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Re: Temoignages - Alliance Israelite Universelle
Posté par: darlett (IP enregistré)
Date: 28 juillet 2007 a 04:48

Une vie bien remplie
Léon Benzaquen


À l'homme qui, parallèlement à son activité professionnelle, à sa mission initiale d'éducateur de l'enfance et de l'adolescence, consacra le reste de son temps et déploya toute son énergie à inculquer à ses concitoyens le sentiment de la solidarité humaine, à celui qui fut le créateur, le fondateur et l'animateur pendant de longues années de la presque totalité de nos œuvres d'entraide, au grand philanthrope Samuel Lévy, le Président de la Communauté Israélite de Casablanca, en son nom personnel, au nom de tout le Comité, a le douloureux devoir aujourd'hui de rendre un dernier hommage : hommage de respect, hommage de gratitude et hommage de filiale affection.

Face à l'œuvre immense accomplie pendant une existence que la Providence a voulue exceptionnellement longue, le profond chagrin où nous plonge sa mort doit trouver sa consolation dans l'évocation de ses vertus, de ses mérites et de l'enseignement qu'il nous lègue.

Tel Moïse qui, animé par l'inspiration divine, ouvrit aux hommes le chemin qui devait leur donner le vrai sens de la vie, il fut pour nous, Juifs habitant encore en ce pays ou dispersés aux quatre coins du monde, le guide, l'inspirateur, l'animateur et le réalisateur.

Nous harcelant sans cesse par son désir de nous voir tous unis dans un sentiment d'entraide et de solidarité à l'égard de nos frères nécessiteux, toute sa pensée fut occupée à nous inculquer ce principe et toute son énergie tendue à concrétiser ces nobles aspirations.

Parmi les grands hommes dont le nom mérite d'être inscrit en caractères lumineux dans l'histoire du judaïsme marocain, Samuel Lévy qui naquit à Tétouan le 4 décembre 1874, doit figurer parmi les premiers et les plus dignes. D'abord, par sa personnalité propre, ses vertus et ses qualités l'ayant placé très tôt au rang des dirigeants et des conseillers des Communautés juives réparties dans le Royaume, ensuite par les circonstances qui l'amenèrent à remplir sa tâche comme un missionnaire imbu de sa mission et parmi ces circonstances une des plus importantes et qui détermina de façon irréversible le sort de nos coreligionnaires fut la diffusion au Maroc des écoles de l'Alliance Israélite.

En effet, à partir de ce moment, et pendant une longue période, le nom de S. D. Lévy resta intimement associé à celui de l'Alliance Israélite. Cet homme et cette institution, association providentielle et rapprochement certainement désiré par D.ieu, marchèrent côte à côte se complétant et servant le même idéal.

Cette symbiose du cœur et de l'esprit, entrevue aujourd'hui après tant d'années de recul, dont les conséquences pour l'avenir des Communautés juives marocaines furent considérables, bouleversant complètement les perspectives d'avenir d'une collectivité condamnée sans cela au piétinement culturel avec ferveur et gratitude et remercier D.ieu d'avoir désigné des hommes comme S. D. Lévy pour en être un des facteurs et un des artisans.

Cependant, cette collaboration de S. D. Lévy avec l'Alliance devait cesser précocement sur le plan éducatif. Mais la mission dont il semblait que D.ieu l'avait chargé et qui n'était pas de solution de continuité et nécessitait un travail immense.

Au fur et à mesure que les écoles de l'Alliance se multipliaient dans ce pays, une carence sociale complète se faisait jour et la nécessité d'organiser des œuvres d'entraide scolaires, parascolaires et postscolaires, ne pouvait pas ne pas naître chez cet apôtre nullement rebuté par l'ampleur de la tâche, mais au contraire déterminé à la poursuivre jusqu'au bout du chemin. Or, le chemin de la charité et de l'entraide, s'il a un commencement, n'a pas de fin. " Rien n'est fait tant qu'il reste quelque chose à faire " se plaisait-il à dire à ses collaborateurs. Ce chemin est parfois jalonné d'étapes par la réalisation complète d'une action, d'une œuvre nouvelle.

Cette étape à peine est-elle franchie qu'elle fait déjà partie du passé, et, pour des hommes comme S. D. Lévy, seul l'avenir présente de l'intérêt et déclenche de vigoureux ressorts durant toute son existence, à l'aube de sa carrière comme au crépuscule de sa vie.

Car cet homme dont nous espérions pouvoir célébrer en vie le centenaire (ne vécut-il pas plus de 95 ans ?) eut, à l'instar du grand Moïse, ce privilège que la Providence n'accorde qu'aux âmes d'élite choisies par elle, il ne cessa pratiquement son action bienfaisante qu'avec son dernier souffle. Il sut, et il put, en dépit de son âge avancé rester toujours l'animateur, le réalisateur, insufflant son enthousiasme à ses proches, ne parlant pas de l'œuvre accomplie, mais de l'œuvre à accomplir, retenant une jeunesse d'esprit que bien des jeunes lui enviaient. Car comme l'a dit le sage " On ne devient pas vieux pour avoir vécu un grand nombre d'années, mais parce qu'on déserte son idéal ".

Chez Samuel Lévy, cet idéal était servi par des qualités immenses qui firent que pendant plusieurs décennies et jusqu'à ses derniers jours, nos œuvres philanthropiques ont vécu sur cette impulsion. Œuvres privées, Œuvres Communautaires, elles furent toutes marquées par cette empreinte dont elles subissent encore fort heureusement la bienfaisante influence.

Aujourd'hui, ce n'est pas sans une inquiétude rétrospective qu'on se demande ce qu'il serait advenu des collectivités israélites réparties dans le Royaume, fortes à cette époque de plus de 300,000 âmes, s'il avait renoncé, dès les premières difficultés, à poursuivre son œuvre, s'il n'avait pas fait taire ses doutes, ses craintes, ses désespoirs, au bénéfice de son idéal et de sa foi, s'il n'avait appliqué avec tant de conviction et d'efficacité ce qui fut le grand principe de sa vie : " Il n'est pas nécessaire d'espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer ".

La carrière philanthropique de Samuel Lévy au Maroc, commence, on peut dire, au lendemain de la première Guerre Mondiale et se poursuivit toujours plus active, et sans solution de continuité jusqu'à ces derniers temps.

La population juive marocaine croissait d'année en année. À l'exception de quelques privilégiés dans certaines villes, le gros de la collectivité juive vivait parquée dans ce qu'il était convenu d'appeler le Mellah où la misère accompagnait la promiscuité.

Si l'instruction primaire était de plus en plus répandue grâce aux efforts incessants de l'Alliance, ces mêmes enfants qui bénéficiaient de cet enseignement devaient rejoindre à la sortie des cours leur taudis où la menace de plusieurs maladies pesait lourdement sur eux. Le paradoxe ne pouvait pas laisser insensible l'homme délicat et plein de cœur qui venait à peine d'abandonner l'enseignement pour se consacrer à ses propres affaires, mais qui, absorbé par sa tâche philanthropique, délaissait la plupart du temps ses propres affaires pour organiser des réunions, stimuler l'enthousiasme, faire des collectes et se déplaçer de ville en ville pour alerter ses coreligionnaires plus fortunés et les inciter à la création d'œuvres sociales susceptibles d'atténuer les plaies de la misère, de l'ignorance et de la promiscuité.

Dans le même dessein, il se déplaça à l'étranger en France et particulièrement aux États-Unis. Il fit entendre sa voix et ses appels aux organisations juives d'outre-mer et l'on peut dire que c'est en grande partie grâce aux harcèlements incessants, à l'envoi de nombreux rapports à ces mêmes organisations, pour les intéresser sur le sort déplorable de certains de nos coreligionnaires que l'American J.O.I.N.T. auquel nous devons tant, se fixa dans ce pays. Qu'il me soit permis en cette pénible circonstance de remercier cette organisation au nom du Judaïsme marocain tout entier, pour avoir toujours répondu favorablement à nos exigences financières.

On ne peut, à l'heure où notre pensée doit être entièrement consacrée à la prière et au recueillement, vous faire une lecture complète de la liste des œuvres que notre cher disparu inspira, anima ou élabora entièrement.

Il en est cependant qui doivent être mentionnées, non pas dans l'ordre chronologique de leur création mais pour en montrer leur diversité et pour prouver combien l'esprit de Samuel Lévy était ouvert à toutes les exigences sociales.

La Maternelle, l'Aide Scolaire, le Centre antituberculeux Israélite, Maghen David, l'École normale hébraïque, l'œuvre des Bourses Abraham Ribbi, la Fédération des Associations des anciens élèves de l'Alliance Israélite, L'O.R.T. et L'O.S.E. Que l'on me pardonne d'en avoir omis quelques-unes, la liste aurait été fastidieuse par sa longueur.
À travers ces œuvres, se dévoile l'homme qui ne fut pas seulement un philanthrope mais aussi un philosophe convaincu qui nous enseigna que pour vivre dignement il fallait vivre pour répandre le bien et soulager quand on le peut, ceux qui souffrent.

Son sillon fut surtout marqué par le désir de sauver l'enfance, la doter de moyens propres à s'intégrer dans la vie moderne, lui permettre de s'émanciper sans qu'elle perde pour autant l'amour des traditions et de la foi juive.

Que ceux qui ont pris aujourd'hui la relève et assurent la continuité de ses œuvres d'entraide en soient remerciés. Ils prouvent qu'ils ont compris l'enseignement du maître et qu'ils en sont les dignes successeurs.

Lui disparu, son œuvre persiste et son nom est prononcé par toutes les bouches avec ferveur et reconnaissance.

Dans tout le Maroc et par-delà les mers et les continents, partout où les Juifs marocains ont élu résidence, le souvenir de cet homme ne s'effacera jamais et restera gravé dans toutes les mémoires.

Le capital moral qu'il a représenté et qui a enrichi notre patrimoine nous donne légitimement le droit d'être fiers d'avoir servi sous son emblème.

Une longue vie remplie de bien, interrompue par la mort mais se perpétuant dans la mémoire de ceux qui l'ont approché ce sont les seules paroles de consolation que j'adresse à sa famille et à ses proches.

Que soit béni l'homme qui honora l'Humanité et que son âme repose en paix dans l'Éternité, Amen.


Allocution prononcée par le Docteur Léon Benzaquen
Président de la Communauté israélite de Casablanca
à l'occasion des obsèques de Monsieur Samuel D. Lévy







Re: Temoignages - Alliance Israelite Universelle
Posté par: darlett (IP enregistré)
Date: 28 juillet 2007 a 04:50

S. D. Lévy : Un homme d'action
Émile Sebban


Très cher M. Lévy,

Le voyageur a regagné le port, celui qu'il avait quitté il y a près d'un siècle pour s'engager sur les flots mouvementés de l'existence.

" Une bonne renommée est préférable à l'huile parfumée et le jour de la mort est préférable à celui de la naissance ".

Rendons honneur au pèlerin qui a traversé les tourmentes, qui a su résister aux assauts des vents et des vagues et qui a regagné le rivage paisible. Ce n'est pas à l'homme commençant sa carrière que peuvent aller nos louanges : savons-nous s'il saura affronter avec bonheur les ouragans des mers lointaines, s'il ne succombera pas sous les fatigues accumulées, sous les désillusions et les ingratitudes ?

" Le jour de la mort est préférable au jour de la naissance ", car alors l'homme a traversé les tempêtes de la vie pour arriver de nouveau à son point d'attache : sa terre natale.

Il est rare de trouver illustration aussi éclatante de cette sagesse biblique que celle de la vie de notre patriarche que nous honorons tous en ce jour de 10 Nissan, veille du Chabbat Hagadol qui nous relie à la sortie de Mitzraïm. La leçon rayonnante de service à la communauté, de dévouement inlassable, de bonté souriante est celle des grands êtres qui tirent l'humanité vers le haut et la dirigent vers sa vocation infinie.


Il me souvient de son accueil toujours tonifiant, de sa disponibilité constante, de ce bureau de la rue Coli où nous allions puiser à la source du dynamisme social et de la solidarité réconfortante. Chaque époque réclame ses pionniers et ses visionnaires. L'après guerre travaillée par les courants profonds des grandes mutations a trouvé en M. S. D. Lévy l'un de ces créateurs capables d'accorder l'homme et l'événement, et de poser les bases d'une action à long terme : celle qui marquera une communauté, un pays, une histoire. Il s'agissait d'aider dans l'immédiat une population d'enfants et d'adultes ayant faim, de pain et d'affection; il s'agissait en même temps de former des générations de jeunes à servir de guides, d'enseignants et de cadres. Ainsi, sous son impulsion naissaient ou se renforçaient les organismes d'entraide sociale et médicale, ainsi se greffaient des œuvres scolaires et d'éducation. Les unes et les autres étaient portées dans ce large cœur qui battait à l'unisson de ses contemporains, mais pour cet ancien directeur d'école de l'A.I.U. les problèmes pédagogiques et d'avenir éducatif restaient prioritaires comme des gages de la continuité. C'est pourquoi il manifestait un tel intérêt pour notre École normale où il voyait grandir les pousses; c'est pourquoi il a tellement œuvré pour la voir se développer à partir du petit noyau de Maghen David jusqu'à sa floraison à l'Oasis. Et il restait toujours soucieux même du fond de sa calme retraite, de la vie et des progrès de tous nos mouvements de jeunesse du D.E.J.J.

Et c'est cette continuité qu'il assumait dans ses gestes, dans ses pensées, dans son rayonnement. Quelle merveilleuse chose pour nos générations qui s'interrogent, pour nos jeunes ballotés par les événements déconcertants, que ce pont jeté entre deux siècles, que cette voie magistrale qui relie deux veilles de guerres et deux lendemains de guerres, et qui a traversé les bouleversements mondiaux des naissances des peuples.

" À présent je suis assis, me disait-il dernièrement, et c'est la vie qui passe devant moi ".

Heureux le navire qui accoste à son dernier quai ayant fait provision de richesses abondantes, et heureux les témoins qui sauront retrouver la voie de son sillage.

Dans notre hommage suprême à notre grand précurseur on sent la vibration profonde des cœurs : celui des pères vers celui des enfants, et celui des enfants vers celui de leurs pères. Soyez remercié, très cher Monsieur Lévy, pour cet accord harmonieux dont vous avez toujours rêvé pour la terre des hommes, et dont les résonances de paix s'accordent à la mélodie éternelle.

Allocution prononcée par Monsieur Émile Sebban
Directeur de l'École Normale Hébraïque et
Président du D.E.J.J.-Maroc
Casablanca, le 17 avril 1970







Re: Temoignages - Alliance Israelite Universelle
Posté par: darlett (IP enregistré)
Date: 28 juillet 2007 a 04:51

Un homme exemplaire
Élias Harrus


Un mois s'est déjà écoulé depuis que notre vénéré patriarche S. D. Lévy s'est éteint, entouré de l'affection des siens et de l'attachement fidèle et amical de ceux qui avaient l'honneur de le connaître et de l'approcher.

Ce fut un mois de deuil, certes pour la famille, mais également pour toutes les Communautés présentes ou éloignées.

Nous commémorons ce soir la cérémonie religieuse qui clôture cette période, à l'École Normale Hébraïque, son œuvre et son sanctuaire, au sein de l'Alliance israélite universelle devenue Ittihad, qui fut sa famille spirituelle première dont il a été l'animateur et le continuateur sur le plan social et éducatif et dont il se plaisait à se réclamer jusqu'à ses derniers instants, tant il adhérait intimement à sa mission.

Si chaque groupement humain peut se flatter de certains de ses fils plus ou moins providentiels, si la Communauté juive en général est réputée féconde en hommes dévoués et désintéressés, notre Communauté peut proclamer qu'elle eut en Monsieur S. D. Lévy un homme exceptionnel, tant par son esprit généreux et lucide, son dynamisme infatigable et efficace, que par l'étendue de ses initiatives et la pérennité de ses réalisations.

La fin de l'autre siècle le voyait déjà au sein d'une équipe de jeunes missionnaires, tous issus de l'École normale d'Auteuil, animer et diriger la jeunesse juive de Tanger. Et déjà le reste du Maroc s'ouvrait à leur action, souhaitée peut-être même au delà des frontières, Isaac Larédo, Haïm Tolédano, Moïse Nahon… ont eu des destins heureux sur le plan social, à Tanger même et en faveur de la Communauté élargie. Leurs réalisations et leurs noms sont dans la mémoire de tous et inscrits sur des murs ou attachés à des œuvres qui leur survivent.

Monsieur S. D. Lévy eut un sort incomparable et son œuvre est immense dans le temps, dans l'espace comme dans les idées. D'autres voix plus autorisées que la mienne ont retracé avec bonheur ses apports innombrables à la cause juive, à la cause humaine.

Je voudrais cependant, ce soir, exalter sa mémoire et rendre hommage à son action en soulignant auprès de vous tous, ses proches et ses amis, les anciens et les jeunes, ses qualités de cœur, son immense optimisme, sa générosité inlassable favorisés par une fraîcheur d'âme que rien n'a pu altérer, ni sur le visage, ni dans les sentiments. Il a vécu presque un siècle d'une jeunesse ardente et le corps n'a failli qu'aux tous derniers moments.

Monsieur S. D. Lévy avait par dessus tout le culte de l'amitié et perpétuait la mémoire de ceux qu'il avait connus et aimés et avec qui il avait partagé des idées, des sentiments et souvent une action au bénéfice de la Communauté.

Notre reconnaissance affectueuse et notre hommage à sa mémoire seront éternels. Nous pouvons offrir son exemple prestigieux aux jeunes et aux moins jeunes à un moment où les valeurs changent d'orientation. Sa générosité a fait plus - et avec peu de moyens - que toutes les contestations à la mode; son désintéressement et son dévouement ont vaincu les difficultés les plus tenaces, son optimisme communicatif a eu plus d'efficacité que n'auraient eu, de nos jours, les concertations les plus savantes.
Je ne saurais mieux conclure cette modeste évocation pour un si grand homme qui comptera dans l'histoire de nos Communautés qu'en vous faisant part d'un message d'amitié et de vénération que Monsieur Jules Braunschvig, Vice-Président de l'Alliance israélite universelle nous a chargés, mon ami Émile Sebban et moi-même, de vous apporter pour l'associer à la manifestation du souvenir et à l'hommage que ce soir, nous rendons avec ferveur à la mémoire de notre cher et vénéré S. D. Lévy.

Allocution prononcée par Monsieur Élias Harrus
Délégué de l'Ittihad Maroc
à l'office de commémoration du mois de deuil
de Monsieur Samuel D. Lévy







Re: Temoignages - Alliance Israelite Universelle
Posté par: darlett (IP enregistré)
Date: 28 juillet 2007 a 04:55

Une vie consacrée à l'aide sociale
Jules Braunschvig


Obligé d'être à Paris ce jour pour présider une Commission de l'Alliance, je tiens à m'associer à l'hommage rendu ici, dans cette maison, à M S. D. Lévy. Je suis certain que l'on saura exprimer la reconnaissance de tous les juifs du Maroc due à un homme qui a consacré sa vie à imaginer, à créer, à faire vivre tant d'institutions. Ce ne sont pas seulement les juifs - c'est le Maroc entier qui a bénéficié de son exemple et de son action.

Plus particulièrement, cette École normale hébraïque a été voulue et commencée par lui. L'Alliance à l'époque, a considéré comme un honneur de pouvoir s'associer à lui pour faire de Maghen David l'établissement où vous êtes réunis aujourd'hui. Ici, plus encore qu'ailleurs, que sa mémoire soit bénie et que son œuvre soit continuée et développée.

Que nos jeunes, pour toute leur vie, sachent que ce qu'ils apprennent ici pour devenir de vrais juifs instruits et dévoués, c'est, n'oublient pas non plus qu'à l'origine il y avait, ici, aussi, Monsieur S. D. Lévy.

Allocution de Monsieur Jules Braunschvig,
Vice-Président de l'Alliance israélite universelle,
prononcée par Monsieur Émile Sebban


Un siècle d'action au service des siens
Émile Sebban

Évoquer la naissance de M. S. D. Lévy à Tétouan il y a 100 ans, alors que l'Alliance Israélite Universelle créée en 1860 venait de célébrer sa Bar Mitzva, rappeler son enfance dans les ruelles de la Judéria héritière du fier judaïsme espagnol, suivre l'adolescent à l'École Normale Orientale à Paris où il découvre le Nouveau-Monde européen, accompagner le jeune pédagogue et l'ardent missionnaire parmi ses frères déshérités en Tunisie, au Maroc, en Argentine, le retrouver installé à Casablanca en 1913 et se donnant dans la force de ses 40 ans à une action sociale considérable dont il devait être durant plus d'un demi-siècle un créateur, un animateur, un guide, c'est parcourir une carrière humaine exceptionnelle de longévité et de réalisation, et en même temps embrasser une vaste fresque du Judaïsme marocain, presque l'ensemble de son histoire contemporaine. Tant il est vrai que certains êtres touchés par un feu céleste, élus pour une mission, s'identifient à une communauté, à un pays, à une histoire. Chaque époque exige et sécrète ses pionniers et ses visionnaires. La poussée hors des ghettos à la fin du siècle dernier, l'après guerre de 1918 éprise de liberté égalitaire, celle de 1945 bouleversée par la tragédie hitlérienne et travaillée par les courants profonds des grandes mutations, ces charnières successives de la vie des peuples et des groupes humains ont trouvé en S. D. Lévy l'un de ces conducteurs capables d'accorder l'homme à l'événement et de poser les bases d'une action à long terme.

Quelle formidable transformation dans le pays, dans la société, dans les mentalités, depuis le temps de l'enfant Samuel Daniel Lévy environné de la misère des rues, des maladies endémiques, de la somnolence de Communautés oubliées jusqu'au début du XXe siècle dans un Maroc moyenâgeux. Quelle puissance dans le réveil des vieux Mellah assoupis jusque là, à demi asphyxiés et qui vont éclater en lançant aux quatre vents du monde des semences si longtemps délaissées et maintenant fécondes. L'école moderne sa cour et la cantine, le dispensaire son hygiène et ses soins, le centre d'apprentissage et son initiation, l'asile et l'hôpital, l'ouvroir et le home, le cercle et le foyer, la lutte contre l'ignorance, la conscience civique, la conquête de la dignité, les échanges nationaux et internationaux, l'affirmation de la personnalité, à toutes ces étapes d'une émancipation patiemment conquise, le pionnier S. D. Lévy était présent, animateur infatigable, ambassadeur d'une communauté grosse de son avenir et de son destin, apôtre d'un Judaïsme épris de fraternité et d'épanouissement universel. L'école d'abord, l'école toujours, plaide l'ancien instituteur qui voit dans les jeunes la moisson du futur; mais en même temps et sans cesse il faut étendre l'œuvre sociale qui soigne nourrit et habille les corps, car le pauvre écrasé de misère ne saurait exposer ni son cœur ni son âme.

Comment mesurer le capital d'énergie, de volonté, de persévérance d'abnégation investi dans ces réalisations innombrables qui vont couvrir le Maroc d'Est en Ouest, du Nord au Sud, les quartiers juifs des grandes villes, les rues des petites cités et les masures des bleds les plus reculés ! Comment rendre compte de cette lutte de tous les instants, à tous les niveaux pour dépasser les inerties, vaincre les incompréhensions, triompher des hostilités, des peines, des déceptions surmonter les difficultés financières, administratives, politiques, effacer les distances, les fatigues, les découragements, entretenir l'espoir. Il faut convoquer, réunir, se déplacer, frapper aux portes, convaincre, enthousiasmer et sans relâche recommencer, réinsuffler, réanimer la flamme de la solidarité. Si la création peut se faire dans l'exaltation de l'instant, l'œuvre, elle, doit être inscrite dans la durée, dans la continuité; il faut la maintenir et la développer en dépit des tracasseries, des résistances, des nuits sans sommeil, des échecs, des ingratitudes, de toutes les sirènes de l'abandon. Mais justement S. D. Lévy avait le secret de ne pas perdre de vue l'étoile lointaine et il savait dire le mot, la formule qui décident et déterminent, il avait le regard et le geste qui entraînent. Et le désert fleurissait, les apostolats naissaient et se multipliaient; les réseaux d'assistance se ramifiaient prenant en charge le nourrisson et le vieillard, l'écolier et l'artisan, la jeune fille et la veuve, l'infirme et l'orphelin. Bien sûr un homme à lui tout seul ne peut suffire et il faut aussi penser avec reconnaissance à la pléiade de dirigeants, d'assistants, d'animateurs, à l'armée de volontaires, grands et petits, hommes et femmes, qui ont contribué au sauvetage et à la régénération de dizaines et même de centaines de milliers d'enfants et d'adultes frappés par la misère physique et morale, marqués par la faim et la maladie. Aujourd'hui nous avons presque oublié ce que fut la condition dramatique des Mellahs, la saleté repoussante de certains quartiers, leur puanteur, l'entassement incroyable des habitats sinistres, les rues sans soleil, les enfants sans rire, les yeux sans éclat. Que de poussière déposée sur le miroir de la vie, que d'ombre accumulée sur le rêve messianique.

Parler de S. D. Lévy c'est nécessairement souligner l'élan du cœur d'un de ces personnages de légende auréolés de grandeur et de noblesse qui ont fait reculer les frontières de l'ombre par leur courage et leur rayonnement; comme ces lumières de Hanouca que nous allumerons ce soir, que nous allumerons de nouveau chaque année à venir, encore et toujours; même aux temps messianiques - disent nos Rabbins - parce-qu'au-delà de la guerre qui sera enfin bannie il restera la lutte de l'homme vers plus de liberté, de vérité et de vie.

Centenaire de la naissance de S. D. Lévy ! Quelle occasion propice à nous tous ici ses parents, ses amis, ses disciples, ses continuateurs, ses admirateurs de dire la dette de gratitude du Maroc et de ses juifs à l'un de ses fils bénis, à l'un de ses grands promoteurs. C'est pour moi le lieu d'exprimer l'hommage de mon respect et de mon affection pour l'homme que j'ai connu, le militant qui a marqué mes jeunes années, le beau vieillard que j'ai aimé.

Pour ma dernière visite chez lui, quelques semaines avant sa mort, il m'a accueilli comme à l'accoutumée dans le salon de sa maison de bois de la Rue Rouget de l'Isle, avec son sourire plein de bonhomie et sa main chaleureuse. Il avait 96 ans. L'âge qu'auraient eu les grands hommes de sa génération qui ont marqué le monde : Churchill, Albert Schweitzer, Haïm Weizmann. Quelle écoute attentive chez cet homme d'action, resté modeste au fond de sa retraite, discret et délicat, droit et appliqué comme le dessin de sa fine écriture. Quelle écoute attentive malgré sa surdité ! Les yeux restaient pétillants et curieux quand il se penchait vers vous la main et cornet sur son oreille. De quoi croyez-vous que m'a parlé cet homme presque centenaire qui avait été un pont entre deux siècles, un fil conducteur à travers les bouleversements sociaux et politiques. Pas un mot de lui, ni de sa santé, ni même des événements qui venaient comme mourir au pied de ce grand chêne. C'était tout de suite l'interrogation, l'avidité de savoir où en était l'École normale hébraïque cette pépinière qu'il avait plantée à Maghen David qu'il chérissait tout particulièrement comme son dernier enfant et qu'il suivait avec tellement de sollicitude depuis la vigoureuse greffe Braunschvig et Tajouri. Combien d'élèves, quels résultats, quelles perspectives, quels projets? Toujours la préoccupation du futur, de ce qu'il reste à faire. Et ce cercle de l'Alliance avait-il ajouté, qui me donne bien du souci qu'est-ce que le D. E. J. J. pourrait y faire pour un programme vraiment éducatif ? Et où est la question des bourses aux étudiants qui ont besoin de notre concours… C'était à la fois émouvant et fortifiant de contempler le rare spectacle d'un homme en accord profond avec la trajectoire entière de son existence. À cette heure du bilan où les hommes se retournent vers le passé, au moment où ce grand philanthrope pouvait se complaire dans la richesse unique d'une mission accomplie, il gardait les inquiétudes qui honorent les jeunes responsables. Et je voyais sur les murs de sa véranda les documents, les photos, les portraits, tous ces jalons d'un itinéraire bien rempli, toutes ces notes d'une magistrale symphonie. Et je revivais ma première rencontre 25 ans plus tôt avec le président S. D. Lévy dans son bureau de la rue Coli d'où il réglait un peu ses propres affaires et beaucoup les affaires communautaires. Nous sortions de la guerre et entamions les dix années les plus fécondes de l'action éducative et sociale. Contact capital pour un jeune idéaliste qui avait vécu les angoisses des soirs de bataille, les affres de son peuple persécuté, et qui recherchait un champ d'action à la mesure de son rêve. Dès l'abord, j'avais trouvé auprès de mon grand aîné S. D. Lévy un exemple et une confirmation : l'exemple illustré d'une vie consacrée au service désintéressé du prochain, la confirmation authentique de la voie éducative suivant la tradition de nos Sages. Le tout dans la chaleur de l'accueil et de la relation humaine. C'était une chance que je mesure encore mieux aujourd'hui dans un monde qui craque, où la place de l'humain se réduit chaque jour. Pareille rencontre est un bonheur que je souhaite à tellement de jeunes désorientés qui recherchent un réconfort et des raisons d'espérer. Et nous tous en cette terre accueillante et ceux éloignés dans l'espace mais qui restent proche à nos cœurs vibrants en ce jour du Centenaire, ceux qui l'ont connu et ceux qui entendront parler de lui, nous pourrons toujours puiser un encouragement à vivre en retrouvant dans l'épopée du livre des hommes la belle page écrite par notre Maître S. D. Lévy.

Allocution prononcée par Monsieur Émile Sebban
Directeur de l'École Normale Hébraïque
et président du D.E.J.J. Maroc
à la célébration du Centenaire de la naissance de
Monsieur S.D.Lévy
Casablanca, le 15 Décembre 1974.
1er Tebeth 5735







Re: Temoignages - Alliance Israelite Universelle
Posté par: darlett (IP enregistré)
Date: 28 juillet 2007 a 04:57

En reconnaissance à un guide
Leon Benzaquen


Donner le nom S. D. Lévy au " Home de Vieillards ", n'est que la très humble et très modeste contribution de la Communauté israélite de Casablanca, au culte que nous devons tous à la mémoire de cet apôtre de la Bienfaisance.

Il est normal qu'une de nos plus belles institutions communautaires perpétue le souvenir de celui qui fut le créateur ou l'inspirateur de presque toutes nos œuvres d'entraide et ce n'est de notre part, qu'accomplir une partie de notre devoir en profitant de l'occasion qui nous est offerte aujourd'hui. La structure et le fonctionnement de notre " Home de Vieillards " ouvert depuis longtemps déjà à nos concitoyens coreligionnaires, mais dont l'adjonction récente d'une aile supplémentaire comporte un grand nombre de lits, nous autorise à parler d'inauguration, d'évoquer tous ensemble dans le recueillement et la dévotion la mémoire d'un de nos plus illustres coreligionnaires, ayant vécu toute sa vie dans notre pays.

Illustre pas ses vertus et par ses qualités morales, et illustre par son activité inlassable en faveur d'un groupement déshérité et non secouru par l'absence totale d'organisme d'entraide au moment où il commença son activité sociale. Celle-ci débuta il y a plus de 60 ans et se poursuivit sans désemparer et sans solution de continuité jusqu'à son dernier souffle, vers l'âge de 95 ans, il y a à peine 18 mois.

Cet homme, qui, s'il ne créa pas tout, inspira tout ce qui se fit dans ce domaine, sut par son enthousiasme communicatif et son sens aigu de la charité dans la dignité, inculquer à tous nos coreligionnaires parfaitement indifférents ou peut-être effrayés par l'ampleur de la tâche le sentiment de la solidarité non pas comme une action de piété, comparable en cela aux prières religieuses ou aux actions de grâce, mais purement intrinsèquement, d'une façon absolument désintéressée donnant à l'homme le véritable sens de la vie.

À la charité de la main à la main, dégradante et discriminatoire, il substitua petit à petit, d'année en année, l'entraide collective stimulante et plus conforme à la dignité de l'homme, par la création d'organismes de toutes sortes dont il patronna les comités et qui, du temps où nous étions plus de trois cent mille juifs dans ce pays, contribuèrent d'une façon substantielle à soulager nos coreligionnaires dans le besoin, et à assurer aussi leur repli ultérieur dans des conditions convenables vers d'autres régions du monde.

Actuellement, en dépit de la réduction progressive du nombre de nos coreligionnaires vivant dans ce pays, des organismes d'entraide juive nous rendent vous le savez bien, d'énormes services et ne sont que la prolongation naturelle donnée par l'impulsion initiale de leur fondateur Samuel Lévy.

Permettez-moi, Mesdames et Messieurs, afin de sortir de l'oubli quelques témoignages, parmi tant d'autres, de l'immense labeur si profondément humain de S. D. Lévy, de vous faire une rétrospective qui nous ramènera à quelques années en arrière.

En Janvier 1953, il y a donc près de 20 ans, peut-être certains d'entre vous s'en souviennent-ils, à l'occasion d'une cérémonie en son honneur parce qu'il allait très prochainement boucler ses 80 ans, un des orateurs disait ceci en substance " S. D. Lévy n'est-il pas l'alpha et l'oméga de toutes les œuvres sociales du judaïsme Marocain ? N'est-il pas le noyau magique d'où sont sortis ces rayons qui s'appellent l'Aide scolaire, la garderie d'enfants, la Maternelle, les Dispensaires de l'OSE, les bourses d'études, Abraham Ribbi, etc, etc, etc. Enfin, l'Asile des Vieillards dont la réalisation le hante maintenant et qu'il saura créer, en dépit des lenteurs et des apathies ? ".

Ainsi donc, Mesdames et Messieurs, cet asile de Vieillards, ce Home de Vieillards en plein fonctionnement ce matin, obsédait sa pensée et il en sentait la nécessité par une intuition d'inspiration divine, sans aucun doute. À ce moment là, vous ne l'ignorez pas, et il n'est pas inutile de le rappeler, le Maroc luttait pour son indépendance, et l'indépendance recouvrée, l'exode de nos coreligionnaires commençait et se poursuivait de façon rapide.

Pour notre bonheur à tous, Samuel Lévy vécut presque 18 ans encore, après cette cérémonie dont je viens de vous parler. Il ne cessa pas, comme on le prévoyait, de harceler les Comités des Communautés qui se succédèrent et qui finirent par être convaincus, avec le Joint, de la nécessité d'une telle œuvre. Grâce à la création de ce Home, ceux qui ne pouvaient pas être concernés par l'émigration parce que, handicapés physiquement ou trop vieux, y trouvèrent leur refuge naturel. Et ainsi, un autre chantier s'ouvrait à l'activité de la solidarité juive, la protection des vieillards, que malheureusement, l'indifférence ou l'égoïsme naturel des jeunes, reléguait au rayon des préoccupations mineures.

Mesdames Messieurs, le Judaïsme Marocain ne manque pas de noms illustres qui ont enrichi son histoire dans le passé et dans le présent, et apporté au prestige de cette grande communauté sépharade des fleurons glorieux et lumineux dont il nous revient d'entretenir la mémoire et de garder le souvenir. Il faut les évoquer à chaque occasion car ils sont une partie de notre patrimoine à transmettre à nos descendants. Ici et ailleurs, une flamme doit toujours être entretenue afin que jamais ne disparaisse la trace de leurs qualités et vertus et que leur souvenir soit le moteur constant de notre comportement.

Presque tous ces noms prestigieux se sont surtout illustrés et signalés par leurs écrits, par leur culture ou par leur piété. Il serait cependant injuste que nous n'engloutissions pas dans la même considération ceux, très rares, qui comme S. D. Lévy n'ont acquis le droit au respect et à l'amour de leurs concitoyens que par leur activité purement sociale, activité simplement humaine, non encadrée de considérations religieuses ou philosophiques, excluant tout développement théosophique pour ne lui conserver qu'une idée encore plus belle par sa simplicité et sa nudité, l'idée de la solidarité et de l'entraide. Ceux qui ont eu le privilège de connaître S. D. Lévy et qui ont pu le suivre jusqu'aux dernières années de sa vie, se rappelleront avec émotion et tristesse mais aussi avec ferveur ce visage au sourire lumineux, reflétant l'espérance et l'enthousiasme, la satisfaction du devoir accompli, suprême récompense offerte par la Providence, à ceux, qui spontanément ont agi comme le voulait D.ieu.

Aussi il importe que la volonté de D.ieu qui a nous envoyé cet apôtre, soit respectée et que se maintienne et se perpétue l'action bienfaisante qu'il a entreprise.

Ce Home que vous venez de visiter, dont vous avez vu les pensionnaires venus de plusieurs coins de notre pays, vous avez pu en apprécier la belle tenue et son merveilleux fonctionnement, non seulement grâce aux grandes qualités de sa directrice Madame Shlouss et de ses collaboratrices à qui je suis heureux d'adresser, en votre nom et au mien, nos chaleureuses félicitations, mais aussi grâce au labeur inlassable de notre collègue à la Communauté, notre ami, Jacques Moreno qui supervise avec une compétence et un dévouement qui mérite toute notre gratitude, la marche de cet établissement dont nous sommes tous fiers et qui fait l'admiration de tous les visiteurs venus d'Europe ou d'Amérique.

Cet établissement a été édifié et est entretenu grâce à la collaboration financière de la Communauté Israélite de Casablanca et du " J.O.I.N.T. ". La Communauté Israélite ne fait que son devoir et essaie par tous les moyens, de trouver des ressources, mais le J.O.I.N.T dont la contribution est particulièrement substantielle, suscite de notre part, une reconnaissance infinie. Je manquerais à tous mes devoirs si je ne profitais pas de cette occasion pour adresser, s'il m'est permis de le faire, au nom de toute la collectivité Juive du Maroc, nos remerciements les plus émus aux donateurs et à leurs dirigeants, ici et ailleurs pour tout le bien qu'ils font à nos coreligionnaires marocains.

Il ne nous est jamais marchandé leur soutien alors que d'autres sollicitations les réclament partout où il y a des juifs dans le monde. Aussi, en fonction d'une équitable répartition des secours, en fonction des besoins évidents et plus impérieux que les nôtres de beaucoup de nos coreligionnaires dans d'autres régions du monde, il importe que nous révisions notre propre contribution à la cause juive; il est temps que ce que nous avons appris du désir de D.ieu de voir les hommes unis par le sentiment de la solidarité, que ce sentiment ne soit pas à sens unique, c'est-à-dire, que nous devons maintenant songer à augmenter notre aide et nos efforts financiers. Nos œuvres sociales communautaires où nos communautés doivent continuer à fonctionner tant qu'il y aura des Juifs qui habitent cette terre, terre de nos ancêtres depuis plus de 2,000 ans.

L'émigration vers d'autres cieux de nos coreligionnaires, loin de diminuer nos problèmes d'entraide, nos préoccupations sociales, les a augmentés par le fait que cette émigration a surtout intéressé la population jeune et rentable et nous a laissé à charge la population inactive.

Des temps meilleurs récompenseront nos efforts, le chemin qui doit déboucher sur la suppression de la haine remplacée par l'amour de l'humanité toute entière, doit être suivi quelle qu'en soit sa longueur, avec patience et ténacité, s'appuyant pour cela sur la pensée du philosophe et qui fut le grand principe de la vie de Samuel Lévy. " Il n'est pas nécessaire d'espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer ".

Discours prononcé par Monsieur Le Docteur L. Benzaquen
Président de la Communauté Israélite de Casablanca
à l'occasion de l'inauguration du
" Home de Vieillards " S.D.Lévy







Re: Temoignages - Alliance Israelite Universelle
Posté par: darlett (IP enregistré)
Date: 30 août 2007 a 03:39

Un militant sioniste de première heure
M Kagan


La Fédération sioniste du Maroc est heureuse de voir rassemblée autour de son doyen militant de la première heure, notre cher S. D. Lévy, tant de précieuses sympathies et de sincères amitiés.

Ayant commencé son existence il y a 70 ans, le jour même où naquit le prestigieux guide du peuple juif, Haïm Weitzmann, notre grand ami Samuel Lévy peut être fier de l'œuvre accomplie en force auprès des masses juives du Maroc. Il fut un trésor de dévouement aidant ses frères qui souffrent. Doté d'une ingÉNIOsité intarissable dans sa lutte contre la misère physiologique et contre le fléau de l'ignorance, un vif sentiment de solidarité envers les multitudes juive dans leur aspiration au mieux-être matériel et moral, - voici quelques traits qui émaillent la biographie de notre ami, dont le parcours fut rempli de bonnes réalisations, de Maassim Tovim.

Mais ce qui le désigne tout particulièrement à notre fraternelle affection, ce qui fait l'originalité et donne la mesure de sa personnalité, c'est l'ampleur de sa vision en tant que juif, c'est la netteté de sa conception du judaïsme au Maroc comme l'une des tribus du vieil Israël, c'est son effort permanent et soutenu dans la lutte du Peuple Juif pour sa libération, pour une Géoula Shéléma.

Dans ce vaste domaine et sur ce plan d'importance, S. D. Lévy a consacré, pendant de longues années, le meilleur de lui-même, à l'œuvre juive par excellence, à l'œuvre primordiale du judaïsme renaissant, au Keren Kayometh Leïsraël dont il fut le Commissaire Général pour le Maroc et qui réalise, avec le concours des juifs libres, c'est-à-dire des juifs aimant la liberté, l'implantation du juif sur la terre ferme, son enracinement dans le sol vivifiant de sa patrie historique, à l'œuvre grandiose de la délivrance, du peuple par la délivrance de la terre, Géoulat Ha'am 'Al Yédé Géoulat Haarets.

Le rêve de S. D. Lévy, notre rêve - qui, de nos jours et sous les regards d'observateurs émerveillés a pris forme et devient réalité - est d'activer le triomphe de la Révolution sioniste qui brisera les murs de tous les ghettos, des ghettos sordides et des ghettos dorés, qui rompra les chaînes combien de fois séculaires de l'esclavage, et qui rivent les enfants d'Israël à de nombreuses Égyptes et qui ligaturent les âmes et consciences des frères affranchis, - qui les libérera du joug de tous les Pharaons, Haman et Hitler empoissonnant, à chaque génération, notre histoire dans la galouth. Vous êtes fasciné et attiré par ce grand retour du peuple dispersé vers sa source vitale d'où jaillirent des champs féconds, des usines grouillantes, des bateaux sillonnant les mers, de jardins d'enfants, écoles, musées, universités et laboratoires, des villages prospères et des villes modernes, une vie nouvelle dans le Néguev ranimée par le labeur courageux de nos enfants, par cette Révolution qui s'accomplit à l'ombre de notre majestueuse Yérouchalaïm et qui assurera à notre peuple laborieux et pacifique, assoiffé de dignité et à l'avant-garde de la fraternité des peuples libres, l'accomplissement de son destin suivant les lois que lui aura inspiré son génie propre.

Le Sionisme, a dit Théodore Herzl, c'est le retour au judaïsme avant le retour au pays Juif. Ce retour qui implique une conquête difficile, la reconquête de soi-même. Vous l'avez réalisé, mon cher Lévy en nous libérant graduellement mais franchement de l'emprise d'une certaine idéologie qui, pendant trop longtemps, imprimait une allure assimilatrice à la grande et belle Alliance Israélite.

Remontant la pente de son évolution vous avez réussi, obéissant à une saine intuition juive, à ranimer l'esprit des grands animateurs de l'Alliance, Adolphe Crémieux et Charles Netter qui, sionistes avant la lettre, promurent l'idée-force de la solidarité juive universelle et plantèrent, il y a 75 ans, le drapeau du travail agricole en Érets-Israël.

Votre action inspirée par l'amour de Sion et par une fidélité dynamique à Israël n'a pas peu contribué à entraîner, sur le chemin de l'honneur, les éléments jeunes, ardents et généreux, la véritable élite de notre population.

Conscient de la grave responsabilité incombant au Judaïsme marocain (le dernier atteint par l'action corrosive de Hitler et de Vichy est le premier libéré par les arrières alliés, vous fîtes, accompagné de deux jeunes représentantes du Maroc, le voyage d'Amérique au Congrès juif mondial pour apporter l'indispensable contribution de notre communauté marocaine à l'œuvre de redressement et de réparation, de sauvetage et de libération des restes d'Israël.

Nous souhaitons de tout cœur, cher ami Lévy, vous voir célébrer le fruit de vos entreprises sous les yeux de vos nombreux amis et témoins de votre œuvre, sous le ciel limpide et sur le sol béni. Du grand pays aux petites frontières, aux destinées duquel - s'il existe une justice sur la terre - présidera comme chef de la République Hébraïque libre, notre grand Haïm Weitzmann.



Temoignages - Alliance Israelite Universelle
Posté par: darlett (IP enregistré)
Date: 26 septembre 2007 a 04:41

70 ans
Samuel D. Lévy



Mes chers amis,


Je puis difficilement maîtriser mon émotion devant cette affectueuse manifestation de sympathie que vous avez bien voulu me faire et à laquelle je suis infiniment sensible. Vraiment, j'en adresse ici à tous, l'expression de ma plus vive gratitude. Mes remerciements vont particulièrement à ceux qui en ont pris l'initiative, et qui, malgré mes exhortations en vue de les en dissuader, ont tenu à me rendre cet hommage. C'est là une insistance qui me touche profondément. Je m'empresse de remercier également très vivement l'Alliance israélite universelle et la Communauté israélite de Casablanca, qui ont bien voulu s'associer à cette manifestation.

Que nous sommes loin, mes chers amis, du jour où sous l'effet du verbe éloquent et passionné du très regretté Nathan Halpern, je fus entraîné dans le courant du sionisme! Jusqu'alors, en bon " allianciste " que j'étais, (vous savez tous que par ailleurs je professe pour l'Alliance le plus grand respect, et le plus vif attachement) je partageais l'idée que la mission d'Israël était de faire hâter par la rançon de sa souffrance, l'avènement d'une ère de fraternité et de justice dans le monde. Je compris, depuis, que cette idée était une duperie, qu'Israël devait se refuser à continuer à jouer ce rôle et qu'il avait droit, lui aussi, à vivre sa vie dans un pays à lui, où il pourrait s'asseoir paisiblement à l'ombre de sa vigne et de son figuier! Je suis heureux d'avoir consacré depuis lors, c'est-à-dire depuis plus de 30 ans, tous les instants de ma vie à penser " Éretz-Israéli " et à œuvrer en faveur de cet idéal qui nous est si cher à tous.
À ce moment là, nous n'étions pas bien nombreux les sionistes de Casablanca ! Le noyau principal était constitué par Thursz, Kagan, J. R. Benazéraf et moi-même. On peut dire, et je m'excuse de sembler m'en vanter que pendant un quart de siècle, nous quatre avons mené sans défaillance, l'action sioniste au Maroc, aidés par une poignée seulement d'amis fidèles. Nous étions alors loin de penser que quelques années auraient suffi pour voir se développer au Maroc une floraison aussi splendide de sionistes enthousiastes que celle que nous voyons aujourd'hui, non seulement à Casablanca, mais dans tout le Maroc.

Cependant, je dois loyalement reconnaître que ce n'est pas aux humbles efforts de la petite phalange que nous formions les quatre grands, passez-moi l'immodestie du terme, mais il est à la mode, que ce résultat a été obtenu, mais surtout au concours puissant - hélas ! - que nous a prêté un collaborateur de marque : Hitler, de sinistre et exécrée mémoire!

Mes amis, il ne vient certainement pas à l'esprit de personne que l'hommage que vous avez bien voulu me rendre aujourd'hui, signifie quelque chose comme une mise à la retraite. Car dans ce cas, je regretterais de ne pouvoir l'accepter. Ceux qui pour juger de la valeur des services que peut rendre une personne consultent le calendrier, et se livrent à des computations arithmétiques, se trompent plus d'une fois, car le calendrier ment souvent ou marque mal. Je sais bien que le Psalmiste à un peu arbitrairement, avouons-le, fixé à 70 ans l'âge moyen de l'homme :

Cependant, avec cet esprit si humain qu'on retrouve si souvent dans la Bible, le Psalmiste n'a pas voulu rester sur l'impression pénible que pouvait produire ce chiffre fatidique chez des natures peu courageuses, et il s'est hâté d'octroyer à la durée possible de la vie, une dizaine d'années supplémentaires : Eh Bien ! À ce compte-là, cela peut encore aller et nous avons encore du pain sur la planche !

Sans vouloir faire des rapprochements tout à fait déplacés, qui oserait dire à notre grand chef Chaïm Weitzmann que, vu les années qu'il compte (nous sommes nés le même jour), il doit laisser la place à d'autres, lui, qui conduit aujourd'hui le char d'Israël avec une maîtrise et une science à rendre jaloux bien de jeunes ? Ce n'est donc pas dans une feuille de papier délivrée par un officier ministériel qu'il faut lire l'âge de quelqu'un, mais dans l'ardeur qu'il est susceptible de mettre encore à la réalisation d'un idéal. Et voilà pourquoi dans ma très modeste sphère, j'ai la ferme volonté de suivre, moi, l'exemple de mon illustre patron et de rester debout, sur la brèche, tant que je pourrai servir. Pas de retraite !

Mes amis, en fait d'activité, il n'en est pas de plus noble que celle que nous déployons pour la reconstruction d'Éretz-Israël, c'est à dire, celle qui consiste à rendre à un peuple qui a une histoire, la plus tragique, mais aussi la plus belle et la plus lourde de sens de toutes, le pays où ont vécu ses ancêtres pendant des millénaires. Tel est le but ultime de nos efforts et rien ne pourra empêcher la réalisation de cet idéal, non seulement parce que notre cause est juste et qu'il faut croire à une justice imminente, mais encore, comme l'a dit Herzl, parce que l'État Juif est un besoin du monde. Dénier la Palestine au peuple juif a dit encore Goldstein il y a quelques jours, ce serait conférer une victoire posthume à Hitler. Quel homme d'État, quel gouvernement voudraient se déshonorer en glorifiant ainsi le plus grand criminel de l'histoire !

La guerre a été gagnée, c'est indiscutablement un événement heureux. Si le corps de l'hydre présente encore par endroits quelques traces de vie, la tête en a été nettement tranchée, ce qui est un grand soulagement pour le monde comme pour nous-mêmes, les juifs. Il y a donc lieu pour toute l'humanité de se réjouir de la victoire obtenue. Cependant, pour nous les juifs, la victoire n'est pas complète et notre joie est servie non seulement du deuil de nos six millions de morts, le tiers de notre peuple, mais de la cruelle situation de ce million et quart de juifs qui erre misérablement en Europe, menant encore la vie des camps de concentration sauf les atrocités bien entendu, et n'obtenant encore pas de se rendre dans le seul refuge où ils pourront se remettre des souffrances indicibles qu'ils ont endurées : Éretz-Israël.

Tant que le livre qui fut blanc et qui aujourd'hui est devenu rouge du sang de tous ceux qui sont morts assassinés par Hitler, parce qu'il ne leur a pas été donné d'aller en Palestine tant que ce Livre infâme ne sera pas répudié et abrogé, Israël ne cessera de protester contre l'iniquité dont il est l'objet et de lutter de toutes ses forces, qui sont grandes, et de tous ses moyens qui sont puissants, pour que justice lui soit rendue. Alors seulement, on pourra proclamer que la paix a été gagnée et qu'elle règne sur le monde. Pas avant.

Nous ne nous laisserons plus berner par de vaines promesses. Nous lutterons sans répit pour que les si beaux principes pour lesquels les Nations-Unies se sont battues ne soient pas des mots vides de sens, mais qu'ils soient une réalité. Cette fois-ci Israël est décidé à tout risquer, tout, pour obtenir enfin satisfaction. Si après le tribut si terriblement lourd payé à la persécution nazie et les sacrifices qu'il s'est volontairement imposé en se joignant aux Nations-Unies pour combattre les hordes d'Hitler, si après tout cela, Israël n'obtient pas de pouvoir vivre en sécurité dans ce petit coin de la terre qui est d'ailleurs bien à lui, alors il faudra désespérer d'avoir jamais gain de cause et la vie pour lui ne vaudra pas la peine d'être vécue. Nous avons atteint aujourd'hui le point culminant de nos chances : c'est maintenant qu'il nous faut Éretz-Israël.

Certes, ce n'est pas à vous que je vanterai les mérites du sionisme comme unique solution du problème juif où qu'il se pose, et il se pose partout. Aussi longtemps que nous n'aurons pas un État à nous et qu'on pourra nous traiter charitablement de sans-patrie, nous resterons toujours et partout les parias que nous avons toujours été. Mais, d'autre part, il suffira que nous relevions d'un État à nous, que nous ayons une nationalité propre, pour que l'injustice, dont nous sommes l'objet du fait de notre dispersion, de nos statuts de minorité et de notre statut d’apatride s'évanouisse comme par enchantement.

Ceci, tous les juifs l'ont compris maintenant et désormais le sionisme s'impose partout à eux comme la preuve triomphante de la vitalité juive sous les aspects les plus variés et les plus riches de la vie individuelle et de la vie sociale. Le sionisme ne peut pas s'accommoder de compromissions ni d'équivoques. Le sionisme réclame pour les juifs le progrès social intégral, le bénéfice de toutes les libertés et des grands principes qui font l'honneur de l'humanité et qui font sa force, à lui.

Au Maroc, notre mouvement a franchi les étapes qui l'ont amené à la situation favorable actuelle à un rythme qu'il est intéressant de relever. Il y a quelques années seulement, le sionisme était considéré comme un mouvement subversif et les sionistes signalés du doigt comme des gens compromettants. Où voyait-on un drapeau bleu-blanc déployé ? Les mots État Juif représentaient une utopie née dans l'esprit d'un visionnaire. Quant à penser que des juifs se battraient un jour dans une véritable guerre en tant que Juifs, cela frisait l'insanité. Ne parlons pas de la Hatikva. Il était formellement interdit de la chanter et si jamais on s'enhardissait à l'entonner c'était mezza voce et timidement de façon à ne pas être entendu du dehors. Plusieurs ne voulant pas se faire les complices de cette grave transgression, n'osaient pas aider au chant pour ne pas encourir des responsabilités et semblaient s'inquiéter des suites qu'une telle licence pouvait bien avoir le lendemain.

Que les temps sont changés ! Et quel chemin parcouru depuis ! Aujourd'hui la ville entière, hommes, femmes, enfants, chantent non seulement la Hatikva, mais tous les chants palestiniens, les mêmes chants que nous avons entendu à New-York, à la Herzlia Hebrew Academy. On déploie librement dans nos salons et parfois dans la rue le drapeau bleu-blanc, si cher à nos yeux et à nos cœurs; La Brigade juive se couvre de gloire sur les champs de bataille d'Italie sous le drapeau juif, et on parle de l'État Juif comme d'une réalité vivante. Et pour couronner le tout, nous venons de forcer les ports de la Palestine en y envoyant ce magnifique minian d'ardents Haloutzim marocains pour bien marquer ainsi que les Juifs du Maroc considèrent comme un honneur et un titre de gloire de travailler eux aussi à la reconstruction d'Éretz Israël, Haloutzim qui constitueront comme le premier noyau autour duquel viendront se conglomérer les élus des prochains départs, très prochains espérons-le.

Au cours de circonstances diverses, j'ai eu le privilège de m'entretenir avec Ussichkin, Weitzmann pour ne parler que de ceux-là sans mentionner les Ben Gourion, les Goldman, les Stephen Wise, et tant d'autres. Chacune des paroles qu'ils ont prononcées devant moi sont comme de sources de haute inspiration juive qu'il aurait fallu conserver pieusement et faire connaître autour de nous. Mais l'impression dominante qui est restée chez moi de ces rencontres, c'est que, lorsqu'un peuple a de tels chefs, on peut avoir pleine confiance dans l'issue de la lutte qu'ils livrent pour Israël. Le jour de notre Rédemption est proche, n'en doutez pas. Ce jour arrivera bimhéra béyaménou, et quand je dis béyaménou je ne pense pas aux jeunes que vous êtes, vous autres, cela va de soi, je pense au… moins jeune que je suis.

Mais pour hâter ce jour, il faut que dès aujourd'hui nous soyons prêts et aptes à réintégrer notre patrie. Contribuer à ce but de nos moyens matériels, c'est bien, toutefois il faut bien se pénétrer de l'idée que cette contribution matérielle ne constitue qu'un aspect secondaire de la question. Son aspect principal c'est l'éducation juive des masses et c'est vers ce but que doivent tendre tous nos efforts. Notre action doit être plus intérieure qu'extérieure et s'il fallait faire un choix entre les deux je n'hésiterais pas à choisir la première. Se préparer pour réintégrer notre patrie, c'est faire de cette réalisation l'objet de nos pensées de tous les instants, c'est être utile de ses bras, de son cerveau, c'est être fier de son passé et avoir une foi absolue dans l'avenir, c'est être sain de corps et d'esprit, c'est avoir une culture juive, c'est parler hébreu.

Aussi, notre devoir est-il d'encourager dans le sein de la Communauté tout ce qui mène à ce but et même, est-il besoin de le souligner, les œuvres philanthropiques dont l'objet est de protéger l'enfance de ce pays où les tout jeunes ont tellement besoin de cette protection. Seulement il faut considérer ces activités en fonction de notre grand idéal sioniste et du futur que nous ambitionnons pour le peuple Juif, et, dans ce cas, habiller un gosse ou veiller à ce que les aliments nécessaires à sa subsistance ou l'eau indispensable à sa propreté ne lui manquent pas, c'est faire œuvre de sioniste. Que ferions nous, en Éretz Israël, je vous le demande, de ces misérables populations de nos mellahs, misérables physiquement autant que moralement ? Elles constitueraient une charge et un déchet dont, avec beaucoup de raison on ne voudrait pas. Ce dont nous avons besoin en Éretz Israël, c'est d'esprits sains dans des corps sains et nous devons avoir l'ambition d'élever à ce niveau tous nos malheureux frères des Mellahs.

L'œuvre à réaliser dans cet ordre d'idées est immense, gigantesque. Quand on entreprend - le mot n'est pas trop fort - dans ces immondes logements et labyrinthes du Mellah des visites comme celles que nous avons faites dernièrement avec Monsieur Bernstein, Directeur de l'Hicem à Lisbonne qui a manifesté le désir de connaître de visu ces horreurs. On en revient, je vous le dis en toute conscience, comme honteux de vivre soi-même dans une certaine aisance, et plus que cela, comme pris de remords de n'avoir pas su encore, nous, les dirigeants responsables de la Communauté, tirer ces malheureux de cette ignominie. Laissez-moi cependant conclure qu'une telle œuvre d'assainissement est tellement vaste qu'elle ne peut pas être menée à bonne fin par l'initiative privée, ni peut-être même par celle de la Communauté et qu'elle constitue de toute évidence une entreprise d'État. Encore faut-il que les chefs de notre Communauté talonnent sans cesse les Pouvoirs publics jusqu'à obtenir d'eux qu'ils entrent résolument dans la voie des réalisations.

Herzl a dit qu'il fallait faire la conquête des Communautés. Je ne sais à quelle occasion il a dit cela ni le sens exact qu'il a voulu donner à ses paroles. Moi je les interprète comme suit : 1) Il faut éduquer les masses 2) Il faut être des dirigeants de la Communauté. Et j'ajoute volontiers : Une communauté dirigée par des sionistes sera par définition une Communauté dynamique et progressiste; Amis sionistes, si vous voulez servir le Judaïsme, briguez les leviers de commande de la Communauté. Pas d'abstention en ce qui concerne la politique de la Communauté.

Et sur ce, mes chers amis, permettez-moi de terminer par un vœu : Plaise au Ciel que je puisse faire partie de quelque Aliya qui me procurera le privilège d'aller saturer mes poumons de l'atmosphère juive et libre d'Éretz Israël et de labourer de mes mains une parcelle de cette terre aimée. Une minute de cette vie-là vaudra pour moi une existence entière dans n'importe quel autre pays du monde. Et puissions-nous nous rencontrer nombreux dans notre Terre Retrouvée, aussi bien nous, qui sommes réunis aujourd'hui ici que les nombreux milliers d'autres juifs marocains qui font de ce rêve l'objet de leur plus ardents désir et de leurs pensées constantes, dans Éretz Israël libérée de toute hypothèque, déliée de ses entraves. Libre, Libre enfin, Libre et Juive ! Ce serait-là pour moi aussi une des plus grandes joies de ma vie et comme la plus belle récompense - si ce mot n'est pas impropre, et il l'est - des efforts modestes sans doute, mais exercés durant les années les plus utiles de ma vie au service du relèvement de la Condition de nos coreligionnaires au Maroc et de la Cause la plus chère à nos cœurs. La reconstitution du pays d’ISRAËL.

Casablanca le 26 septembre 1945



Temoignages - Alliance Israelite Universelle
Posté par: darlett (IP enregistré)
Date: 16 novembre 2007 a 03:31

QUATRIEME PARTIE : REFLEXIONS

Les portes de l'univers


Naïm Kattan


À l'école de l'Alliance à Bagdad, nous apprÉNIOns quatre langues et chacune était une porte ouverte sur une dimension de l'univers. D'abord l'arabe, notre langue maternelle. Notre école était, dans tout le pays, l'une des meilleures pour l'apprentissage de cette langue. Nombreux sont les écrivains, les journalistes, les professeurs spécialistes de grammaire et de langue arabes qui ont fait leurs classes dans notre école. Parmi eux, aujourd'hui encore, certains occupent des chaires d'arabe dans diverses universités israéliennes. Nos maîtres nous inculquaient l'histoire et la civilisation de notre pays.

Dès les premières années, nous nous initiions à déchiffrer les paroles de la Torah, à réciter les prières et quand, chaque année, nous partions en excursion à Babylone, le professeur qui nous accompagnait ne manquait pas de nous rappeler que c'était là que nos ancêtres avaient été emmenés comme prisonniers par Nabuchodonosor et qu'ils avaient appris à découvrir les chemins de la liberté, non seulement en préservant la Loi mais en l'étudiant, en la commentant. Nous leur devons, comme tous les autres juifs, le Talmud.

Nous étions Irakiens et nous étions Juifs. Plus qu'une leçon, ce fut un état d'esprit qui nous fut inculqué et qui continue de nous animer tout au long de notre vie, où que nous soyons.

Nous découvrions chaque jour que notre école avait été fondée par des Juifs d'un autre pays, d'un pays de grande civilisation : la France. Dans un territoire dont les huit-dixièmes de la population étaient des illettrés, la communauté juive se distinguait par son vaste réseau scolaire.

Établissements qui suivaient, selon la loi, les programmes de l'État et qui, en plus, dispensaient un enseignement religieux hébraïque. Deux institutions se distinguaient : l'école Shamash, fondée par une famille de Bagdad qui avait fait fortune à Manchester et qui préparait les élèves à l'examen du " matriculation " britannique et, les écoles de l'Alliance, celle des garçons, celle des filles et la maternelle qu'on surnommait '' l'asile ''.

En plus de l'arabe et de l'hébreu, nous apprÉNIOns l'anglais et le français. Certains de nos professeurs, venus de Salonique ou d'Alger, ne connaissaient pas notre langue et nous indiquaient la voie qui nous conduisait à ce pays, devenu mythique pour moi, la France. J'aimais bien l'anglais, mais, quoique invisible dans nos murs, la Grande-Bretagne, nous colonisait. Les leçons de liberté me parvenaient en français, dans les livres de Gide, de Romain Rolland et de Malraux que je pouvais emprunter à la bibliothèque de l'école. Leurs textes n'étaient pas contredits par une présence coloniale.

Un dicton arabe dit que celui qui m'apprend une lettre me possède comme esclave, man allamani harfan malakani abdan. L'école de l'Alliance m'a appris la première lettre de chacune de mes langues. Elle m'a appris à être l'enfant de mon pays, d'où les circonstances historiques et politiques m'ont chassé; elle m'a incité et m'incite encore à tenter d'être digne de mes ancêtres talmudistes, à accueillir Shakespeare dans sa langue et à m'alimenter à toutes les richesses de la France. Les premières lettres auraient suffi pour me remplir de gratitude, mais toutes les autres ont suivi et je ne cesse de les déchiffrer et d'essayer de les inscrire jour après jour.




Extrait de "Les Cahiers de l'Alliance Israélite Universelle" (Juillet 2000 No.22, Page 28)




Temoignages - Alliance Israelite Universelle
Posté par: darlett (IP enregistré)
Date: 28 janvier 2008 a 21:35

L'Alliance israélite universelle,
de l'identitaire au relationnel


Gérard Israël


L'idée est impossible à formuler. Elle gît dans l'inconscient collectif des communautés mais quelquefois, lorsqu'un événement en rappelle la gravité, elle surgit sous une forme déstructurée. Cependant la peur du recommencement est bien là, obsédante et démoralisante. En parler serait en accepter la fatalité. Et pourtant le premier devoir des juifs, comme celui de tous, reste de faire que les causes profondes de l'antisémitisme meurtrier soient éradiquées et que les conditions qui ont permis à Hitler, à ses séides et à ses alliés, de mettre en œuvre, somme toute aisément, leur entreprise criminelle, soient définitivement extirpées.

La première initiative avancée au lendemain même de la guerre a été celle d'un historien. Jules Isaac a immédiatement désigné le point crucial : il y avait dans l'enseignement chrétien concernant les juifs un germe qui contaminait gravement la mentalité du peuple chrétien. On admettait, comme un dogme, le principe selon lequel les juifs avaient mis à mort Jésus dont ils avaient refusé le caractère divin et continuaient d'opposer à l'envoyé de Dieu ce même refus, aujourd'hui comme hier, qu'en fait ils refusaient Dieu Lui-même et surtout que, par leur seule existence, ils empêchaient la venue d'une ère nouvelle pour l'humanité.

Le grand mérite de Jules Isaac a été de formuler clairement les choses : il fallait obtenir des autorités catholiques et des protestants qu'ils modifient en profondeur la signification qu'ils donnaient fallacieusement au concept juif. Le changement était défini comme très important sur les plans religieux et spirituel, il l'était encore plus en considération des catastrophes que l'enseignement chrétien avait entraînées tout au long de l'histoire.

Les résultats obtenus au cours de ce dernier quart de siècle, auxquels l'Alliance israélite universelle n'est pas restée insensible et que Les Nouveaux Cahiers ont régulièrement analysés et commentés positivement, ne doivent pas faire oublier que beaucoup reste à faire pour que le nouvel enseignement chrétien concernant le judaïsme et les juifs pénètre enfin dans les paroisses les plus reculées et même en Europe, et cela malgré la résurgence d'un intégrisme religieux qui reste hostile à tout dialogue judéo-chrétien. Jules Isaac a ouvert une voie dont le but, s'il est en vue, n'est pas encore atteint, loin de là.

Il y eut, toujours au lendemain de la guerre, une réaction plus politique. Il fallait créer un ordre international qui empêcherait juridiquement et concrètement la criminalité totalitaire de certains États dirigée contre tout ou partie d'un peuple, d'une nation, d'une minorité, d'un groupe d'individus.

C'est René Cassin qui, le plus clairement, donna forme à cette nouvelle idée. Président de l'AIU, il savait ce qu'il faisait en proposant que soit instituée une autorité supérieure à celle des États. En faisant finalement admettre que les individus devaient devenir sujet du droit international et qu'ils pourraient recourir directement, au-delà du pouvoir étatique dont ils dépendaient, à la communauté internationale pour demander justice, l'ancien Prix Nobel de la paix a fait accomplir à l'humanité un pas extraordinaire. René Cassin savait (il le disait aux membres du comité central de l'Alliance) que la seule façon d'éviter des drames comme le massacre des juifs européens était de donner à la communauté internationale les moyens d'intervenir pour les prévenir ou pour les sanctionner lorsqu'ils s'étaient produits.

Là non plus le succès n'est pas total mais la récente création d'un Tribunal pénal international chargé de juger les individus non les États, idée que René Cassin et l'Alliance ont soutenue avec force, constitue un pas décisif même si ce tribunal reste limité à l'ex-Yougoslavie et au Rwanda et s'il convient d'obtenir, malgré les difficultés, qu'il acquière très vite une compétence universelle.

Avec Jules Isaac et René Cassin, une modification en profondeur de l'histoire des religions et du droit international a été entreprise. L'Alliance et, avec elle, le judaïsme européen tout entier conservent le cap, dans la vigilance et l'optimisme.

Il y eut aussi une réaction d'un troisième type. L'idée de départ en était qu'après deux milles ans d'histoire, le judaïsme demeurait une énigme pour la civilisation. Il était considéré depuis toujours comme un ensemble de pratiques, au mieux comme une réflexion sur un rituel compliqué, voire incompréhensible. Dès lors, redonner naissance, donner une nouvelle naissance, à la pensée juive, rétablir sa dignité et sa prééminence dans le monothéisme, étaient de nature à réduire l'incompréhension et à empêcher la persécution. La renaissance du judaïsme comme conception du monde et comme théorie de la connaissance ne relevait plus de l'utopie, elle avait désormais un lieu, l'intelligence des nations.

Les acteurs de cette nouvelle vision d'un savoir millénaire ont été, et sont toujours, nombreux et compétents. Nous dirons peut-être qu'avec Emmanuel Levinas, le savoir judaïque a franchi les portes de l'Université, non comme un simple élément de l'histoire des religions mais comme un humanisme, une perception de l'homme dans sa dimension morale et spirituelle. Emmanuel Levinas (il serait injuste de ne pas citer également Léon Askénazi et André Néher) a réussi à transcender une opposition fondamentale qui a été de tous temps un lourd handicap pour les intellectuels juifs. Le fait que Levinas dirigeait à Paris une école de l'Alliance et qu'il siégeait au comité central de l'AIU lui a certainement permis de dominer la difficulté : fallait-il se contenter de renforcer le caractère identitaire du judaïsme en l'enseignant dans la pure et bonne tradition à des disciples convaincus ? Ou fallait-il, obéissant au même mouvement, mettre en évidence, dans une optique relationnelle, les transitions qui permettaient aux différentes traditions philosophiques et religieuses de comprendre enfin les éléments d'une pensée religieuse qui imprègne fondamentalement une société dite aujourd'hui judéo-chrétienne ?

Certes les deux possibilités n'étaient pas exclusives l'une de l'autre mais, au lendemain de la guerre, le relationnel semblait moins urgent que l'identitaire. En effet, par une réaction normale, les rescapés étaient plus soucieux de mieux comprendre leur être propre que de démontrer aux autres la grandeur du judaïsme. Mais cette attitude compréhensible ne saurait être confondue avec certaines tendances de nature fondamentaliste tendant à tourner le dos à tout ce qui ne constitue pas un approfondissement identitaire.

Le génie de Levinas a été de démontrer, par son enseignement, que l'identitaire et le relationnel constituaient deux mouvements nécessairement concomitants. Ainsi est née une forme de pensée qui reste de nature à susciter pour le judaïsme un intérêt général, réducteur de l'antisémitisme doctrinal et générateur d'une sympathie qui va bien plus loin que la compassion, la commisération ou la componction. Désormais, le judaïsme, dans toute sa complexité, est perçu par beaucoup comme une ouverture vers l'humanisme contemporain et comme un facteur d'élucidation d'une pensée religieuse authentique. Encore faut-il renforcer cette extraversion de la pensée juive en acceptant honnêtement le dialogue inter-religieux : être compris, mais aussi comprendre.

L'histoire de l'AIU prouve là encore que les deux principes relèvent de la même mouvance.

Tout au long des cent trente-cinq ans de son existence, l'Alliance a ouvert et fait fonctionner des écoles de culture française dans lesquelles le savoir traditionnel a pu s'épanouir. Cette ambivalence de la pédagogie Alliance, quelquefois critiquée, reste un élément essentiel de sa modernité et de son succès. Elle se fonde sur l'idée que la fierté d'être juif relève aussi aujourd'hui, et peut-être essentiellement, de la relation à autrui.

Jules Isaac, René Cassin, Emmanuel Levinas ont illustré trois temps forts d'une réflexion, issue de l'angoisse, mais qui reste plus que jamais actuelle et nécessaire.



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