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Historique sur Juifs du Maroc
Posté par: Arrik (IP enregistrè)
Date: 30 March 2005 : 17:06

Juifs au Maroc Introduction historique
Daniel J. Schroeter


Il reste peu de traces des deux cents communautes juives et plus disseminees dans les villages des montagnes du Haut Atlas et dans les vallees du centre et du nord du Maroc. La riche collection photographique deElias Harrus capte cette population juive diverse et ancienne, dans ces regions ou domine la langue berbere, a peine quelques annees avant l'emigration massive, surtout vers Israel, au cours des annees 1950 et au debut des annees 1960. Les quelques juifs qui resterent dans ces communautes rurales se firent rapidement rares et ont aujourd'hui quasiment disparu, mis a part un tres petit nombre d’entre eux, vivant encore dans plusieurs villes du Sud marocain.

Quand les juifs arriverent-ils dans ces regions rurales eloignees, souvent situees a quelque distance des grandes cites du Maroc .Des juifs ont vecu parmi les Berberes, premiers habitants connus de l'Afrique du Nord, depuis l'Antiquite. Les origines du judaisme marocain sont enveloppees de mystere et font l'objet de nombreuses legendes. Les juifs d'Oufrane (Ifrane), dans les monts de l'Anti-Atlas, soutiennent que leurs ancetres arriverent plus de deux mille cinq cents ans auparavant, fuyant Jerusalem lors de la conquete babylonienne. Les historiens arabes du Moyen age furent les premiers a consigner la tradition selon laquelle des tribus berberes (Amazigh ; pluriel Imazighen) se seraient converties au judaisme plusieurs siecles avant l'arrivee de l'islam, au VIIe siecle de l'ere chretienne. Des documents historiques attestent l'existence de nombreuses communautes juives dans la vallee du Dra, dans le Sous, dans le Haut Atlas et sur la bordure saharienne depuis le Moyen ege. Bien que les voyageurs du XIXe siecle et les administrateurs coloniaux du XXe siecle aient considere ces juifs comme isoles du vaste monde, les diverses cultures des juifs de l'arriere-pays berbere indiquent leurs origines variees : israelite et berbere, arabe et sefarade.

Les juifs au Maroc, de meme que dans le reste du monde musulman, etaient definis par la loi islamique comme des dhimmis (litteralement « personnes protegees « ). Dans d'autres parties du monde musulman, ce statut etait egalement assigne aux chretiens et parfois a des membres d'autres religions, qui etaient tenues pour legitimes tout en etant inferieures a l'islam. Au Maroc, seuls les juifs etaient des dhimmis puisque les autres indigenes restes non musulmans avaient disparu durant le Moyen age. Ce statut legal signifiait que, en echange de l'acquittement d'une capitation annuelle (appelee djizya) dont tout juif adulte de sexe masculin etait redevable et de l'acceptation d'un certain nombre d'inhabilites symbolisant l'inferiorite des non musulmans, l'etat islamique garantissait la protection des communautes juives ainsi que leur droit a pratiquer leur religion. Cependant, dans la plus grande partie de l'arriere-pays berbere du Maroc, particulierement dans les monts de l'Atlas et sur les marges du Sahara, le controle du gouvernement central etait tres relache, si ce n'est entierement absent. On designait ordinairement ces regions par le terme de blad al-siba ou « pays de la dissidence « , par opposition au blad al-makhzan ou « pays du gouvernement « . En consequence, dans la plupart des regions berberes, la protection de la communaute juive incombait davantage au sheikh ou au gouverneur (caid) de la tribu locale qu'au sultan. La relation entre le sheikh et les juifs se perpetuait de generation en generation et la protection des juifs etait consideree comme sacro-sainte. Ce systeme fonctionnait en raison du role important joue par les juifs dans l'economie rurale. elements de la societe etrangers a la tribu, les juifs vivaient en dehors du systeme politique des alliances et des rivalites. Les musulmans se fiaient donc a eux, membres neutres de la societe, pouvant traverser les frontieres tribales et remplir des taches importantes en tant que marchands, colporteurs et artisans itinerants. Le fait que ce role d'intermediaire devait etre maintenu dans l'interet des factions rivales souligne la fonction vitale occupee par les juifs dans l'economie rurale.

Le quartier juif, au Maroc, est connu sous le nom de mellah. Designant a l'origine un quartier de Fes dans lequel les juifs furent contraints de vivre au XVe siecle, le terme de mellah en vint a signifier, dans tout le Maroc, le quartier juif et, par extension, la communaute juive. Dans certains villages et petites villes berberes le mellah etait separe des quartiers musulmans par un mur et un portail. Mais dans la majorite des cas, le terme designait simplement une ou plusieurs rues, habitees par dix a vingt familles juives et ou se trouvait la synagogue. Tres souvent, les maisons des juifs jouxtaient celles des musulmans. En comparaison avec la vie des juifs dans les villes plus grandes, les juifs et les musulmans des regions rurales cohabitaient dans le meme espace beaucoup plus etroitement, et pacifiquement la plupart du temps.

Les juifs etaient integres au tissu culturel du Maroc rural, ils avaient des coutumes communes avec leurs voisins musulmans : l'habillement, la nourriture, la veneration de saints hommes et, a l'occasion, de saintes femmes, ainsi que les rythmes et les modes de la vie quotidienne. Les liens sociaux et economiques entre les juifs et les musulmans dans les regions de culture berbere etaient tres etroits, bien que chaque groupe ait aussi garde des traits culturels distincts et des limites religieuses tres strictes. Alors que dans toutes ces regions les juifs parlaient berbere, car d'aussi loin que les gens se souviennent, ils parlaient l'arabe vernaculaire (avec des tournures specifiquement juives) dans la plupart des mellahs, comme leur langue maternelle. Ils ecrivaient en judeo-arabe, employant des caracteres hebraeques pour transcrire leur parler marocain. Bien que la nourriture consommee par les juifs ressemblet beaucoup e celle des musulmans, leurs lois alimentaires leur interdisaient de consommer des repas prepares dans des maisons non juives. Par ailleurs, ils pouvaient manger des eufs, des olives, du miel, de l'huile ou des produits laitiers chez leurs voisins. Alors que les costumes des juifs et des musulmans paraissaient tres semblables, un examen approfondi revelait presque toujours des signes distinctifs chez les juifs, qu'il s'agisse de la couleur du vetement du dessus ou bien de la sorte de coiffe portee par les femmes et par les hommes. La loi islamique stipulait que les dhimmis devaient porter un vetement les distinguant des musulmans (et leur interdisait par exemple le port d'un turban), mais dans le pays berbere, les traits distinctifs permettant de reconnaetre les juifs relevaient davantage de la coutume que de l'exigence legale.

Les pratiques religieuses des juifs de l'Atlas et du Sahara etaient communes e tout le monde juif et specifiques au Maroc dans son ensemble. De meme que n'importe oe ailleurs dans le monde juif, l'etude des textes sacres etait au centre de l'education juive, qui commeneait avec la memorisation par ceur de la Torah par les jeunes gareons. Traits communs e toutes les communautes e travers le Maroc, les etudes cabalistiques, la veneration du Zohar et les pelerinages annuels (hilloulot) sur les tombes des saints hommes (tsaddiqim) faisaient integralement partie de la vie religieuse du judaesme dans l'Atlas et le Sahara. Les juifs des regions du Sud avaient le meme corpus de poesie liturgique que les juifs des autres regions du Maroc, et aussi leurs propres poetes locaux (payytanim). Tandis que leurs rites et leurs pratiques, scandant les cycles journaliers, hebdomadaires et annuels, differenciaient les juifs de leurs voisins musulmans, les deux communautes seaccommodaient remarquablement du calendrier religieux de l'une et de l'autre, modifiant les modes de leurs rapports e la fois par necessite et par comprehension mutuelle. Les marches avaient rarement lieu le samedi dans les regions habitees par des juifs : les musulmans avaient adapte leur semaine au jour de repos juif. L'epoque de leanmuggar (terme berbere designant la saison des recoltes) e combinant la foire et le pelerinage sur la tombe des personnalites reverees e donnait aux juifs l'occasion de faire commerce et de vendre des biens aux pelerins musulmans, tandis que les musulmans fournissaient de la nourriture et des provisions aux juifs qui frequentaient les nombreuses hilloulot dans les sanctuaires des saints.

Le dicton e Le juif dans le souk, c'est comme le levain dans le pain e a encore cours parmi les habitants du Maroc rural. Les colporteurs juifs, montes sur des enes ou sur des mules, se rencontraient partout dans l'arriere-pays berbere. Lors du marche hebdomadaire, les artisans juifs itinerants etaient specialises dans la reparation d'objets que leur apportaient les musulmans. Les sellier et cordonnier juifs accomplissaient des teches indispensables e la population rurale et, de son cete, le negociant juif contribuait e relier ville et campagne. Mais aucun metier sans doute ne fut autant propre aux juifs que l'orfevrerie, au point que le terme berbere iskaken (e bijoutiers e) etait synonyme du terme e juifs e dans quelques regions de langue tashelhit (un dialecte berbere) au Maroc, en particulier dans le Haut Atlas. Dans certaines communautes, telles que Tahala dans le Sous, la moitie des hommes juifs etaient orfevres. La fondation ou l'existence meme des communautes juives etait souvent directement liee aux specialites professionnelles des juifs, surtout en tant que negociants. Les juifs des monts de l'Anti-Atlas et de la marge nord du desert du Sahara (Akka, Oufrane et Illigh) etaient actifs dans le commerce transsaharien. On trouvait des communautes juives jusqu'e la bordure du Sahara, comme le mellah de Mhamid El-Ghozlan. Quelques individus, tels que le rabbin Mordekhae Abisror d'Akka e qui servit de guide e Charles de Foucauld durant son voyage de 1883 e, s'aventurerent jusqu'e Tombouctou.
Au debut du protectorat, en 1912, la communaute traversait une periode de transition, mais le colonialisme franeais accelera le rythme du changement. Les grandes villes en developpement attirerent les pauvres, et les juifs etaient au nombre de ceux qui, desirant ameliorer leur vie, chercherent un gagne-pain dans les regions urbaines. Outre les grandes cites marocaines, les Franeais developperent aussi des centres administratifs, tels que Beni Mellal, oe naquit Elias Harrus, qui devinrent des villes importantes dans lesquelles des juifs des regions berberes s'etablirent et prospererent. Ceux qui resterent dans les petits mellahs des campagnes furent aussi touches par les forces de la modernite. Les juifs des villages berberes furent souvent les agents de la modernisation, les hommes apportant des marchandises modernes sur le marche tandis que les femmes introduisaient dans les villages la technologie moderne, comme la machine e coudre Singer.

Les plus importants agents du changement dans les communautes juives marocaines furent peut-etre les energiques directeurs des ecoles de l'Alliance israelite universelle (AIU). Cette organisation philanthropique juive fut fondee e Paris en 1860 ; elle se fixait pour but d'ameliorer les conditions de vie des juifs e travers le monde. Le moyen principal employe pour y parvenir fut l'etablissement d'un reseau scolaire, surtout dans le monde mediterraneen. Bien que juive, cette organisation s'appliqua e procurer aux coreligionnaires les plus pauvres une education laeque calquee sur le systeme educatif franeais moderne. Le Maroc, pays du bassin mediterraneen oe vivait le plus grand nombre de juifs, devint le plus grand espace d'intervention de l'Alliance. La premiere ecole de l'organisation fut etablie e Tetouan, en 1862. Dans la seconde moitie du XIXe siecle, et avant le debut de la periode coloniale franeaise, les ecoles de l'Alliance s'etaient bien implantees au sein des villes marocaines les plus importantes, formant une nouvelle elite de juifs d'education franeaise.

L'etablissement du protectorat franeais, en 1912, fournit e l'AIU l'occasion de deployer considerablement ses activites au Maroc. Les nouvelles ecoles furent fondees dans le sillage de la conquete franeaise et de l'extension du systeme colonial. Ce n'est qu'au cours des annees 1930 que des ecoles de l'Alliance furent creees dans le Haut Atlas et dans les regions du Sud, la premiere d'entre elles en 1932, dans la ville de Demnat dans l'Atlas ; Elias Harrus dirigea cette ecole de 1940 e 1946. Les efforts pour etendre le reseau scolaire vers le sud, dans ce que l'Alliance, conformement e la terminologie franeaise, nommait le bled e la e campagne e (terme issu de l'arabe marocain et faisant reference e la region ou e la localite d'oe l'on etait originaire) e se trouverent suspendus durant la Seconde Guerre mondiale, mais reprirent vers la fin des annees 1940. Les juifs qui etaient demeures dans l'arriere-pays berbere, et que leurs coreligionnaires des villes percevaient comme restes hors d'atteinte de la modernite, firent l'objet d'efforts redoubles de la part de l'Alliance, aidee financierement depuis la guerre par l'organisation philanthropique juive American Joint Distribution Committee. Confiante en une vision du progres qui prevoyait deinculquer l'education moderne et lealphabetisation aux filles autant qu'aux gareons, la suppression du mariage des enfants et l'europeanisation de l'habillement et meme des noms, l'Alliance esperait creer une nouvelle generation de juifs marocains qui amelioreraient le niveau de vie de leurs communautes et seraient prepares e evoluer dans un monde plus vaste. Les nouvelles ecoles, e Arghen Goundafi, Akka, Illigh, Tineghir et ailleurs, qui ouvrirent leurs portes dans les annees 1950, anticiperent le fait que de nombreux juifs allaient quitter le Maroc. Moins d'une decennie apres que ces ecoles eurent ouvert leurs portes, ces communautes pluricentenaires avaient pratiquement disparu en raison de l'emigration.

L'effort fourni au cours des annees 1940 et 1950 pour ouvrir de nouvelles ecoles dans les regions du Sud les plus isolees fut dirige par Elias Harrus. Les grands-parents ou arriere-grands-parents de Harrus, ne lui-meme en 1919 e Beni Mellal, au pied du Moyen Atlas, etaient, pense-t-on, originaires de Tinjdad et Tineghir, dans le Haut Atlas. Il fut eduque et forme par l'Alliance israelite universelle, dipleme de son lycee e Casablanca et de son ecole d'instituteurs e Paris. Habile directeur, capable d'un zele et d'une energie sans limites, il facilita l'expansion du reseau des ecoles de l'Alliance des montagnes de l'Atlas aux marges sahariennes. Devenu par la suite responsable de tout le reseau scolaire de l'Alliance au Maroc, il poursuivit ses frequents voyages afin deinspecter les progres des ecoles dans les communautes juives les plus reculees, et photographia les villageois juifs et berberes dans leur vie quotidienne. Aventurier passionne, Harrus couvrit une vaste partie du Maroc profond, allant meme au-dele des exigences de son poste, etablissant des liens etroits avec les gens de ces regions. Parce qu'il etait originaire de l'Atlas, il partageait les interets et les sentiments de ses sujets, les photographiant tels des membres de sa propre famille. Parce qu'il etait un photographe autodidacte, que son art etait une passion et non une profession, ses photographies, frappantes par leur franchise et leur manque de pretention, refletent une relation fondee sur la confiance et le respect mutuels.

A travers le regard observateur d'Elias Harrus, nous sommes temoins de la derniere periode de la vie juive parmi les Berberes du Maroc. Cette exposition de ses photographies nous ouvre une fenetre sur un monde qui ne vit plus que dans la memoire des Berberes et des juifs emigres, qui constituent e present une nouvelle diaspora judeo-marocaine. L'identite culturelle marocaine est demeuree remarquablement forte dans les nombreux pays de cette diaspora. Les photographies et le commentaire de cette exposition illustrent de maniere poignante, en meme temps qu'elle la rappelle, la faeon dont les musulmans et les juifs, au Maroc, dans l'intimite des campagnes et des petites villes, se sont mutuellement enrichis et completes.

Arriko




Re: Historique sur Juifs du Maroc
Posté par: gerard (IP enregistrè)
Date: 30 March 2005 : 17:38

bonjour Arrik,

tres bel article sur l'hitorique des Juifs du Maroc, et il me faut le l'imprimer pour bien le lire et l'apprecier a sa vrai et juste valeur comme il merite d'etre lu,

Mais pour moi Gerard Rouah ne a Casablanca et au maximum pouvant revenir sur les traces de mes ancetres jusqu'a 1 arriere grand pere ne vers 1863, cet article me semble d'une valeur inouie - venons nous de l'Atlas ou bien sommes nous les descendants des juifs chasses d'Espagne en 1492 .

Et il convient a notre generation - tout ceux comme toi et moi sommes nes et avons vecu notre jeunesse et adolescence au Maroc - de decouvrir nos origines. N'oublions pas qu' aujourd'hui beaucoup de juifs marocains israeliens n'ont pas connu la langue et la vie au Maroc, ils sont arrives enfants en Israel - donc c'est a notre generation en voie de disparition qu'il convient de laisser a nos enfants qui eux ne connaissent du Maroc que les moeurs et les "habitudes", donc de leur laisser la vrai histoire des juifs au Maroc.
Donc tout ce qui pourra nous eclairer sur notre passe sera apprecie par moi et je suppose par beaucoup de participant au forum.

Merci de nous eclairer.





Re: Historique sur Juifs du Maroc
Posté par: Arrik (IP enregistrè)
Date: 30 March 2005 : 17:53


Re: Historique sur Juifs du Maroc
Posté par: Amine 93 (IP enregistrè)
Date: 07 December 2006 : 09:39


Re: Historique sur Juifs du Maroc
Posté par: dany (IP enregistrè)
Date: 07 December 2006 : 20:21




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