter les catholiques sur le terrain à se porter au secours des Juifs et en particulier de leurs enfants. A moins que ce ne soit pour tenter de les convertir au christianisme, seul moyen pour eux de « sauver » leurs âmes perdues. L’encyclique de juin 1943 Mystici Corporis Christi XE "Mystici Corporis Christi" répète une fois de plus que c’est la seule façon d’assurer leur salut et de les rendre fréquentables. S’il est dit dans cette encyclique que Dieu demande aux chrétiens d’aimer tous les peuples quelle que soit leur race, elle précise que tous les hommes quelle que soit leur race ne sont unis au sein de l’Eglise que s’ils se sont convertis. Si les Juifs ne se sont pas convertis, leur destin échappe à l’Eglise parce qu’ils ont brisé l’Alliance. Parce que les Juifs ont crucifié le Messie, ils ont créé leur propre destin désastreux d’éternels voyageurs sur terre. Le christianisme a supplanté le judaïsme. Les Juifs ont perdu leur statut de peuple élu.

Le prêtre prêche à chaque office « l’amour du prochain » mais en même temps il exclut les Juifs qui ne sont pas convertis. L’ensemble de ces positions idéologiques est depuis des siècles bien implanté dans chaque paroisse. Elles ont perverti l’ensemble des fidèles jusqu’au fond des campagnes. C’est un antisémitisme primaire destructeur de toute bienveillance envers les Juifs. Il faut attendre Vatican II et Nostra Aetate XE "Nostra Aetate" publié en 1965 pour que le Vatican exonère le peuple juif de sa responsabilité dans la crucifixion. Nostra Aetate a provoqué bien trop tardivement un lent changement dans les mentalités.

Certes de nombreux catholiques, individuellement ou au sein d’organisations confessionnelles, ont aidé des Juifs matériellement, allant jusqu’à les cacher avec tous les risques que cela comporte pour eux et leurs proches. Certes des prêtres dans leurs homélies ont appelé leurs fidèles à intervenir. Mais si Pie XI et Pie XII comme des membres du haut clergé, sans changer la politique tracée par leurs prédécesseurs, s’étaient abstenus de rappeler les « errements » du peuple élu et la conduite négative à suivre vis-à-vis des Juifs, leurs fidèles se seraient portés en plus grand nombre à leur secours.

L’exemple en France des protestants réformés est éloquent. L’examen de la liste des « Justes parmi les Nations » en France, montre que près de 20% d’entre eux sont protestants, alors qu’ils ne représentaient que 1% de la population française. Le père Pierre Chaillet XE "Chaillet Pierre" qui en 1941 et 1942 s’est dépensé pour mobiliser les catholiques en faveur des camps d’internement de Vichy a dénoncé cette « carence de la charité catholique ». Il écrit : « Jusqu'à présent, en dépit de quelques efforts méritoires mais très dispersés et sans coordination de la part de l’Eglise catholique, on constate douloureusement que l’œuvre d’assistance matérielle, sociale et morale, dans de nombreux « camps d’hébergement » et auprès des réfugiés isolés des villes, est pour ainsi dire totalement accompli par les grands comités protestants d’aide aux réfugiés».

On reproche aux deux papes leur silence. Pie XI XE "Pie XI" n’a pas dénoncé les persécutions dont les Juifs ont été les victimes avant la guerre. Pie XII ne s’est pas élevé publiquement contre les exterminations nazies de la Shoah. Au moins devaient-ils impérativement éviter de répéter dans leurs encycliques les propos antijudaïques d’une doctrine qu’ils n’ont pas amendée en temps utile. Leurs fidèles ainsi démotivés ont pour un trop grand nombre exclu les Juifs de leur devoir de chrétiens. Des milliers de vies auraient pu être sauvées si les papes s’étaient abstenus de répéter ces anathèmes dépassés.




References

COSTA-GAVRAS, Amen et HOCHHUTH ROLF, Le vicaire. Malheureusement, ils mélangent la fiction à la réalité et le spectateur, incapable de faire la part des choses, succombe à la thèse défendue par l’auteur.
REYMOND Bernard, Les églises et la persécution des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale, in FURET François, dir. L’Allemagne nazie et le génocide juif, Gallimard, Paris, 1985, p. 388.
Près de 2,5 millions de civils polonais sont morts à la suite des persécutions allemandes, un véritable génocide.
PASSELECQ Georges et SUCHECKY Bernard, L’Encyclique Cachée de Pie XI : l’Occasion manquée de l’Eglise face à l’antisémitisme, La Découverte, Paris 1995, p. 205.
ANSCAR HANS, Catholics and Anti-Semitism, in Catholic World, novembre 1939, cité par DINNERSTEIN Leonard, Anti-Semitism in America, Oxford University Press, New York, Oxford, 1994, p. 118.
FABRE Henri, L'Eglise catholique face au fascisme et au nazisme, Editions espaces de liberté, Bruxelles 1994, p. 158.
PASSELECQ Georges et SUCHECKY Bernard, op.cit. p. 153. Mit Brennender Sorge, p. 18 et 19.
KERTZER David I. Unholy War. The Vatican’s Role in the Rise of Modern Anti-Semitism, Macmillan, Londres, 2001, p.281.
PHAYER John Michael, The Catholic Church and the Holocaust, 1930-1965. Indiana University Press, Bloomington, Ind. 2000, p. 255. C’est mettre, une fois de plus, en avant la doctrine catholique de la « substitution ».
MARCHIONE Margherita, Pope Pius XII : Architect for Peace, Paulist Press, New York 2000, p.18.
Les « Justes parmi les Nations» sont les non juifs reconnus par le Yad Vashem à Jérusalem pour avoir sauvé des Juifs.
BEDARIDA Renée, Pierre Chaillet, Témoins de la résistance spirituelle. Paris, 1988, p.125.




La Shoah revisitee - Marc-André Charguéraud/Second Tome
Posté par: darlett (IP enregistré)
Date: 05 juillet 2013 a 07:30

Voici de nouvelles revelations sur la Pologne lors de cette funeste periode et un extrait du second tome de "La Shoah revisitee" de Marc-André Charguéraud, un livre passionnant a lire qui examine et analyse minutieusement tous les aspects et les dessous des evenements qui ont conduit au meurtre de 6 millions de Juifs innocents.

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Polaks

L’abandon des Juifs polonais, 1933-1939



Entre 1933 et 1939, les démocraties occidentales ont accepté six fois plus de réfugiés juifs du Reich que de Pologne : 359.000 contre 54.000, bien que la population juive initiale de Pologne ait été quatre fois supérieure : 3.300.00 Juifs contre 869.000 pour le Reich. Cela signifie que seulement 1,6% des Juifs polonais ont trouvé refuge en Occident. Un pourcentage dérisoire comparé à celui de leurs coreligionnaires du Grand Reich qui s’élève à 37%. Là s’arrête l’énumération de ces chiffres brutaux, tragiques et accusateurs. Accusateurs, car ils font le procès d’un Occident qui a abandonné la Pologne, alors que se préparent les feux de la Shoah. Quelles qu’en soient les raisons, un score aussi piètre peut-il se justifier ?

On avancera qu’avant guerre, en Allemagne nazie, la persécution des Juifs a atteint des sommets. On oublie qu’en Pologne les mesures antijuives furent aussi brutales : exclusion de la fonction publique, boycott des établissements juifs, quotas universitaires, interdiction d’accès aux professions libérales…. Pire, Entre 1933 et 1939, le nombre des victimes juives en Pologne dépasse celui des Juifs allemands. Un historien parle de centaines de victimes entre 1935 et 1937 seulement. Un autre chiffre à 500 le nombre de Juifs ayant trouvé la mort dans des pogromes, entre 1934 et 1938. Qu’importe, l’opinion publique internationale s’était habituée aux pogromes de l’Est européen.

Hitler persécute les Juifs au nom d’une idéologie raciste pathologique. Ils doivent tous être chassés d’Allemagne et sont condamnés de manière irrémédiable « car nés juifs ». En Pologne les mesures antisémites les plus graves sont prises sous la pression populaire dans un pays fondamentalement catholique. En 1936, un périodique jésuite donne le ton : les Juifs « doivent être éliminés de la vie de la société chrétienne. Il est nécessaire de leur donner des écoles séparées (...) pour que nos enfants ne soient pas infectés par leur moralité douteuse.» Dans une lettre ouverte, après s’être déchaîné contre les Juifs, le Cardinal Llond, primat de Pologne, conclut par ce jugement terrible et sans appel : « Un problème juif existera tant que les Juifs resteront juifs. » Le cardinal laisse au moins aux Juifs une étroite porte de sortie : se convertir au catholicisme. Mais comme dans l’Allemagne de Hitler, la Pologne de Llond poursuit le même but : « éliminer les Juifs de la société ».

Des dirigeants polonais juifs sont conscients des catastrophes qui s’annoncent. « Je suis persuadé que les éléments déchaînés vont bientôt s’abattre sur l’ensemble de la population de l’Europe de l’Est, et avec une telle force que le désastre allemand en sera éclipsé ». Pour Vladimir Jabotinsky, chef du mouvement révisionniste, il est urgent d’évacuer 750.000 Juifs de Pologne. Le 2 août 1936, I. Grynbaum, membre du comité exécutif de l’Agence Juive, déclare à la presse à Varsovie : « Nous devons partir. Pour la grande masse des Juifs de Pologne, l’heure de l’exode XE "exode" a sonné ».

Le colonel Beck, chef de l’Etat, applaudit à ces appels au départ qui correspondent à sa politique de rendre la Pologne « sans Juifs ». Il exige que 80.000 à 100.000 Juifs quittent chaque année le pays. Dans une lettre à Nahum Goldmann, Président du Congrès juif mondial, il se dit prêt à durcir encore les persécutions si ses exigences ne sont pas entendues : « Nous avons besoin de devises étrangères (...). Depuis que l’on persécute les Juifs en Allemagne, vos organisations leur envoient de grosses sommes. Nous avons trois millions de Juifs en Pologne, le Reich n’en a que 750.000. Donc on nous enverra trois ou quatre fois plus d’argent ».

En novembre 1938, l’ambassadeur polonais à Washington menace : « Le Comité d’Evian, en limitant son action aux seuls réfugiés venant d’Allemagne, offre en fait une prime à la persécution des Juifs. » En octobre 1938, pour l’ambassadeur de Pologne à Londres, « le problème juif devient intolérable et il est vital de trouver un débouché pour les Juifs polonais.» Une historienne résume ainsi la situation : « A Evian, la Pologne, la Hongrie et la Roumanie ont envoyé des observateurs dans le seul dessein de demander qu’on les débarrasse de leurs Juifs.» Un mémorandum de juillet 1938 du Congrès juif mondial n’a pas les mêmes motivations mais il arrive à la même conclusion : « Il est souhaitable que la conférence d’Evian ne se limite pas au seul cas des Juifs allemands; bien que très pénible, ce n’est qu’un des aspects du problème des réfugiés.»

Pendant la conférence d’Evian, Myron C.Taylor, le représentant américain, est conscient de la situation. Il explique pourquoi il ne faut pas intervenir : « Les Anglais avec le soutien des Français et de beaucoup d’autres insistent de façon catégorique pour que les possibilités soient strictement limitées aux émigrants involontaires d’Allemagne et d’Autriche. Ils nous ont expliqué longuement et à de nombreuses occasions qu’il serait fatal de donner le moindre encouragement aux Polonais, aux Roumains ou aux autres états d’Europe centrale, car ils commenceraient immédiatement à mettre une telle pression sur leurs minorités que nous nous retrouverions avec un problème monstrueux sur les bras.»

Plus diplomatique, Roosevelt écrit à son ministre des Affaires étrangères le 14 janvier 1939 : « Je ne pense pas que le départ de 7 millions de personnes de leur domicile actuel et leur relogement dans d’autres parties du monde seraient possibles, ni qu’ils soient une solution au problème.» Personne ne veut de ces polaks, pauvres à l’exemple de Job et vivant leur orthodoxie archaïque. Qu’ils restent chez eux dans l’attente de jours meilleurs qui vont malheureusement se transformer en une nuit éternelle.

Avec le recul des années, quatre historiens, spécialistes de l’Est européen, n’en pensent pas moins : « Quoi qu’on dise sur les possibilités du monde extérieur d’absorber des Juifs allemands, autrichiens, tchèques sans ressources, il est certain qu’il n’aurait pas pu s’occuper des 3,3 millions de Juifs de Pologne.» C’était ouvrir la boîte de Pandore, risquer un raz de marée que l’on ne pourrait pas endiguer. Et le monde baissa les bras et ferma ses frontières à ces sous-hommes » selon l’odieux vocabulaire nazi. Une attitude classique qui se répétera pendant la guerre : la peur d’avoir à sauver des millions de gens empêcha de soustraire à la catastrophe quelques centaines de milliers. Une politique indigne.


NOTES

Démocraties occidentales hors immigration en Palestine. Reich : Allemagne, Autriche et Tchécoslovaquie.
CHARGUERAUD Marc-André, Silences meurtriers, Cerf, Labor et Fides, Paris/Genève, 2001, Tableau 3 p. 33.
GUTMANN, Mendelsohn, REINHARZ, Shmeruk, The Jews of Poland between the Two World Wars, University Press of New England, Hanover 1989, p. 105
ELISSAR, Eliahu Ben, Le facteur juif dans la Politique Etrangère du IIIème Reich, 1933-1939, Julliard, Paris, 1969, p. 302.

GILBERT, Martin, Atlas de la Shoah, Editions de l’Aube, Samuelson, Paris 1992, p. 21 et HELLER, Celia, H. On the Edge of Destruction, Jews of Poland between the Two World Wars, Wayne State Univesity Press, Detroit 1994, p. 113. Lettre ouverte du 29 février 1936.
SCHECHTMAN J.B. The Vladimir Jabotinsky Story, New York 1956 cité par MARRUS, Michael R. L’Holocauste dans l’Histoire, Georg Eshel, Paris 1990, p. 18. Il faut tenir compte du fait que Jabotinsky est sioniste.
KOZEC, Pawel, Juifs de Pologne, La Question Juive pendant l’Entre-deux-Guerres, Presses de la Fondation Nationale des Sciences politiques, Paris 1980, p. 315.
GOLDMANN, Nahum, Le Paradoxe Juif, Stock, Paris, 1976, p. 185. Meir MICHAELIS, Mussolini and the Jews, Clarendon Press, Oxford, 1978, p. 209 et Haskel LOOKSTEIN, Were we our Brother’s Keepers ? A Public Response of the American Jews to the Holocaust, 1938-1944, Hartmore House, New York, 1985, p. 50 - Les deux auteurs évoquent l’engrenage du chantage.


ELISSAR, op.cit. p. 316
SHERMAN Ari, Johsua, Island of refuge, Britain and Refugees from the Third Reich, 1933-1939, Paul Elek, Londres 1973, p. 164.
THALMANN, Rita, FEINERMANN, Emmanuel, La Nuit de Cristal, 9-10 Novembre 1938, Robert Laffont, Paris, 1972, p. 28.
STRAUSS, Herbert A. (direction) Jewish Immigrants from the Nazi Period in the USA ,K.G.Saur, New York, 1992, p. 353.
Ibid, p. 366. 10 juillet 1938 ,Taylor au ministre américain des Affaires étrangères.
FEINGOLD Henry, The Politics of Rescue, The Roosevelt Adminstration and the Holocaust, 1938-1945, Rutgers University Press, New Brunswick, 1972. Sept millions de Juifs c'est-à-dire tous ceux d’Europe de l’Est. En dix ans, de 1930 à 1939, les Etats-Unis n’admirent que 37.000 Polonais (en majorité Juifs), soit 60% d’un quota légal déjà misérable de 6.524 personnes par an.
BREITMAN Richard et KRAUT Alan, American Refugee Policy and European Jewry, 1933-1945,Indiana University Press, Bloomington, 1987, p.55.




La Shoah revisitee - Marc-André Charguéraud
Posté par: darlett (IP enregistré)
Date: 01 septembre 2013 a 19:40

Voici l'article de septembre 2013 de Marc-André Charguéraud - La Shoah revisitee" qui montre l’antisémitisme persistant de l’église protestante allemande après la guerre

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L’Eglise protestante allemande,
une volonté coupable d’oubli.
1945-1950


L’antisémitisme et l’antijudaïsme toujours présents
retardent toute repentance.



Dans les années qui ont suivi la guerre, les dirigeants de l’Eglise confessante de Martin Niemöller XE "Niemöller Martin" prennent la direction des Eglises évangéliques d’Allemagne (EKD) XE "Eglises évangéliques d’Allemagne (EKD)" . On était en droit d’attendre que l’Eglise reconnaisse une part de culpabilité dans la catastrophe juive. Il n’en fut rien. Le « contexte » de l’époque ne s’y prêtait pas, a-t-on plaidé ! Une excuse inacceptable.

Quel qu’en soit le prix, sa propre réconciliation interne fut la priorité de l’Eglise. L’exemple de Siegfried Leffler XE "Leffler Sigfried" est choquant. Il fut l’un des initiateurs du mouvement des « Chrétiens allemands ». Il proclamait que Hitler était un envoyé de Dieu sur terre. A la défaite, il est emprisonné. Mais dès 1949, l’EKD le réadmet comme pasteur et lui confie, aussi stupéfiant que cela paraisse, le poste de porte-parole de l’Eglise de Bavière.

Que des pasteurs « dévoyés » ayant reconnu leurs erreurs soient de nouveau accueillis parmi les fidèles, rien de plus « chrétien ». Mais comment accepter que des pasteurs ayant milité pour un déviationnisme théologique insensé, des hérésies abominables, et un antisémitisme exacerbé puissent retrouver une chaire pour guider leurs paroissiens sur le «droit chemin ?»

Ces décisions inadmissibles sont en grande partie dues à un désir collectif d’oubli. Personne ne souhaite avoir à répondre à des questions embarrassantes concernant sa participation au parti nazi, à la sacralisation des drapeaux, à l’appel au civisme militant, à l’approbation des politiques du régime… Cette situation augure mal de la volonté d’admettre la moindre responsabilité de la part d’une Eglise qui reste marquée par l’antisémitisme.

L’antijudaïsme continue à pervertir les plus hautes sphères de l’Eglise. Une déclaration d’avril 1948 du Conseil des frères (Reichsbruderrat) XE "Conseil des frères (Reichsbruderrat)" , l’instance la plus élevée de l’EKD, est détestable et claire. Elle considère la Shoah comme l’expression de la colère de Dieu contre la désobéissance juive. « Israël n’est plus le peuple élu car il a crucifié le Christ (…) Par le Christ et depuis le Christ, le peuple élu n’est plus Israël, mais l’Eglise l’a remplacé ». Il n’y a de salut que dans la conversion au Christ.

Indépendamment de l’antijudaïsme, un antisémitisme à base de stéréotypes antijuifs primaires continue à sévir dans les rangs de l’Eglise. Le président de l’EKD lui-même, l’évêque Theophil Wurm XE "Wurm Theophil" en est infecté. Il écrit en janvier 1948 : « Peut-on publier une déclaration sur la Question juive en Allemagne sans mentionner comment la littérature juive (…) a péché contre le peuple allemand en se moquant de tout ce qui est sacré et combien dans de nombreuses régions les paysans ont souffert des profiteurs juifs. Si on veut s’élever contre l’extension de l’antisémitisme, peut-on rester silencieux sur la remise du pouvoir par les autorités d’occupation aux Juifs qui sont revenus afin de clamer leurs ressentiments amers bien que compréhensibles ». On est loin de tout désir de repentance.

Pourtant, quatre mois après avoir été libéré du camp de Dachau XE "Dachau" , Martin Niemöller XE "Niemöller Martin" bat sa coulpe lors de la première réunion des dirigeants protestants à Treysa XE "Treysa" en août 1945 : « Le principal blâme repose sur les épaules de l’Eglise car (…) elle n’a dénoncé l’injustice qui prévalait que lorsqu’il fut trop tard. L’Eglise confessante (…) a clairement vu ce qui se tramait (…) mais elle eut plus peur des hommes que de Dieu (…) Par désobéissance, nous avons négligé fondamentalement la mission dont nous étions en charge. C’est pourquoi nous sommes coupables ».

Il fut bien seul. Ses commentaires ne sont pas appréciés. Les conclusions officielles de la conférence de Treysa sont éloquentes. « L’Eglise a pris sérieusement ses responsabilités. Elle proclama les commandements de Dieu, appela par leurs noms les crimes (…) l’horreur des camps de concentration, le mauvais traitement et le meurtre des Juifs et des malades (…) Mais les chrétiens furent emprisonnés dans leurs paroisses. Notre peuple fut séparé de l’Eglise. Ses appels ne furent pas entendus du public ». Nous savions, mais on nous a empêchés d’agir. Nous refusons tous les reproches.

Un pasteur souligne que de nombreux fidèles de l’Eglise confessante considèrent « qu’ils dirent et firent ce qui était possible dans un Etat totalitaire et n’avaient pas besoin de s’accuser eux-mêmes ». Dans le même sens, en novembre 1945, le clergé de Berlin Brandenburg déclare « reconnaître que des actes inhumains ont été perpétrés contre les Juifs (…) mais que les hommes d’Eglise et leurs fidèles sont innocents ».

On comprend que dans un tel contexte le Conseil suprême de l’Eglise évangélique allemande, qui reçoit en octobre 1945 à Stuttgart XE "Stuggart" des représentants étrangers du Conseil oecuménique mondial, XE "Conseil oecuménique mondial" se soit cantonné dans des généralités. « Pendant de longues années nous avons combattu au nom de Christ contre l’esprit qui trouva son expression la plus horrible dans la violence du régime national-socialiste. Nous nous accusons de ne pas avoir témoigné plus courageusement, prié plus fidèlement, cru plus joyeusement et aimé plus ardemment ». Pourtant, malgré sa prudence extrême, cette déclaration fut dénoncée par de nombreux protestants comme l’admission « d’une culpabilité dans la guerre » et même comme un « nouveau Versailles ».

Dans un compte-rendu de la réunion du Conseil desfrères à Darmstadt XE "Darmstadt" en juillet 1947, on peut lire : « Quand Israël crucifia le Messie, il rejeta sa propre élection et son destin (…) Par le Christ et depuis le Christ, le peuple élu n’est plus Israël, mais l’Eglise ». Il y eut des discussions sur « la Question juive ». Mais il fut décidé de ne rien mentionner concernant le meurtre des Juifs dans la déclaration finale. Comment reconnaître la moindre culpabilité si le sujet de celle-ci n’est même pas évoqué ?

Il faut attendre cinq années après la fin de la guerre pour que l’EKD brise enfin le silence. Elle publie une déclaration en conclusion du Synode de Berlin Weissensee XE "Synode de Berlin Weissensee" de 1950. Sur l’antijudaïsme, l’EKD déclare : « Nous croyons que la loyauté de Dieu envers son peuple élu demeure même après la crucifixion du Christ ». Sur la Question juive : « Nous reconnaissons que par omission ou silence nous sommes aussi coupables devant le Dieu de miséricorde des crimes commis contre les Juifs par des citoyens de notre pays (…) Nous demandons à tous les chrétiens d’abandonner toute forme d’antisémitisme et lorsqu’il renaît de lui résister vigoureusement et d’avoir une attitude fraternelle envers les Juifs ». L’EKD ne reconnaît qu’une culpabilité « passive », mais aucune complicité. Sa déclaration, pourtant très modérée, fera l’objet de nombreuses controverses.

Il faudra attendre les années 1960-70 pour que des théologiens révisent en profondeur l’attitude de l’Eglise envers le judaïsme. Otto von Harling Jr XE "Harling Jr Otto von" , le responsable de la « Question juive », explique cette « frilosité » de l’Eglise. En 1947, il recommande au Conseil des Frères de ne pas se précipiter pour faire une déclaration sur la Question juive, car il n’est pas préparé et que l’Eglise pourrait le regretter plus tard.

Il faut avant tout rassembler toutes les bonnes volontés, sans s’attarder à déterminer, comme le dit un pasteur, « qui avait encore une base de croyance chrétienne parmi tous ceux qui voulaient revenir à l’Eglise ». L’antisémitisme toujours très vif parmi les fidèles, l’antijudaïsme dogmatique des théologiens ainsi que la volonté d’oublier un passé condamnable expliquent sans les excuser les « silences coupables » du protestantisme allemand après guerre.


Evangelische Kirche in Deutschland ( EKD )
BUCHHEIM Hans, Glaubenskrise im Dritten Reich, Stuggart 1953, p. 51. Voir les précédents articles sur les « Chrétiens nazis » et sur L’Eglise confessante.
ERICKSEN Robert et HESCHE Susannah, Betrayal, German Churches and the Holocaust, Fortress Press, Minneapolis 1999, p. 10.
BRUMLIK Micha, Post Holocaust Theology, German Theological Responses since 1945, in ERICKSEN Robert & HESCHEL Susannanh, op. cit. p. 174. HOCKENOS Matthew, A Church Divided, German Protestants Confront the Nazi Past, Indiana University Press, Bloomington and Indianapolis, 2004, p. 151-153.
HOCKENOS Matthew, op. cit. p. 151.
BARNETT Victoria, For the Soul of the People, Protestants Protest Against Hitler, Oxford University Press, New York-Oxford, 1992, p. 198.
IBID. p.199.
IBID. p. 211.
HOCKENOS, op.cit. p. 10. Evêché de Theophil Wurm, président de l’Eglise évangélique allemande.
BARNETT, op. cit. p. 109. HOCKENOS, op. cit. p.172.
BERGEN Doris, Twisted Cross, The German Christian Movement in the Third Reich, University of North Carolina Press, Chapel Hill and London 1996, p. 60. Allusion au Traité de Versailles de 1918 qui “ruina” l’Allemagne défaite.
HOCKENOS, op. cit. p. 153
IBID. p. 118.
BARNETT, op. cit. p. 234.
BRUMLIK op. cit. p. 175. HOCKENOS, op. cit. p. 169.
ERICKSEN, op. cit. p. 19.
HOCKENOS, op. cit. p. 137.
BERGEN, op. cit. p. 60




La Shoah revisitee - Marc-André Charguéraud
Posté par: darlett (IP enregistré)
Date: 06 octobre 2013 a 18:40

Voici l'article du mois d'octobre 2013 de Marc-André Charguéraud "La Shoah revisitee".

Marc-André Charguéraud raconte les efforts multiples de certaines gens, ames charitables dans sa paroisse qu'est Chambon-sur-Lignon, qui agissent secretement pour cacher et sauver quelques juifs.

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Le Chambon-sur-Lignon et les Juifs
1942-1944

Pourquoi faire de cette belle page du protestantisme
un mythe en multipliant par dix le nombre de sauvetages ?



Août 1942, ils viennent de garer leurs juvaquatres Renault grises sous ma fenêtre. Bruit de portières, chaussures ferrées sur le macadam, conciliabules feutrés. Inutile de regarder, je sais qu’une dizaine de gendarmes viennent d’arriver de Tence. Ils prennent leur temps, buvant dans un quart en fer blanc un ersatz de café arrosé sortant d’un thermos. Il me reste à passer une chemise et un short et à me précipiter en passant par derrière chez le boulanger protestant pour lui signaler leur arrivée. A lui de donner le signal d’alarme à ceux qui hébergent des réfugiés recherchés par la police pour qu’ils s’égaillent dans la nature.

Au printemps 1942, l’adolescent que je suis n’a pas encore réalisé que parmi les personnes réfugiées au Chambon une partie sont des Juifs que la police recherche. Un historien estime qu’un quart des élèves du Collège Cévenol XE "Collège Cévenol" étaient juifs. Miss Maber, notre professeur d’anglais au Collège, dirigeait avec Madame Carillat la pension d’enfants des Sorbiers où mon frère Daniel et moi avons passé deux ans. Elle explique en 1992 : « Encore aujourd’hui, je ne sais pas, parmi mes élèves, quels étaient les protestants, les catholiques, les non-croyants ou de religion juive ».

Peu importe leur religion, c’est au secours de réfugiés recherchés par le régime de Vichy que nous agissons. Un régime que les jeunes du collège n’aiment pas. Mon père, dans son journal en date du 15 septembre 1941, donne le ton : « Les enfants du Chambon, qui ont enterré un mannequin représentant Laval XE "Laval Pierre" , sont dénoncés par Bayon, le pâtissier légionnaire catholique. Les gendarmes font une enquête et procèdent à des arrestations ».

Les habitants du Chambon-sur-Lignon XE "Chambon-sur-Lignon" , sous la conduite de leurs deux pasteurs, André Trocmé XE "Trocmé André" et Edouard XE "Theis Edouard" Theis ont ouvert leurs portes aux réfugiés. Dès 1939, ils accueillent 72 Espagnols, des républicains qui fuient le régime de Franco. En 1940 et 1941, aucun article dans la presse religieuse locale, aucune prédication dénonçant les persécutions des Juifs ou les « statuts des Juifs » d’octobre 1940 et de juin 1941 qui les excluent de la nation. Ce long silence n’a pas reçu d’explications.

Il faut attendre le 10 août 1942 pour une première manifestation publique de soutien aux Juifs. A l’occasion de la visite de Georges Lamirand XE "Lamirand Georges" , le secrétaire général à la jeunesse, certains jeunes du collège, parmi les plus âgés, prennent position : « Si nos camarades, dont la seule faute est d’être nés dans une autre religion (juive), recevaient l’ordre de se laisser déporter ou même recenser, ils désobéiraient aux ordres reçus et nous nous efforcerions de les cacher de notre mieux ».

Le 16 août, en termes généraux, André Trocmé dénonce le scandale des Israélites étrangers qui sont traqués : « C’est une humiliation pour l’Europe que de pareils faits puissent encore s’y produire, et que nous Français, nous ne puissions réagir contre des procédés barbares (…) L’Eglise chrétienne doit se mettre à genoux et demander pardon à Dieu de son incapacité et de sa lâcheté actuelle (…) Je vous dis cela parce que je ne pouvais plus me taire ».

Dans un sermon du même jour, le Pasteur André Bettex XE "Bettex André" est plus direct : « La conscience ne peut que se révolter à l’égard des mesures prises contre les Juifs. Notre devoir est de les secourir, de les cacher, de les sauver par tous les moyens possibles. Je vous engage à le faire ».

Ces encouragements vont contribuer au sauvetage de 42 Juifs étrangers qui vivent dans les centres du Coteau Fleuri XE "Coteau Fleuri" et de la Maison des Roches XE "Maison des Roches" . En mars 1941, Madeleine Barot XE "Barot Madeleine" , directrice de la CIMADE XE "Cimade" , a obtenu de Vichy le droit d’ouvrir des maisons où seraient accueillis, sous surveillance de la police, des étrangers internés à Gurs XE "Gurs" , à Rivesaltes XE "Rivesaltes" ou aux Milles XE "Milles" . Les gendarmes, qui vont à plusieurs reprises du 24 août au 12 septembre organiser des rafles, possèdent donc une première liste de Juifs, par lieu de résidence et par nationalité.

Le dispositif mis en place pour alerter de l’arrivée des gendarmes est efficace. Les opérations de ratissage sont infructueuses. Le Commissaire de police de Tence n’est pas dupe. D’autant plus qu’à la fin août, lorsque ses services demandent à Trocmé la liste à jour des personnes juives de la commune, ce dernier répond : « J’ignore les noms de ces gens et, même si je possédais la liste demandée, je ne la fournirais pas ; ils sont venus chercher asile et protection auprès des protestants de la région, je suis leur pasteur, c'est-à-dire leur berger, ce n’est pas le rôle du berger de dénoncer les brebis confiées à sa garde ».

Le commissaire peut alors écrire le 2 septembre à sa hiérarchie : « Il n’est pas douteux que les pasteurs protestants de Tence et du Chambon peuvent être considérés comme les instigateurs responsables de la disparition des Israélites qui devraient être ramassés ». Un satisfecit décerné aux deux ecclésiastiques.

Ces 42 Juifs qui échappèrent à l’arrestation furent-ils le prélude au sauvetage de nombreux autres au Chambon-sur-Lignon XE "Chambon-sur-Lignon" et ses proches environs ? Oui pour quelques centaines, mais certainement pas 2 500 ou 5 000 comme la plupart des sites internet s’en font l’écho. Des chiffres déraisonnables qui ne correspondent pas à la réalité.

Fin août 1942, sur les 80 personnes vivant au Coteau fleuri, 26 sont juives. En 1943, sur les 300 collégiens, et les 200 pensionnaires des homes du Secours suisse XE "Secours suisse" , de loin la population d’enfants et d’adolescents la plus importante au Chambon, pas plus d’une centaine sont juifs. Dans son autobiographie, André Trocmé XE "Trocmé André" estime que 60 Juifs ont frappé à la porte de son presbytère. C’est remarquable, mais l’on revient à des ordres de grandeur plus réalistes.

Pour arriver ou partir du Chambon, le seul moyen de transport disponible était le chemin de fer. On change de train à Saint Etienne et à Dunière, autant de gares qui sont des souricières policières pour les fuyards. De la fin 1942 au début 1944, deux hommes, Pierrot Galand XE "Galand Pierrot" et Pierre Piton XE "Piton Pierre" , accompagnent successivement des groupes de trois Juifs du Chambon vers la Suisse. Tous les deux sont repérés par la police et ils doivent cesser leur activité. Vers le Chambon, c’est Madeleine Dreyfus, XE "Dreyfus Madeleine" de l’Oeuvre de secours aux Enfants, XE "Oeuvre de secours aux Enfants OSE" qui pendant un an, de fin 1942 à fin 1943, convoie des enfants avant d’être arrêtée et déportée. Evoquer le chiffre de milliers de Juifs qui auraient pris le train pour se réfugier ou partir du Chambon pendant les deux années qui séparent le début des arrestations de la Libération manque de rigueur.

Jamais un millier de Juifs n’a vécu au Chambon à un moment donné. Un exemple, le 24 février 1943, le préfet Bach XE "Bach préfet" déclanche une nouvelle rafle surprise. Il ne trouve chez eux qu’une dizaine de Juifs dont la moitié sera internée à Gurs XE "Gurs" . Il est inimaginable que, prévenues à temps de la rafle, des centaines de personnes aient pu partir se cacher dans les forêts enneigées et froides de l’hiver. Alors, si elles étaient présentes au Chambon, comment ont-elles pu quasi toutes échapper à la police ?

Certes, quelques dizaines de Juifs ont été accueillies pour un certain temps dans des fermes de la région, mais pas des centaines. Il faut avoir visité ces pauvres fermes, la plupart avec une pièce à vivre et une pour dormir. Dans la plupart des cas, les réfugiés ne peuvent passer que quelques jours dans un grenier à foin, gelant l’hiver et étouffant l’été.

Qu’un bourg de moins de 3 000 habitants sauve quelques centaines de personnes dans ces temps troublés, c’est un acte de courage, d’humanité et de compassion exceptionnel. Les deux pasteurs qui ont initié et lancé ces sauvetages doivent être cités. Leurs épouses Magda XE "Trocmé Magda" et Mildred XE "Theis Mildred" ainsi que Mireille Philip XE "Philip Mireille" , dont le mari était à Londres, ont poursuivi la tâche lorsque André Trocmé et Edouard Theis ont quitté le Chambon pendant un an. Un exemple de femmes courageuses et persévérantes qu’il convient d’applaudir. Mais pourquoi faire de cette belle page du protestantisme un mythe surréaliste, en multipliant par dix le nombre de sauvetages ?



Notes
 
L’auteur révise son bac pour la session de septembre dans un studio au-dessus d’une rangée de box, près de la gare du Chambon.
Il n’y a pas de gendarmerie au Chambon.
BOULET François, Juifs et protestants, 1940-1944, in ENCREVE André et POUJOL Jacques, éd. Les Protestants français pendant le Seconde Guerre mondiale, SHPF, Paris, 1994, p. 352.
BOLLE Pierre, éd. Le plateau Vivarais-Lignon, accueil et résistance, 1939-1944, Actes du Colloque du Chambon-sur-Lignon, Société d’histoire de la Montagne, Le Chambon-sur-Lignon, 1992, p. 575. Miss Maber a enseigné l’anglais au Collège pendant toute la durée de la guerre.
Laval est Premier ministre. Légion des anciens combattants, un rassemblement qui soutient activement le régime de Vichy. Les arrestations ne seront pas maintenues.
En 1936, le Chambon compte 2700 habitants dont 90% de protestants
BOULET François, L’attitude spirituelle des protestants devant les Juifs réfugiés. In BOLLE Pierre, op. cit. p. 403.
IBID. p. 419.
BOULET François, Les prédications des pasteurs, in BOLLE Pierre éd., op. cit. p. 369.
BOLLE, op. cit. p. 333. André Bettex est pasteur de l’église évangélique libre du Riou, commune du Mazet-St-Voy. Proche du Chambon.
POUJOL Jacques, Les victimes, in BOLLE Pierre éd., op. cit. p. 639.
MERLE D’AUBIGNE Jeanne et MOUCHON Violette, éd. Les clandestins de Dieu. CIMADE 1939-1945, Labor et Fides, Genève, 1968, p. 33. La CIMADE est une organisation protestante de secours aux réfugiés.
FABREGUET, op. cit. p. 146.
MENUT Georges, André Trocmé, in BOLLE Pierre éd., op. cit. 395.
BOULET François, Les prédications des pasteurs, in BOLLE Pierre éd., op. cit. p. 370.
Internet cite des historiens, des témoins, des films, des musées.
BOULET François, Quelques éléments statistiques, in BOLLE éd, op. cit. p. 296.
ROSOWSKI Oscar, Les faux papiers d’identité au Chambon-sur-Lignon, 1942-1944. In BOLLE Pierre éd. op. cit. p. 244.
MENUT, op.cit. p. 398.
PITTON Pierre, Les filières d’évasion, in BOLLE Pierre éd., op. cit. p. 262, ss.
DREYFUS Madeleine, L’OSE, in BOLLE éd., op. cit. p. 216, ss.
FABREGUET, op. cit. p. 148.




La Shoah revisitee - Marc-André Charguéraud
Posté par: darlett (IP enregistré)
Date: 05 novembre 2013 a 21:52

Voici le dernier texte redige par Marc-André Charguéraud, "La Shoah revisitee" qui ramene des details toujours aussi penibles a lire et a connaitre.

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Un banquier juif croit possible un
compromis avec Hitler.
1932-1938.



Le 31 mai 1938, Max Warburg XE "Warburg Max" abandonne la direction de sa banque à deux successeurs nommés par les nazis. Quatre mois plus tard, forcé de vendre la première banque privée d’Allemagne, il quitte l’Allemagne pour toujours. Sa banque est évaluée par les experts de la Cité de Londres à RM 40 000 000 sur lesquels, par le jeu de minoritaires, d’impôts, de confiscations et de taux de change aberrants, les nazis ne lui laissent que RM 155 000.

Pourquoi un homme très informé, patron d’un établissement vieux de 140 ans, a-t-il accepté d’endurer pendant cinq années les persécutions les plus cruelles et les plus humiliantes des nazis à l’encontre de la communauté juive dont il est un des principaux piliers ? Par son attitude n’a-t-il pas encouragé certains de ses coreligionnaires à rester en Allemagne ?

Dans un premier temps, l’anticommunisme a conduit certains Juifs à soutenir une partie limitée de la plateforme du régime national-socialiste. Fin mars 1933, alors que Hitler XE "Hitler Adolf" vient d’accéder au pouvoir, la figure emblématique de la communauté juive allemande, le rabbin Leo Baeck XE "Baeck Leo" , déclare en public : « Le bolchevisme étant un mouvement athée est l’ennemi le plus violent et le plus acharné du judaïsme (…) Un Juif qui se fait bolcheviste est un renégat. L’idéal et la nostalgie des Juifs allemands est bien la rénovation de l’Allemagne ». Le professeur Khün XE "Khün Dr." lui fait écho. Hébraïste de talent et autorité dans le domaine du judaïsme, il admet au début 1933 que « son approbation des recommandations des nationaux-socialistes pour une réforme sociale et de leur déclaration de guerre au communisme l’aurait encouragé à adhérer au parti, bien qu’il ne puisse accepter ni leurs théories raciales, ni leurs conceptions antisémites ».

Max Warburg est proche des dirigeants de grandes sociétés qui, au départ par anticommunisme, ont fait confiance et même financé Hitler pour qu’il restaure l’ordre et la paix sociale. Ce sont les plus importants clients de sa banque. Ses associés et lui-même siègent dans 198 conseils d’administration. C’est dans ce contexte qu’il déclare en 1932 : « La fièvre nazie s’estompera avec le retour de la prospérité ; l’intolérance n’est qu’une phase passagère ». Le 19 mars 1933 il écrit à son cousin Jimmy à New York qu’ « il est dommage que ce mouvement (nazi), qui est porteur de tant de bien, soit encombré de tant d’ordures et que son antisémitisme rende toute association avec lui impossible. »

Le boycott des magasins juifs, première grande mesure antisémite du gouvernement, se prépare. Eric Warburg XE "Warburg Eric" câble de Hambourg le 29 mars 1933 à son cousin Felix XE "Warburg Felix" à New York que le boycott prendra place le 1er avril si « les informations d’atrocités et la propagande hostile dans la presse étrangère et les meetings de masse (...) ne cessent pas immédiatement ». Félix lit ce câble au président de l’American Jewish Committee (AJC) XE "American Jewish Committee " , Cyrus Adler XE "Adler Cyrus" , qui publie une circulaire dans laquelle il rejette tout boycott des produits allemands et qualifie « d’irresponsables » ceux qui soutiennent de tels boycotts.

De son côté la communauté juive de Berlin écrit le 30 mars à l’AJC : « Une campagne de propagande se poursuit outre-mer contre l’Allemagne (...) La diffusion de fausses nouvelles ne peut qu’avoir des effets néfastes, car elle ternit la réputation de l’Allemagne, notre terre natale, et met en danger les relations des Juifs allemands avec leurs concitoyens. Veuillez faire en sorte, et de manière urgente, que s’arrête toute propagande sur les atrocités et le boycottage ».

Patienter, trouver un compromis. Dans son souci constant de s’intégrer dans la vie allemande, la communauté juive a toujours préféré la diplomatie et la négociation à la confrontation publique. Quel autre choix avait-elle ? Pour Léo Baeck XE "Baeck Leo" « dans les années trente, les Juifs d’Allemagne ne pouvaient évidemment pas comprendre quelle était leur réelle alternative. Ils pensaient que c’était la mort s’ils choisissaient la révolution ou la vie s’ils patientaient et laissaient le temps à la situation de s’améliorer sous les nazis ». « Oui à l’espoir que notre coexistence avec le peuple allemand se montrera plus forte que tous les préjugés », s’exclame Bruno Weil XE "Weil Bruno" , vice-président de l’Union centrale des citoyens de confession juive.

Le régime nazi donne des signes d’une ouverture possible. En juillet 1933, une importante chaîne de grands magasins appartenant à Hermann Tietz XE "Tietz Hermann" , un Juif, est menacée de faillite. Sa liquidation mettrait 14.000 personnes au chômage et risquerait de mettre en danger d’autres sociétés. Hitler la sauve en approuvant un prêt de RM 14,5 millions par une banque contrôlée par l’Etat. Le chancelier, comme le Dr. Hjalmar Schacht XE "Schacht Hjalmar" , gouverneur de la Reichsbank et ministre de l’économie, tolèrent les grandes entreprises et banques juives car elles sont encore essentielles à leurs plans économiques. Ils ont besoin des financements étrangers, de matières premières et d’exportations qui génèrent des devises pour leur programme de réarmement. Interrogé par Schacht en juillet 1934, Hitler précise : « Sur le plan économique les Juifs peuvent continuer à travailler comme ils l’ont fait jusqu’à présent ». Il a sûrement ajouté mentalement « pour le moment ».

Comment s’étonner, dans ces conditions, que Max Warburg XE "Warburg Max" ait été persuadé qu’il ne serait pas la cible des nazis, lui qui fut « un patriote allemand pendant la première guerre mondiale, un ami du Kaiser, l’homme qui refusa de signer les clauses financières de l’infâme traité de Versailles, le roi non couronné de la finance de Hambourg, proche de Schacht, le président de la Reichsbank qui devait devenir rapidement ministre de l’économie. Un homme qui était allemand avant d’être juif ».

La situation devient critique avec la promulgation des lois raciales le 15 septembre 1935 à Nuremberg XE "Nuremberg" . Un véritable pogrom à froid. Elles enlèvent aux Juifs la pleine citoyenneté allemande, le droit de vote, la position de fonctionnaire ; les relations et le mariage avec des non juifs sont interdits. Une déclaration du 25 septembre de la Reichsvertretung der Juden XE "Reichsvertretung der Juden" , l’organisation faîtière juive en Allemagne, montre dans quel esprit elle juge ces lois. « Les lois adoptées à Nuremberg ont affecté les Juifs d’Allemagne de la manière la plus sévère. Néanmoins elles ont créé une base tolérable sur laquelle peut être bâtie une relation acceptable entre les Allemands et les personnes juives. La Reichsvertretung est prête à contribuer dans ce sens avec toute son énergie ». Comme les Juifs n’ont d’autre choix que de subir ces nouvelles lois, ils cherchent à en tirer le meilleur parti. C’est la seule voie possible. Elle correspond à la tradition juive.
Max Warburg pense comme « beaucoup de Juifs allemands, maintenant que leur statut est normalisé, que la situation devrait se stabiliser et s’améliorer ». A une réunion organisée par le B’nai B’rith XE "B’nai B’rith" de Hambourg en 1936, Max Warburg confirme cet optimisme mesuré. Il déclare aux cent participants sa confiance dans la survie des Juifs à l’orage s’ils restent dans le pays. Il fallait du courage pour s’opposer publiquement à la politique nazie qui prônait le départ de tous les Juifs au nom « du sang et de l’honneur allemand ».

Cinq mois avant son départ, dix mois avant la Nuit de cristal XE "Nuit de cristal" au cours de laquelle un pogrom physique violent remplace les pogroms administratifs à froid, la journée du 9 janvier 1938 est l’expression symbolique ultime de Max Warburg dans sa conviction qu’il existe une place pour les Juifs au sein du peuple allemand. Il inaugure un nouveau centre culturel de la communauté juive de Hambourg. Un important complexe qui comprend un théâtre, un restaurant, une salle de conférence de 200 places. Conçu, construit et financé avec son concours actif alors que les nazis au pouvoir multiplient les persécutions dans le but de rendre le Reich Judenfrei (sans Juifs). Sa déclaration ce jour-là semble décalée avec une situation désespérée. Il dit bravement : « Nous sommes responsables pour l’esprit et l’âme de notre peuple. Ils ne seront pas broyés par la misère et les anxiétés journalières. »

Leo Baeck XE "Baeck Leo" explique rétrospectivement ce que certains qualifieront de la part de Warburg d’entêtement, d’un refus de faire face aux réalités. Il écrit : « C’était toujours le même problème que rencontraient les Juifs depuis la prise de pouvoir de Hitler : ils ne pouvaient pas s’imaginer ce qui allait se passer. Ils ne pouvaient pas s’imaginer qu’ils seraient dépouillés de leur citoyenneté avant que cela n’arrive. Ils ne pouvaient pas s’imaginer que les lieux de leur culte seraient détruits avant que cela n’arrive. Ils ne pouvaient s’imaginer qu’on leur enlèverait leurs maisons et leurs familles avant que cela n’arrive. Et ils n’ont jamais pu s’imaginer qu’ils seraient massacrés systématiquement ».

C’est ce qu’exprime en quelques mots Gisela XE "Warburg Gisela" , la fille de Max : « Nous avons toujours cru avoir touché le fond » et chaque fois « les nazis inventaient avec ingéniosité quelque chose d’autre ».

Notes

CHERNOW Ron, The Warburgs, Random House, New York, 1994, p. 467, 468 et 470.
FEDIER François, Martin Heidegger, Ecrits politiques, 1933-1939, Gallimard, Paris, 1995, p. 15. Léo Baeck qui devient en septembre 1933 Président de la Représentation pour le Reich des Juifs allemands.
GUTTRIDGE Richard, Open thy Mouth for the Dumb, The German Evangelical Church and the Jews, 1979-1950, Basic Blackwell, New York, 1976, p. 71
CHERNOW op. cit. p. 266.
IBID. p. 371.
IBID. p. 373. Félix est président de l’American Jewish Joint Distribution Committee.
DAWIDOWICZ Lucy, La guerre contre les Juifs, 1933-1945, Hachette, Paris, 1975, p. 95.
BAKER Léonard, Days of Sorrow and Pain, Leo Baeck and the Berlin Jews, MacMillan, New York, 1978, p.152.
DAWIDOWICZ, op. cit. p. 281.
SCHLEUNES Karl A. The Twisted Road to Auschwitz, Nazi Policy towards German Jews, 1933-1939, University Of Illinois Press, Urbana, 1970, p. 93. Un cas parmi d’autres.
CHERNOW, op. cit. p. 434.
SCHLEUNES, op. cit. p. 142.
STRAUSS Herbert, Dir. Jewish Immigrants from the Nazi Period in the USA, K.G.Saur, New York, 1992, p. 155.
LIPSTADT Deborah, Beyond Belief, The American Press and the Coming Holocaust, MacMillan, New York, 1986, p. 57.
CHERNOW, op. cit. p. 441.
Nom d’une des trois lois raciales de septembre 1935.
CHERNOW, op. cit. p. 459.
BAKER, op. cit. p. 273.
CHERNOW, op. cit. p. 370.




La Shoah revisitee - Marc-André Charguéraud/Ces Juifs que la Gestapo n’arrête pas. - Printemps 1944
Posté par: darlett (IP enregistré)
Date: 08 décembre 2013 a 17:43

Decembre 2013, Marc-André Charguéraud continue assidument ses recherches et decouvertes sur cette funeste periode. Voici la surprenante revelation de ces quelques juifs vivants a Paris recenses mais que la Gestapo n'arretait pas.

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Ces Juifs que la Gestapo n’arrête pas.
Printemps 1944

30 000 Juifs vivent alors à Paris,
recensés et portant l’étoile jaune.



Le 20 juin 1944, quelques semaines avant la Libération, une descente de la Gestapo dans les bureaux du Consistoire central des Israélites de France XE "Consistoire central" , rue Boissac à Lyon, est un échec. Par le plus grand des hasards, aucun membre du Consistoire ne s’y trouve et la police allemande repart bredouille. Les dirigeants du Consistoire décident alors de se cacher et de tenir leurs réunions dans la clandestinité. Jusqu’alors le Consistoire tenait ses séances ouvertement au siège de l’association, sans que les Allemands n’interviennent. Une attitude étonnamment tolérante pour les nazis qui ont là, depuis de nombreux mois, l’occasion de décapiter le judaïsme français avec un minimum de moyens.

Pour la Gestapo, une rafle s’impose, d’autant plus que dès 1943, l’activité du Consistoire s’oriente vers la Résistance. Il s’occupe du camouflage de Juifs en péril. Par son entremise et son aide financière certains sont munis de fausses pièces d’identité, de cartes d’alimentation, et cachés ou acheminés vers la Suisse ou l’Espagne. Les autorités de Vichy n’ignorent pas ces activités et cherchent à les contrecarrer.

Le 11 janvier 1944, l’assemblée des rabbins français décide de recommander la fermeture des synagogues. « Considérant que le maintien des offices publics dans les synagogues est un danger pour les fidèles », que « loin de servir les intérêts spirituels de la religion (ils) favorisent les agissements des ennemis du judaïsme » et « considérant qu’au point de vue religieux, il n’est pas interdit, en cas de danger, de suspendre le fonctionnement des offices publics ».

Dans les faits la plupart des synagogues sont restées ouvertes. Malgré la recommandation des rabbins, le Consistoire veut maintenir en activité les lieux de cultes. Il a la « conviction que la fin du judaïsme religieux signifierait la fin du judaïsme et que ce serait capituler devant l’ennemi que de fermer les temples consacrés au service de Dieu ».

L’inévitable arrive. Le 13 juin 1944, à la suite d’un raid de la Gestapo à la synagogue de Lyon XE "Lyon" , le personnel et des fidèles sont arrêtés et déportés. Le grand rabbin décide alors d’entrer en clandestinité et de fermer les synagogues. Pourquoi avoir attendu si longtemps ? La répression était prévisible. Les entrées et les sorties des synagogues sont pour la Gestapo et ses séides français un endroit idéal pour les arrestations.

Le Conseil Représentatif des Juifs de France (CRIF) XE "Conseil Représentatif des Juifs de France (CRIF)" constitué en janvier 1944 est présidé par Léon Meiss XE "Meiss Léon" , président également du Consistoire. Lors d’une de ses premières séances du CRIF, il recommande la fermeture de l’Union Générale des Israélites de France (UGIF) XE "Union Générale des Israélites de France UGIF" . Ses nombreux centres de distribution de secours ne constituent-ils pas autant de « souricières » qui facilitent les arrestations ? Mais pour certains assistés, si l’on ferme les cantines devenues dangereuses « ne sachant pas où aller vivre, sans défenses (…) ils iront se présenter volontairement eux-mêmes à Drancy XE "Drancy" ». Pendant le dernier semestre de l’occupation, fallait-il garder ouvertes les synagogues pour sauver le judaïsme, mais fermer l’UGIF qui maintenait en vie des milliers de Juifs sans ressources ?

Il y a à Paris plus de 10 000 Juifs vivant ouvertement chez eux, qui dépendent des secours dispensés par l’UGIF. Ils font partie des quelque 30 000 Juifs porteurs de l’étoile jaune, respectueux de la réglementation antijuive, qui ne sont pas entrés en clandestinité. Ce sont des Juifs pauvres ou dont toutes les ressources ont été confisquées, qui n’ont pas les moyens de vivre cachés, des malades ou des handicapés qui n’ont pas la force de quitter leur domicile, des étrangers qui sont trop facilement repérables, des personnes âgées qui n’ont plus le courage d’affronter l’inconnu, des adultes qui veulent sauver leur « chez eux ». Ils vivent sous leur identité d’origine et leur adresse a été enregistrée à la police. On imagine ces êtres cloîtrés dans leur appartement, n’osant pas se montrer, angoissés à l’idée d’un policier qui défoncera leur porte pour les arrêter. Ils ont vécu la rafle du Vel d’Hiv XE "Vel d’Hiv" qui les a épargnés certes mais dont le cauchemar hante leurs nuits.

Rien n’est plus vrai et pourtant en même temps rien n’est parfois plus inexact si on lit le témoignage de Maurice Brenner XE "Brenner Maurice" , trésorier de l’UGIF-Sud. Il se rend à Paris du 3 au 17 mai 1944. Il est étonné par une incroyable situation. En arrivant à Paris « il a une vision véritablement stupéfiante, le nombre de gens se promenant avec l’étoile (...) J’ai été surpris de voir tout ce monde afficher ostensiblement leur judaïsme, de voir des Juifs, jeunes et vieux, hommes et femmes, côtoyer Allemands et miliciens dans le métro, dans la rue et les magasins, de les voir se promener tranquillement sans que, apparemment, personne ne songe à les embêter. Ma surprise n’aurait pas été plus grande si j’avais aperçu des gens qui sur ordre des autorités auraient arboré la faucille et le marteau ou la croix de Lorraine ».

Près de 15 000 Juifs ont été arrêtés et déportés en 1944, mais Paris est relativement épargné. En avril 1944, par exemple, alors que 2000 Juifs sont appréhendés en province, ils ne sont que 200 à l‘avoir été à Paris. Une rafle massive n’est plus envisageable, car l’assistance de la police parisienne fait défaut, mais comme en province une multiplication de « petites rafles » reste terriblement efficace et les Allemands et leurs séides pouvaient rafler ces milliers de Juifs restés chez eux. Quant à une réaction hostile de la population parisienne qui aurait freiné de telles opérations, c’est une hypothèse que l’on aurait aimé pouvoir retenir. Elle aurait montré non seulement l’influence de l’opinion publique française sur la politique allemande, mais également sa solidarité active envers la communauté juive.

On se réjouit pour tous ces Juifs qui ont échappé à leurs assassins nazis, mais la question reste posée d’une stratégie nazie qui semble paradoxale. N’était-il pas plus facile d’arrêter les fidèles à la sortie des synagogues que 44 enfants innocents du foyer juif de la commune reculée d’Izieu XE "Izieu" dans l’Ain en avril 1944 ? N’était-il pas plus logique de se saisir des membres du Consistoire pendant l’une de leurs réunions au siège de l’institution au lieu d’enlever le 22 janvier 135 patients de l’hôpital Rothschild XE "Hôpital Rothschild" à Paris ou le 1er avril la presque totalité des pensionnaires israélites de l’hospice de Nancy ? N’était-il pas plus aisé de s’attaquer aux Juifs qui déambulent dans les rues de Paris avec l’étoile jaune sur la poitrine que de rafler au petit matin en province des Juifs isolés encore endormis ?

Ce sont autant de situations paradoxales. Elles montrent des failles dans l’exécution des directives nazies. Une zone grise a existé au bénéfice de populations qui n’ont parfois pas eu pleinement conscience du danger mortel qui les menace.



Notes

L’activité des organisations juives en France sous l’occupation. CDJC, Paris 1947, p. 30.
IBID. p. 29.
IBID. p. 26.
POZNANSKI Renée, Les Juifs en France pendant la seconde guerre mondiale, Hachette, Paris 1997, p. 508.
LAZARE Lucien, La résistance juive en France, Stock, Paris, 1987, p. 243.
IBID.
ADLER Jacques, The Jews of Paris and the Final Solution, Oxford University Press, New York, Oxford 1985, p. 205. Commentaire d’un Juif assisté rapporté par le Dr. Minkowski de l’OSE, qui travaillait en étroite coopération avec le Comité Amelot qui en 1944 dépendait de l’UGIF.
LAZARE, op. cit. p. 243. En été 1944 Paris comptait encore 20 000 porteurs de l’étoile jaune. KLARSFELD Serge, Vichy Auschwitz- Le rôle de Vichy dans la Solution finale de la Question juive en France 1943-1944. Fayard, Paris 1985, p. 155, en estime le nombre à au moins 40 000. HILBERG Raul, La destruction des Juifs d’Europe. Fayard, Paris 1985, p. 567. 30 000 Juifs vivaient en plein jour à Paris en juillet 1944.
POZNANSKI op. cit. p. 387.
KLARSFELD Serge, Vichy Auschwitz, Le rôle de Vichy dans la Solution finale de la Question juive en France, 1943-1944. Fayard, Paris 1985, p. 393.
IBID, p. 155.
IBID. p. 152 et 153.




La Shoah revisitee - Marc-André Charguéraud
Posté par: darlett (IP enregistré)
Date: 22 mars 2014 a 09:14

Voici le dernier article de Marc-André Charguéraud qui fidelement et minutieusement continue son decryptage et recherches sur cette funeste periode qu'est la seconde guerre mondiale et le sort fait aux Juifs alors.



L’Eglise protestante allemande,
une volonté coupable d’oubli.
1945-1950



L’antisémitisme et l’antijudaïsme toujours présents
retardent toute repentance.



Dans les années qui ont suivi la guerre, les dirigeants de l’Eglise confessante de Martin Niemöller XE "Niemöller Martin" prennent la direction des Eglises évangéliques d’Allemagne (EKD) XE "Eglises évangéliques d’Allemagne (EKD)" . On était en droit d’attendre que l’Eglise reconnaisse une part de culpabilité dans la catastrophe juive. Il n’en fut rien. Le « contexte » de l’époque ne s’y prêtait pas, a-t-on plaidé ! Une excuse inacceptable.

Quel qu’en soit le prix, sa propre réconciliation interne fut la priorité de l’Eglise. L’exemple de Siegfried Leffler XE "Leffler Sigfried" est choquant. Il fut l’un des initiateurs du mouvement des « Chrétiens allemands ». Il proclamait que Hitler était un envoyé de Dieu sur terre. A la défaite, il est emprisonné. Mais dès 1949, l’EKD le réadmet comme pasteur et lui confie, aussi stupéfiant que cela paraisse, le poste de porte-parole de l’Eglise de Bavière.

Que des pasteurs « dévoyés » ayant reconnu leurs erreurs soient de nouveau accueillis parmi les fidèles, rien de plus « chrétien ». Mais comment accepter que des pasteurs ayant milité pour un déviationnisme théologique insensé, des hérésies abominables, et un antisémitisme exacerbé puissent retrouver une chaire pour guider leurs paroissiens sur le «droit chemin ?»

Ces décisions inadmissibles sont en grande partie dues à un désir collectif d’oubli. Personne ne souhaite avoir à répondre à des questions embarrassantes concernant sa participation au parti nazi, à la sacralisation des drapeaux, à l’appel au civisme militant, à l’approbation des politiques du régime… Cette situation augure mal de la volonté d’admettre la moindre responsabilité de la part d’une Eglise qui reste marquée par l’antisémitisme.

L’antijudaïsme continue à pervertir les plus hautes sphères de l’Eglise. Une déclaration d’avril 1948 du Conseil des frères (Reichsbruderrat) XE "Conseil des frères (Reichsbruderrat)" , l’instance la plus élevée de l’EKD, est détestable et claire. Elle considère la Shoah comme l’expression de la colère de Dieu contre la désobéissance juive. « Israël n’est plus le peuple élu car il a crucifié le Christ (…) Par le Christ et depuis le Christ, le peuple élu n’est plus Israël, mais l’Eglise l’a remplacé ». Il n’y a de salut que dans la conversion au Christ.

Indépendamment de l’antijudaïsme, un antisémitisme à base de stéréotypes antijuifs primaires continue à sévir dans les rangs de l’Eglise. Le président de l’EKD lui-même, l’évêque Theophil Wurm XE "Wurm Theophil" en est infecté. Il écrit en janvier 1948 : « Peut-on publier une déclaration sur la Question juive en Allemagne sans mentionner comment la littérature juive (…) a péché contre le peuple allemand en se moquant de tout ce qui est sacré et combien dans de nombreuses régions les paysans ont souffert des profiteurs juifs. Si on veut s’élever contre l’extension de l’antisémitisme, peut-on rester silencieux sur la remise du pouvoir par les autorités d’occupation aux Juifs qui sont revenus afin de clamer leurs ressentiments amers bien que compréhensibles ». On est loin de tout désir de repentance.

Pourtant, quatre mois après avoir été libéré du camp de Dachau XE "Dachau" , Martin Niemöller XE "Niemöller Martin" bat sa coulpe lors de la première réunion des dirigeants protestants à Treysa XE "Treysa" en août 1945 : « Le principal blâme repose sur les épaules de l’Eglise car (…) elle n’a dénoncé l’injustice qui prévalait que lorsqu’il fut trop tard. L’Eglise confessante (…) a clairement vu ce qui se tramait (…) mais elle eut plus peur des hommes que de Dieu (…) Par désobéissance, nous avons négligé fondamentalement la mission dont nous étions en charge. C’est pourquoi nous sommes coupables ».

Il fut bien seul. Ses commentaires ne sont pas appréciés. Les conclusions officielles de la conférence de Treysa sont éloquentes. « L’Eglise a pris sérieusement ses responsabilités. Elle proclama les commandements de Dieu, appela par leurs noms les crimes (…) l’horreur des camps de concentration, le mauvais traitement et le meurtre des Juifs et des malades (…) Mais les chrétiens furent emprisonnés dans leurs paroisses. Notre peuple fut séparé de l’Eglise. Ses appels ne furent pas entendus du public ». Nous savions, mais on nous a empêchés d’agir. Nous refusons tous les reproches.

Un pasteur souligne que de nombreux fidèles de l’Eglise confessante considèrent « qu’ils dirent et firent ce qui était possible dans un Etat totalitaire et n’avaient pas besoin de s’accuser eux-mêmes ». Dans le même sens, en novembre 1945, le clergé de Berlin Brandenburg déclare « reconnaître que des actes inhumains ont été perpétrés contre les Juifs (…) mais que les hommes d’Eglise et leurs fidèles sont innocents ».

On comprend que dans un tel contexte le Conseil suprême de l’Eglise évangélique allemande, qui reçoit en octobre 1945 à Stuttgart XE "Stuggart" des représentants étrangers du Conseil oecuménique mondial, XE "Conseil oecuménique mondial" se soit cantonné dans des généralités. « Pendant de longues années nous avons combattu au nom de Christ contre l’esprit qui trouva son expression la plus horrible dans la violence du régime national-socialiste. Nous nous accusons de ne pas avoir témoigné plus courageusement, prié plus fidèlement, cru plus joyeusement et aimé plus ardemment ». Pourtant, malgré sa prudence extrême, cette déclaration fut dénoncée par de nombreux protestants comme l’admission « d’une culpabilité dans la guerre » et même comme un « nouveau Versailles ».

Dans un compte-rendu de la réunion du Conseil des frères à Darmstadt XE "Darmstadt" en juillet 1947, on peut lire : « Quand Israël crucifia le Messie, il rejeta sa propre élection et son destin (…) Par le Christ et depuis le Christ, le peuple élu n’est plus Israël, mais l’Eglise ». Il y eut des discussions sur « la Question juive ». Mais il fut décidé de ne rien mentionner concernant le meurtre des Juifs dans la déclaration finale. Comment reconnaître la moindre culpabilité si le sujet de celle-ci n’est même pas évoqué ?

Il faut attendre cinq années après la fin de la guerre pour que l’EKD brise enfin le silence. Elle publie une déclaration en conclusion du Synode de Berlin Weissensee XE "Synode de Berlin Weissensee" de 1950. Sur l’antijudaïsme, l’EKD déclare : « Nous croyons que la loyauté de Dieu envers son peuple élu demeure même après la crucifixion du Christ ». Sur la Question juive : « Nous reconnaissons que par omission ou silence nous sommes aussi coupables devant le Dieu de miséricorde des crimes commis contre les Juifs par des citoyens de notre pays (…) Nous demandons à tous les chrétiens d’abandonner toute forme d’antisémitisme et lorsqu’il renaît de lui résister vigoureusement et d’avoir une attitude fraternelle envers les Juifs ». L’EKD ne reconnaît qu’une culpabilité « passive », mais aucune complicité. Sa déclaration, pourtant très modérée, fera l’objet de nombreuses controverses.

Il faudra attendre les années 1960-70 pour que des théologiens révisent en profondeur l’attitude de l’Eglise envers le judaïsme. Otto von Harling Jr XE "Harling Jr Otto von" , le responsable de la « Question juive », explique cette « frilosité » de l’Eglise. En 1947, il recommande au Conseil des Frères de ne pas se précipiter pour faire une déclaration sur la Question juive, car il n’est pas préparé et que l’Eglise pourrait le regretter plus tard.

Il faut avant tout rassembler toutes les bonnes volontés, sans s’attarder à déterminer, comme le dit un pasteur, « qui avait encore une base de croyance chrétienne parmi tous ceux qui voulaient revenir à l’Eglise ». L’antisémitisme toujours très vif parmi les fidèles, l’antijudaïsme dogmatique des théologiens ainsi que la volonté d’oublier un passé condamnable expliquent sans les excuser les « silences coupables » du protestantisme allemand après guerre.

Marc-André Charguéraud



Notes


Evangelische Kirche in Deutschland ( EKD )
BUCHHEIM Hans, Glaubenskrise im Dritten Reich, Stuggart 1953, p. 51. Voir les précédents articles sur les « Chrétiens nazis » et sur L’Eglise confessante.
ERICKSEN Robert et HESCHE Susannah, Betrayal, German Churches and the Holocaust, Fortress Press, Minneapolis 1999, p. 10.
BRUMLIK Micha, Post Holocaust Theology, German Theological Responses since 1945, in ERICKSEN Robert & HESCHEL Susannanh, op. cit. p. 174. HOCKENOS Matthew, A Church Divided, German Protestants Confront the Nazi Past, Indiana University Press, Bloomington and Indianapolis, 2004, p. 151-153.
HOCKENOS Matthew, op. cit. p. 151.
BARNETT Victoria, For the Soul of the People, Protestants Protest Against Hitler, Oxford University Press, New York-Oxford, 1992, p. 198.
IBID. p.199.
IBID. p. 211.
HOCKENOS, op.cit. p. 10. Evêché de Theophil Wurm, président de l’Eglise évangélique allemande.
BARNETT, op. cit. p. 109. HOCKENOS, op. cit. p.172.
BERGEN Doris, Twisted Cross, The German Christian Movement in the Third Reich, University of North Carolina Press, Chapel Hill and London 1996, p. 60. Allusion au Traité de Versailles de 1918 qui “ruina” l’Allemagne défaite.
HOCKENOS, op. cit. p. 153
IBID. p. 118.
BARNETT, op. cit. p. 234.
BRUMLIK op. cit. p. 175. HOCKENOS, op. cit. p. 169.
ERICKSEN, op. cit. p. 19.
HOCKENOS, op. cit. p. 137.
BERGEN, op. cit. p. 60




La Shoah revisitee - Marc-André Charguéraud
Posté par: darlett (IP enregistré)
Date: 01 avril 2014 a 13:00

Voici le dernier article - Avril 2014 de Marc-André Charguéraud. Ci-dessus, voir sa derniere parution "La Shoah revisitee"

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Mouvements occidentaux pro-nazis
et antisémites.
1920-1945

Des crimes commis sans pression allemande.



Dans les Etats démocratiques, les partis fascistes ont eu un rôle important dans ce qu’un historien appelle « la rage antijuive ».
Pendant l’entre-deux-guerres, presque dans tous les pays de l’Europe occidentale existe un parti fasciste antisémite qui se réclame du national-socialisme. Ils sont certes minoritaires, mais chacun connaît le danger de minorités bien organisées et déterminées, capables de déstabiliser un régime. Pour nombre d’entre eux, le parti nazi se trouve juste au-delà de la frontière, prêt à apporter son aide.

En Suède, c’est le NS Volkpartie, au Danemark le parti National Socialiste Danois, en Finlande le Mouvement agraire antisémite Lappo, en Norvège le Rassemblement Nationaliste avec à sa tête Vidkun Quisling qui deviendra le chef du gouvernement lors de l’occupation. En Angleterre c’est Oswald Mosley qui dirige les Chemises noires de l’Union Britannique des Fascistes.

Le Nationaal-Socialistische Beweging (NSB) en Hollande regroupe 100 000 membres, soit 1,25% de la population. En Belgique, le Vlaamsch Nationaal Verbond (VNV) compte également 100 000 membres. Pour se situer au même niveau, la France, dont la population est cinq fois plus importante que celle de la Belgique ou de la Hollande, aurait dû compter 500 000 fascistes. On est loin du compte. Les principales organisations fascistes, le Parti populaire français (PPF) de Jacques Doriot, le Rassemblement national populaire (RNP) de Marcel Déat, et le Mouvement national révolutionnaire ne dépassent pas ensemble 65 000 membres à la vieille de la guerre.

Aucun des partis français n’a adopté les thèmes politiques du National-Socialisme. Le fossé creusé vingt ans plus tôt par la Grande guerre dans l’opinion publique est bien trop profond. Déat et Doriot sont à l’origine des dirigeants marxistes militants. Or les pires ennemis des nazis, avant même les Juifs, ce sont les marxistes. Les deux hommes ont été les soutiens déclarés de la Ligue Internationale contre l’Antisémitisme (LICA), la grande organisation philosémite. « Doriot fut le héros et le leader des grandes campagnes antimilitaristes lancées par le parti communiste au cours de la décennie 1920 ». « Déat, pacifiste depuis toujours. Figure de proue du pacifisme français de la fin des années 1930 », écrit l’historien Simon Epstein. Tous les deux sont en 1938 « munichois ». C’est le fameux cri de Déat en 1939 : « Mourir pour Dantzig, non ! » Paradoxalement, l’occupation de la France va les faire basculer dans le camp des mouvements fascistes pro-nazis antisémites.

Aux Etats-Unis le soutien aux nazis prend au seuil de la guerre sa forme la plus spectaculaire. Le nom même du principal mouvement fasciste, German American Bund , affiche son allégeance à l’Allemagne. Des cohortes d’Américains, bottés de noir, uniformes bruns, portant brassards et drapeaux frappés de la croix gammée, descendent au pas de l’oie la cinquième avenue à New-York. Plus impressionnant encore, un rallye se tient le 20 février 1939 au Madison Square Garden à New-York. Plus de 22.000 manifestants conspuent Roosevelt et se lèvent aux cris de Heil Hitler. Des oriflammes à croix gammée flottent au vent. Les orateurs glorifient Hitler et l’Allemagne nazie, condamnent le communisme et appellent à l’élimination des Juifs.

Avec l’occupation allemande, les mouvements fascistes passent des déclarations et des manifestations à une action antisémite dure, souvent meurtrière. En Hollande et en Belgique, dès l’automne 1940, aux côtés de la police nationale, des unités fascistes nationales ont été le principal soutien des activités antijuives de la Gestapo. Le 11 septembre 1940 déjà, Mussert, le chef du Nationaal-Socialistische Beweging (NSB), crée une formation de SS hollandais. En août 1944 ces SS nationaux comptent 4 000 membres et plus de 4 000 sympathisants.
En février 1941, près d’une année avant le début de la Shoah, des unités paramilitaires du NSB attaquent des restaurants et cafés juifs d’Amsterdam. La police n’intervenant pas, de jeunes Juifs organisent leurs propres groupes de défense. Le 11 février 1941, lors d’une bagarre entre les deux groupes, un membre du NSB est tué. La police allemande intervient et 389 Juifs sont envoyés à Mauthausen. Aucun ne survivra. Haans Albin Rauter, chef de la Gestapo en Hollande, crée en mai 1942 une Police volontaire auxiliaire sous ses ordres directs. Forte de 2 000 Hollandais, elle se compose de SS et de SA du NSB. Leur seule mission, traquer et arrêter les Juifs. Rauter est satisfait. Il écrit à Heinrich Himmler, le chef de la Gestapo à Berlin : « Les nouveaux escadrons de la police hollandaise font merveille en ce qui concerne la question juive et arrêtent des Juifs par centaines, jour et nuit ».

De leur propre initiative des groupes de membres du NSB se constituent dans le seul but de « débusquer » et de se « saisir » de Juifs qu’ils remettent aux Allemands contre paiement de primes. Leur capacité à produire un maximum de résultats est effarante. La Henneike Column avec seulement 35 hommes est arrivée à arrêter ou faire arrêter 3 400 Juifs en moins de six mois. Ses méthodes sont si brutales, mêlant chantages, tortures, extorsions, que les Allemands mettent fin à ses activités en septembre 1943.

En Belgique, des mois avant la Shoah, des centaines de militants du Vlaamsch National Verbond (VNV) organisent un vrai pogrom à Anvers. Ils mettent à sac le quartier juif d’Anvers, incendient deux synagogues, brûlent les rouleaux de la Tora et mettent le feu à la maison du rabbin Rottenberg.

Les « Mouvements de l’ordre nouveau », lisez pronazis, nombreux, particulièrement en pays flamand, comblent les insuffisances de la police régulière. Les plus radicaux sont les membres de la VNV. Une série d’organisations antisémites moins importantes les complète, telles que le Volksverwering, le Anti-Joodsch Front, le Nationaal Volksche Beweging. Ces activistes ne feront jamais défaut à la Gestapo. Les formations de combat du Rex de Léon Degrelle sont directement rattachées aux SS. Elles s’occupent d’abord du repérage des Juifs avant d’être autorisées à opérer des arrestations en fin 1943. « Une bande de crapules, traîtres à la patrie belge » seconde la Gestapo dans sa triste besogne, s’insurge en novembre 1943 Le Flambeau, une publication de la résistance.

En France les mouvements fascistes n’ont joué qu’un rôle secondaire dans les arrestations. Leur principale intervention, ce sont les 300 à 400 militants du PPF de Doriot qui, en uniforme, participent à la rafle du Vel d’Hiv le 16 juillet 1942. Les fascistes français prêts à rejoindre des milices antijuives sont peu nombreux. Les archives de la Police aux Questions Juives montrent qu’il y eut un manque de candidats pour entrer dans les rangs de cette police raciale.

Déat comme Doriot se limitent à des déclarations antisémites violentes. La presse du RNP publie des articles violemment antijuifs pendant l’été et l’automne 1942. Les dirigeants exigent que les Juifs soient rejetés de la nation. En août 1942, Déat tient un discours raciste sur le « sol », le « sang » et la « race », parlant « d’un élevage rationnel et sélectionné de petits Français » ; il évoque au passage les « stérilisations ». Doriot est plus brutal. Dès juin 1941, il déclare sans ambages : « Moi je veux que notre race redevienne la race française pure. Par conséquent j’interdis aux Juifs de se marier avec une Française ». Au congrès de 1942, Doriot réclame l’adoption et l’application d’un programme raciste qui mette les Juifs français au ban de la nation, en attendant une solution « européenne » sur leur sort.

Les deux leaders fascistes pensent plus à une réussite politique qu’à devenir des chefs terroristes. Déat devient l’éphémère ministre du Travail de Laval en mars 1944. Doriot suit le maréchal Pétain en fuite à Sigmaringen en fin 1944. Le 8 janvier 1945, il y lance « un Comité de libération française » qui doit lui permettre de prendre le pouvoir. Peu après il meurt d’un mitraillage sur les routes allemandes.

« Les SS flamands ont dépassé les Allemands en férocité », écrit un historien israélien. Pire, ils se proclamèrent eux-mêmes bourreaux sans la moindre pression politique. Des hommes sans loi ni aveu. Il faut dénoncer ces milliers de criminels qui sont largement restés dans l’ombre.


Marc-André Charguéraud




La Shoah revisitee - Marc-André Charguéraud
Posté par: darlett (IP enregistré)
Date: 14 mai 2014 a 20:28

La cinquième colonne arrive en Amérique. 1940-1941.

Un frein important à l’accueil des réfugiés


Les victoires soudaines et stupéfiantes de l’Allemagne en Norvège, aux Pays-Bas, en Belgique et avant tout en France, ont donné aux populations le sentiment que des conspirations expliquent une partie du succès des Allemands. La coupable est rapidement identifiée, c’est la politique libérale d’immigration de la France et son accueil de réfugiés-espions. Le mythe de la « cinquième colonne » est né. Il va faire rage, engendrant la méfiance malsaine de son voisin et une véritable hystérie collective. Cet affolement irrationnel va traverser l’Atlantique, soulevant une profonde aversion envers les réfugiés d’Europe, ceux qui sont déjà arrivés comme ceux qui cherchent à échapper aux griffes de la Gestapo. Les Juifs sont les plus nombreux concernés.

Avec son autorité, son prestige, sa crédibilité, le président Roosevelt attise cette peur irraisonnée. Au cours d’une causerie au coin du feu, publiée par le New York Times le 26 mai 1940, il assure qu’« aujourd’hui notre sécurité n’est pas seulement menacée par des armes militaires. Nous connaissons les nouvelles méthodes d’attaque, le cheval de Troie, la cinquième colonne qui trahit une nation qui n’est pas préparée à la traîtrise. Les espions, les saboteurs et les traîtres sont les acteurs de cette nouvelle stratégie. Avec tous nous devons agir et nous agirons avec vigueur ».

Au cours d’une conférence de presse le 5 juin, Roosevelt précise que des réfugiés-espions sont recrutés par le gouvernement allemand sous la menace. « Vous devez vous acquitter de telle mission d’espionnage et si vous ne faites pas des rapports réguliers à des agents dans le pays où vous allez vous établir, nous sommes tout à fait désolés mais nous seront forcés d’arrêter et de fusiller votre vieux père ou son épouse ». Le président continue : « Les réfugiés doivent être contrôlés parce que, malheureusement, parmi eux il y a des espions. (…) Tous ne sont pas des espions volontaires. (…) Parmi les réfugiés juifs, il s’est trouvé, sans risque d’erreur, nombre d’espions ». Une des rares fois, avant 1944, où Roosevelt évoque des « réfugiés juifs », il les accuse publiquement d’être des instruments de la subversion.

L’opinion publique lui emboîte le pas. Un sondage d’opinion publié par le magazine Fortune en juillet 1940 montre que 70% des Américains pensent que l’Allemagne est en train de constituer une cinquième colonne aux Etats-Unis. Un témoin bien informé, William Bullitt, ambassadeur américain en France, renforce cette névrose sociale. Il écrit dans le New Republic du 31 août 1940 : « Plus de la moitié des espions, capturés alors qu’ils espionnaient l’armée française, étaient des réfugiés du Reich. Croyez-vous qu’il n’y ait pas d’agents nazis et communistes de la sorte aux Etats-Unis ? »

Le relais est pris par la presse. Pendant l’été et l’automne 1940, le New York World Telegram, la Pittsburg Press, le New York Post et le New York Journal of the American publient une série d’articles qui détaillent comment « la cinquième colonne se renforce jour après jour ». Edgard Hoover, chef des services américains d’investigation et de renseignement (FBI), met de l’huile sur le feu. Dans un article de l’American Magazine, il sème la panique : « Usines sabotées (…) navires brûlés (…) machines démolies (…) voies ferrées détruites. Dans une guerre d’une violence sans limite, la cinquième colonne est en marche (…) les saboteurs envahissent l’Amérique ».

Parmi des hauts fonctionnaires, des voix s’élèvent pour dénoncer le danger. « Je suis profondément convaincu que notre politique d’admettre de très nombreux soi-disant réfugiés est douteuse et qu’avant que la guerre ne soit terminée, nous aurons lieu de regretter ce geste d’humanité, qui selon toute vraisemblance aura pour résultat d’importants sabotages, des pertes de vie et de propriétés américaines et une certaine paralysie de notre programme de défense ». Ainsi s’exprime le 8 mai 1941 Lawrence Steinhardt, ambassadeur américain à Moscou.

Avec peu de succès, un certain nombre de journaux essaient de calmer le jeu. Un climat malsain de suspicion s’installe dans tout le pays. Chacun surveille son voisin et l’on compte chaque jour des centaines de dénonciations. Le ministère de la Justice se plaint de devoir faire la chasse à ces détectives amateurs pour mettre fin à l’affolement collectif. Un rapport du Ministre de la Justice constate que les Américains s’intéressent plus à la cinquième colonne qu’aux nouvelles de la guerre. Il conclut : « Si la cinquième colonne aux Etats-Unis avait engagé un million d’excellents publicitaires pour créer une hystérie (…) ils n’auraient pas fait mieux ».

Les Etats-Unis avaient entrouvert leurs portes dans la mesure où leurs immuables quotas d’immigration le permettaient. Alors que les persécutions contre les Juifs du Reich redoublent et s’étendent en Europe, ce temps est révolu. Hélas, rien ne change. En 1941, la moitié du quota d’immigration n’a pas été utilisée. Un climat de chasse aux sorcières empêche l’Amérique en paix de jouer le rôle d’un havre de sécurité et donne un mauvais exemple aux autres états neutres.

Les menaces de la cinquième colonne ont aidé Roosevelt à obtenir le soutien populaire nécessaire à la préparation de la guerre. Mais elles ont créé un environnement hostile à l’admission des réfugiés d’Europe et des Juifs au premier rang, alors que le pays abrite de loin la plus grande communauté juive au monde.

Une note de juin 1941 de Breckenridge Long, le responsable du problème des réfugiés au Ministère des Affaires étrangères reflète l’atmosphère qui règne. « Nous pouvons retarder et même arrêter temporairement ou d’une façon définitive l’entrée des immigrants aux Etats-Unis. Nous pouvons le faire simplement en avisant nos consuls de mettre un maximum d’obstacles et d’utiliser tous les moyens administratifs pour retarder l’octroi d’un visa ».

Ces obstacles, ce sont de nouvelles mesures administratives qui rendent l’obtention d’un visa d’immigration encore plus impossible. Sont refusés, par exemple, tous les candidats « dont un parent au premier degré (…) réside encore dans un pays ou un territoire sous le contrôle d’un gouvernement qui est opposé à la forme de gouvernement des Etats-Unis ». La majorité des candidats au départ est ainsi éliminée. Dorénavant toutes les demandes de visa doivent être envoyées avec leurs annexes en six exemplaires à des comités interdépartementaux de contrôle à Washington. En décembre 1943, le parlementaire Emmanuel Celler juge que « ces comités ont été comme des glaciers dans leur lenteur et leur sang-froid. Cela prend des mois et des mois pour accorder un visa qui généralement correspond à un cadavre ».

L’espionnite place la sécurité américaine avant tout. L’isolationnisme triomphe et les réfugiés sont relégués au second plan. Les Américains ne veulent pas aller en guerre contre Hitler, alors ils cherchent un ennemi à combattre. « Incapable de se mettre d’accord pour agir contre une ennemi extérieur, le pays chasse les membres de la cinquième colonne à l’intérieur ». Les Juifs sont les victimes de cette phobie irraisonnée. Nombreux sont ceux qui, attendant vainement le visa sauveur d’Amérique, ont vécu cloîtrés et apeurés craignant à tout instant que la Gestapo ne frappe à leur porte.

Marc-André Charguéraud




La Shoah revisitee - Marc-André Charguéraud
Posté par: darlett (IP enregistré)
Date: 14 mai 2014 a 20:35

Marc-André Charguéraud : Un historien protestant de la Shoah.


Historien, spécialiste de l’histoire des victimes de la Shoah, il porte un regard différent des historiens "classiques", de plus le regard d’un protestant qui a participé aux sauvetage de juifs au Chambon-sur-Lignon.

Marc-André Charguéraud publie des articles mensuels sur son blog La Shoah revisitée.

Le blog : la.shoah.revisitee.org

Dans ces articles, souvent issus de ses livres, il veut "dénoncer les mythes, d’éviter les préjugés, de briser les tabous, de dévoiler des paradoxes et d’exposer des situations trop souvent ignorées".
Un article de quatre pages parait chaque mois sur une situation spécifique. A la fin de chaque article le lecteur peut intervenir.
Vous pouvez les lire directement chaque mois sur le blog ou vous abonner pour les recevoir par mail.

Son site personnel présente ses ouvrages sur la Shoah, plusieurs d’entre eux ont été recensés de manière élogieuse dans Sens, la revue de l’AJCF.
Le site : [andre.chargueraud.fr]


Biographie :

Né en 1924 dans une famille protestante française, Marc-André Charguéraud est diplômé de Sciences politiques et licencié en droit (Paris). Il est titulaire d’un Master of Business Administration (Harvard).

Durant la Seconde Guerre mondiale, Marc-André Charguéraud fut engagé volontaire dans la première armée française en 1944. Par la suite il a dirigé et présidé plusieurs sociétés en France, en Allemagne et en Suisse. Il a participé, d’août à novembre 1942, au Chambon-sur-Lignon à la protection des juifs qui fuyaient les arrestations à Lyon. Pendant les mois qui ont précédé la libération de Paris, il a dû vivre caché à un double titre. D’abord parce que, réfractaire au Service du travail obligatoire en Allemagne, il ne possédait que de faux papiers. Ensuite parce que son père, haut fonctionnaire des Affaires étrangères démissionnaire, figurait sur les listes de la Gestapo des personnalités à arrêter en cas de débarquement allié.


source : le site de l’auteur

La Shoah revisitee - Marc-André Charguéraud
Posté par: darlett (IP enregistré)
Date: 06 juin 2014 a 17:06

Voici de Andre Chargueraud l'article de juin 2014.

Quelques remarques sur un sujet qui a opposé les meilleurs historiens de la Shoah.

Quand Hitler a-t-il décidé la Shoah?
1920-1941.

Hypothèses et réalités




Quand Hitler a-t-il décidé la Shoah?
1920-1941.

Hypothèses et réalités


Pendant les années soixante à quatre vingt, des débats, des controverses devrait-on dire, ont opposé les meilleurs historiens de la Shoah. Lucy Davidowicz et Eberhard Jäckel ont été les chefs de file du mouvement des “intentionnalistes“. Ils estiment qu’Hitler dès les années vingt avait arrêté son programme de liquidation des Juifs d’Europe. Les “ fonctionnalistes“ emmenés par Martin Broznat et Christopher Browning pensent au contraire qu’avant 1941 il n’existait pas chez le Führer de volonté arrêtée d’extermination.

Cette polémique a fait couler des fleuves d’encre, et a donné lieu à des colloques sans fin. Des livres, souvent conséquents, ont été publiés récemment encore par des historiens « fonctionnalistes ». Ils cherchent la date précise à laquelle Hitler a pris sa décision en 1941. Une décision, qui étant donné son importance et ses conséquences majeures, ne pouvait être prise que par Hitler.

Les arguments ne manquent pas pour animer ces discussions auxquelles les Allemands ont donné le nom de Historikerstreit (débat d’historiens). Pour les intentionnalistes, la politique juive des années trente n’est qu’une préparation méthodique et calculée pour arriver au génocide. Les discontinuités dans l’action qui ont pu être constatées ne sont dues qu’à des raisons politiques tactiques et ponctuelles. Le but final n’a jamais été perdu de vue. Les « fonctionnalistes » réfutent cette thèse. La diversité et les contradictions de la politique juive de Hitler dans les années trente démontrent au contraire l’absence de préméditation. Défendant cette position, Martin Broszat estime incompatible de vouloir forcer les Juifs à émigrer lorsque l’on a décidé de les exterminer. Il voit dans la mise en place progressive de la solution finale « une série d’enchaînements rendus possibles par les hostilités ».

Chaque camp se réfère aux déclarations et aux écrits d’Hitler pour justifier son engagement. Les menaces proférées par Hitler lors d’un grand meeting le 30 janvier 1939 sont emblématiques : « Si la finance juive internationale (…) parvient une fois de plus à plonger les peuples dans une guerre mondiale, alors la conséquence n’en sera pas la bolchevisation du monde, mais au contraire la destruction de la race juive en Europe ». Pour les « fonctionnalistes », il faut comme lors de précédentes interventions du Führer, prendre cette déclaration à la lettre. Pour leurs contradicteurs « bon nombre de ces déclarations doivent être considérées comme des symboles de combat destinés à mobiliser et à galvaniser les partisans ». Menaces et élans verbaux des politiques sont-ils jamais mis en pratique ?

Aucun des protagonistes n’a réussi à apporter une réponse suffisamment documentée, sinon le débat n’aurait pas duré des décades sans aboutir. On ne s’en étonnera pas. Les indices existants sont trop fragiles. Au-delà des menaces, Hitler ne s’est jamais prononcé clairement sur la question de l’extermination des Juifs. Aucune archive, aucun écrit suffisamment précis n’ont été trouvés. « On reste dans le domaine de la probabilité plutôt que de la certitude ».

Ne doit-on pas revenir à une démarche plus modeste et moins spéculative et adopter une troisième voie, celle des réalités vécues ? La voie de ceux que l’on appellerait les « réalistes ».

Un décret du 23 octobre 1941 signé Heinrich Himmler interdit l’émigration des Juifs de tous les territoires dominés par l’Allemagne. Il met fin à la politique nazie d’expulsion des Juifs qui a débuté dès 1933. L’Etat leur rendait la vie impossible, ils n’avaient d’autre choix que de fuir. On en compte des centaines de milliers avant le début de la guerre. S’y ajoutent quelques dizaines de milliers qui sont expulsés pendant les deux premières années du conflit.

La guerre se déchaînant, il devient difficile d’obtenir les visas et les moyens de transport nécessaires pour échapper aux nazis. Alors, utilisant des moyens « musclés », la Gestapo organise elle-même ce qui devient des opérations de déportation. L’exemple des 22 000 Juifs d’Alsace-Lorraine, recensés, arrêtés et expulsés par la Gestapo vers la zone libre française, illustre cette nouvelle politique. La Gestapo ne fait rien d’autre, lorsqu’elle sélectionne et affrète de vieux rafiots, qu’elle envoie surchargés de Juifs au fil du Danube vers la Palestine. 14 000 y arriveront. Près de 3000 « sont morts noyés, assassinés, ou encore morts de froid et autres vicissitudes ». Un dernier exemple, celui des 7 650 Juifs allemands expulsés du Palatinat et du Pays de Bade. Par la ruse et la force ils sont refoulés à travers la frontière dans sept trains qui forcent le passage vers la zone libre française.

A l’Est, à la suite de l’occupation de la Pologne en septembre / octobre 1940 par la Wehrmacht, le « problème juif » prend une autre dimension. Les 3 300 000 Juifs polonais plus que triplent le nombre de Juifs sous domination allemande. Une nouvelle solution s’impose. La Gestapo va créer d’immenses ghettos dans le “Gouvernement général” à l’Est de sa zone d’occupation en Pologne. Des centaines de milliers de Juifs polonais y sont emprisonnés, des dizaines de milliers de Juifs du Reich y sont déportés. Des ghettos où le travail forcé, la maladie, des conditions de vie atroce, une maltraitance journalière conduisent souvent à la mort. L’historien Martin Gilbert avance des chiffres : « De septembre 1939, début de la guerre, au 22 juin 1941, début de l’offensive allemande en URSS, (...) environ 30 000 civils juifs ont péri » dans ces ghettos. On ne peut pas encore parler ici de génocide. Les massacres systématiques d’une ampleur jamais vue n’ont pas encore commencé, même si les prémisses de la Shoah sont déjà là. On pourrait ajouter « la Shoah n’a pas encore été décidée ». Sinon, s’interroge Browning, « pourquoi laissa-t-on aux millions de Juifs polonais qui étaient aux mains des Allemands depuis l’automne 1939 un sursis de trente mois à leur exécution ? »

En juin 1941, avec le déclenchement de l’offensive allemande contre l’URSS, la politique nazie bascule, les massacres commencent. Pendant les six derniers mois de l’année, entre 500 000 et 800 000 Juifs sont tués en URSS par des unités spécialement conçues pour cette tâche : les Einsatzgruppen. Lorsque dans un pays une population identifiable d’hommes, de femmes et d’enfants est assassinée en si grand nombre, en si peu de temps, il s’agit bien d’un génocide. La Shoah russe a commencé six mois avant celle d’Europe. L’historien Edouard Husson l’appelle « la première Shoah ». Ce fut une « Shoah par balles », ce qui la différencie de la Shoah européenne qui eut principalement recours aux chambres à gaz et aux crématoires.

Pendant ces six mois, aux massacres de centaines de milliers de Juifs s’ajoute celui de plusieurs centaines de milliers de civils et de prisonniers de guerre russes. Certes, incomplètes, des informations sur ces tueries sont arrivées en Allemagne. Des soldats en permission ou blessés de retour, ont témoigné en privé de ce qu’ils ont vu. Jusqu’à la déclaration de guerre aux Etats-Unis de Hitler, le 11 décembre 1941, les diplomates et les journalistes américains étaient présents dans le Reich. Ils en surent suffisamment pour provoquer des réactions de Washington qui ne vinrent jamais. Ce silence a encouragé le Führer à étendre le génocide à l’Ouest.

En Europe la décision de la mise en œuvre de la Shoah date clairement d’octobre 1941. Le décret du 23 octobre 1941 dont il a déjà été question interdit l’émigration des Juifs de tous les territoires dominés par l’Allemagne. Il met fin à la politique d’expulsion que le Reich mène depuis 1933. Le 15 octobre 1941 la décision de construire le premier camp d’extermination, celui de Bergen-Belsen, est prise. La « Shoah par gazage » est décidée. Les premiers gazages de Juifs à Auschwitz commencent la deuxième quinzaine de mars 1942.

Comme l’écrit l’historien Edouard Husson : « Il est impensable qu’un crime politique d’une telle ampleur que la Shoah, mis en œuvre dans un espace de temps aussi court, n’ait pas d’abord été dirigé par Berlin ».
Le 13 octobre 1941 Hitler le reconnaît : « Il est certain que sans moi les décisions auxquelles nous devons aujourd’hui notre existence n’eussent pas été prises ». Il est intellectuellement intéressant de savoir quand il a pris sa décision d’exterminer tous les Juifs d’Europe. Mais cela ne change rien à ce qui s’est passé, car personne à l’époque n’en a été conscient.


Andre Chargueraud

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