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L'autre juive Solika la tsadika
Posté par: darlett (IP enregistré)
Date: 13 décembre 2007 a 18:38

Extraits de l’ouvrage « L’autre juive Solikha la tsadika » de Said SAYAGH, vivant à Montpellier et enseignant l’arabe à l’Université de Montpellier. Il a publié aux éditions du CNRS : La France et les frontières maroco-algériennes de 1873 à 1902, Paris, 1986.


Il est a signaler que cet ouvrage est en attente de parution. Je pense qu'il merite notre attention car suivant l'auteur Said Sayagh "la question des conversions forcées, dont quelques uns de mes ancêtres, m'interpelle."






Titre: L’autre juive Solikha la tsadika

Thème : Le martyre d’une jeune juive marocaine de Tanger, exécutée à Fès en 1834.



Résumé :

Sol, Zoulikha en arabe, est une jeune fille juive tangéroise. Elle était très belle, Sol, Zoulikha en arabe, la jeune fille juive tangéroise. Elle s’était liée d’amitié avec une voisine musulmane, Tahra, chez qui elle se rendait quand elle n’en pouvait plus des remarques de sa mère. Un jour, Tahra informa le pacha que la petite Sol voulait se convertir à l’Islam. Devant le pacha, Sol nia toute intention de laisser la foi de ses ancêtres. Elle fut condamnée à mort pour apostasie. Elle devait avoir entre quatorze et seize ans. Sa famille, ainsi que la communauté juive de Tanger, désireux de la sauver, lui conseillèrent de se convertir en apparence et portèrent l’affaire devant le sultan. Moulay Abderrahmane, le sultan du Maroc, à l’heure où la France conquit l’Algérie, plia sous la pression des faquihs musulmans et confirma la condamnation à mort. Le courage de la jeune fille marqua les esprits de l’époque, musulmans compris.

Voici quelques extraits du texte :

Issachar la surprit :

- Pourquoi tu ne deviendrais pas musulmane ?

Elle fit un effort pour reprendre son souffle et bredouilla :

- Pourquoi me ferais- je musulmane ?

- Pour protéger ta vie…pour rester en vie…pour ne pas mourir…

- En vérité, il ne passe pas une division du temps sans que je prenne une décision pour la renier juste après. Je t’aime, mon frère. J’aime mon père, j’aime ma mère, j’aime tous les juifs, ceux que je connais et ceux que je ne connais pas. J’aime la vie ; même Tahra, je l’aime. J’aime la petite rue étroite où nous habitons. Cet amour prend sa source dans ce que je sais sur moi-même ; dans le fait que je suis juive. Si je perds ce que je sais, mes repères, ce qui organise mon cerveau et mon imagination, je me perds, je perds mon âme, j’erre. Je suis Sol, juive, fille de Haïm et de Simha, eux-mêmes juifs. Je ne m’imagine pas Fatima, fille de je ne sais qui…ni rien d’autre. Quand j’essaie de m’imaginer en autre chose, vivant dans d’autres conditions, j’ai l’impression d’être au bord d’un précipice, au bord de la chute.
………………………………………………….

Le cadi qui prit la tête du clan adverse était le célèbre Ahmed Bennani. Il était connu pour sa mémoire puissante, ses références solides et pour les appuis dont il bénéficiait à Fès dont il était originaire.
Il avait été consacré par d’éminents oulémas en rhétorique, en fiqh, théologie, en hadith, en exégèse, en logique…Il avait hérité de la chaire d’exégèse à la mort de son maître Abou Yahya Sarraj. Il avait été nommé, ensuite, grand mufti de Fès. Sa rigueur à l’égard des délinquants et des hérétiques participait de sa renommée dans tout le pays. Ses admirateurs le désignaient avec les qualificatifs de grand savant, splendeur de son siècle, maître de l’excellence, de la rédaction, de la connaissance et du savoir.
Son exposé débuta par une mise au point. Pour lui, Mohamed avait appliqué la peine de mort à l’occasion de l’apostasie de Abdallah Ibn Al Akhtal qui s’était réfugié dans la Kaaba. Mohamed avait ordonné son exécution, ajoutant : « Même s’il s’abrite derrière la Kaaba. » On l’avait passé par les armes.

Le cadi rappela que les dhimmis étaient inférieurs en valeur aux musulmans conformément au hadith : « S’ils vous insultent frappez-les. S’ils vous frappent, tuez-les. »

Les musulmans avaient droit de vie et de mort sur les dhimmis, aussi, par décision divine. Dieu, ne les avait-il pas condamnés à l’avilissement et à l’abaissement, comme il est écrit dans le Coran : « quiconque d’entre vous apostasie, puis meurt tandis qu’il est mécréant, les voilà ceux qui ont fait faillite ici-bas et dans l’au-delà »

La peine de mort était par conséquent la juste sanction de l’apostasie.
Il développa ensuite une démonstration alambiquée qui suscita l’admiration de ses pairs : « Le non croyant a la liberté de croire ou de ne pas croire, avant d’énoncer sa croyance. Son jugement se fera sur son choix entre la croyance et l’incroyance. Mais celui qui croit par choix, puis se détourne de l’Islam est puni pour apostasie. Toutefois, avant l’application de la sentence au musulman qui a apostasié, il faut lui appliquer le délai de repentance, estimé à trois jours. S’il se repent, il ne sera pas tué. » Il cita à l’appui, un hadith de Mohamed :

« Celui qui change sa religion, tuez-le. »

Il commenta le hadith : « Il s’agit de ceux qui suscitent le désordre, divisent la Umma et s’allient aux ennemis de celle-ci. »
Il attira l’attention de ses collègues sur les dangers qui guettaient la terre d’Islam et justifiaient la rigueur dans l’application des peines. Pour accentuer son propos, il rappela les versets du Coran :
« Combattez ceux qui ne croient pas en Dieu ni au jugement dernier et n’interdisent pas ce que Dieu a interdit et ne suivent pas la vraie religion, parmi les gens du Livre, jusqu’à ce qu’ils paient la Djizia .»

Il n’hésita pas à rappeler les conditions de la Dhimma :

« Six conditions sont obligatoires :

- Interdiction aux dhimmis de porter atteinte au Coran et de le travestir en le citant, à l’oral et à l’écrit.
- Interdiction de citer le prophète en usant de suspicion ou de dérision.
- Interdiction de citer l’Islam pour en dire du mal.
- Interdiction d’épouser une musulmane, en mariage légal ou en fornication.
- Interdiction de chercher à détourner un musulman de sa religion, de porter atteinte à ses biens.
- Interdiction de s’allier aux ennemis de l’Islam, même s’ils sont leurs coreligionnaires, de signer la paix avec eux ou de les renseigner.

Ces conditions sont obligatoires et ne peuvent subir aucune concession. Leur publication et affichage sont obligatoires. Il faut les leur rappeler avec insistance pour qu’ils prennent conscience de leur importance. Le non respect de l’une des conditions équivaut à la rupture du pacte.

Six conditions ont valeur de recommandations :

- Obligation de porter des vêtements spécifiques, différents de ceux des musulmans.
- Interdiction d’élever des constructions plus hautes que les constructions musulmanes et obligation d’abaisser les constructions anciennes.
- Interdiction de faire entendre les cloches, de lire leurs livres ni de faire savoir leur position sur le Christ.
- Interdiction de consommer le vin en public, d’afficher les croix et de montrer les porcs en public.
- Interdiction des enterrements et de tout signe de deuil, en public.
- Interdiction de monter à cheval, par contre, autorisation des mules et des ânes.

Ces dernières conditions ne deviennent obligatoires qu’après leur publication. Leur respect est obligatoire. Le non respect n’entraîne pas une rupture du pacte, mais est sanctionné. »

En conclusion, le cadi attira l’attention sur la tendance des juifs de Fès à ne plus respecter les conditions du pacte qui justifiait le maintien de leur présence. Il donna en exemple, le cas de Makhlouf Gdalia, dont les richesses étaient innombrables et qui se permettait de rentrer au palais du sultan chaussé de babouches jaunes, contrevenant en cela à une interdiction plusieurs fois séculaire.
Cette deuxième position prévalut et fit l’objet de la fatwa. Le dernier mot restait, toutefois, au sultan. Mais celui-ci pouvait-il aller à l’encontre d’une fatwa des oulémas ?


....................


Soudain, un grand fracas, en provenance de Tanger, retentit. Les explosions se succèdent. D’épais cercles de fumée montent au ciel, se fondent dans les nuages bas, dessinant d’étranges bêtes qui changent de formes au grès des vents. Le spectacle le subjugue. La distance et la surprise donnent un aspect brumeux à sa vision, la balançant entre le rêve et la réalité. Il lui semble que Tanger et les montagnes tremblent. Ses sens s’enflamment. Il ne sait comprendre ce qui se passe ni ne parvient à maîtriser son émoi. Il arrive à souffler, libérant un long et bruyant soupir qui se propage dans sa tête.
Plus tard, il apprendra que des navires, galiotes et frégates de la flotte française ont bombardé Tanger. Aucun juif de la ville ne fut touché. Aussi, un Pourim de las Bombas fut-il dédié à l’événement.
Mais Issachar ne peut oublier ce jour d’Iyyar de l’an cinq mille cinq cents quatre-vingt- quatorze où le soldat a coupé la tête de Sol avec son sabre. La vision obsédante ne le quitte plus. A chaque fois, il essaye d’arrêter la lame avant qu’elle ne traverse le cou fin et fragile. A chaque fois, il pense, si seulement elle avait crié, le bourreau se serait arrêté, au moment où la lame caressa sa joue ; il lui aurait demandé si elle s’était repentie…

Si elle avait crié,…
Si elle avait prononcé la shahada,…
Si elle était restée vivante…

La vision finit par disparaître. Issachar, le coeur lourd, aurait souhaité mourir avec elle.




L'autre juive Solikha la tsadika
Posté par: Mostafa (IP enregistré)
Date: 14 décembre 2007 a 00:02

La tombe de la martyre Lalla Soulika qui a été assassinée à Fès pour n'avoir pas voulu se convertir à l'islam.

L'autre juive Solikha la tsadika
Posté par: Mostafa (IP enregistré)
Date: 14 décembre 2007 a 00:19

Une erreur est survenue quand j'ai voulu poster la photo de la tombe de Lalla Soulika. Je vais réessayer.

L'autre juive Solikha la tsadika
Posté par: Oiknine Léon (IP enregistré)
Date: 16 décembre 2007 a 07:01

Il est utile de spécifier, que Lalla SOULIKHA, paix à son ame, la Tsadeket et martyr est née à Tanger mais elle a été exécutée, je dirai sacrifiée à Fez car c'est dans cette ville que se trouvait les tribunaux Islamiques
A Montréal, chaque année, une organisation juive sépharade fait une grande Hiloula (commémoration )
dans une grande salle avec souper.

Léon

L'autre juive Solikha la tsadika
Posté par: saadoun (IP enregistré)
Date: 01 février 2008 a 17:29

Je m'excuse pour l'absence et je remercie Léon pour la précision.
Sol a effectivement été exécutée à Fès. Probablement, la foule, comme à son habitude, a cherché à brûler le corps de la martyre pour empêcher l'enterrement rituel nécéssaire. Le Rabbin Sarfaty a dû déployer des eforts considérables pour extraire le corps de la victime.
La tradition Fassie, parmi les musulmans, veut que les femmes victimes de violence, se recueuillaient sur la tombe de Lalla Zoulikha et demandaient son aide. Une reconnaissance de son courage et de sa constance!
Said

L'autre juive Solikha la tsadika
Posté par: darlett (IP enregistré)
Date: 01 février 2008 a 17:36

Bonjour Saadoun, il me semble que tu es l'auteur de ce livre, n'est-ce pas ?
Ou pourrais-je trouver la couverture de ce livre afin d'en placer la photo ?

Merci et felicitations
Darlett

L'autre juive Solikha la tsadika
Posté par: saadoun (IP enregistré)
Date: 01 février 2008 a 18:00

Je suis désolé, mais , il n'a pas encore été publié.
J'espère que cela se fera rapidement.
Amitiés,
Said

L'autre juive Solikha la tsadika
Posté par: darlett (IP enregistré)
Date: 17 novembre 2008 a 15:52

Solica Hatchouel mourut en martyr en 1834, assassinee a cause de son refus de se convertir a l'Islam.

Sa tombe se trouve a Fes et voici la photo.



L'autre juive Solika la tsadika
Posté par: MESSAGE DEPLACE (IP enregistré)
Date: 17 novembre 2008 a 15:57

Posté par: echkol
Date: 15 novembre 2008 a 12:24

Darlett

j'avais mis la photo de Lala Solica prise cet été ds la maison de David Loeub
voila encore une fois


L'autre juive Solika la tsadika
Posté par: anidavid (IP enregistré)
Date: 09 décembre 2008 a 16:32

Le massacre de la Juive, ou L'execution de la Juive realise par le peintre francais Alfred Dehodencq 1822.1882 qui s'inspira de l'histoire tragique de Solica Hatchouel.

Cette peinture fait partie d'une collection privee.



LA JUIVE,alfred dehodenck 1822-1882.jpg




L'autre juive Solika la tsadika
Posté par: echkol (IP enregistré)
Date: 09 décembre 2008 a 17:23

Anidavid

merci pour ce tableau
cela ressemble beaucoup a ma photo mise avant

merci, toda raba, gracias, thank you
david

L'autre juive Solika la tsadika
Posté par: younes (IP enregistré)
Date: 13 décembre 2008 a 02:21

La jeune lalla Solika Hatchuel.jpg


voici une autre photo de lalla solika
younes=david

L'autre juive Solika la tsadika
Posté par: Vanessa Paloma (IP enregistré)
Date: 09 février 2009 a 16:07

I'm writing an article on the Judeo-Spanish Romance from Larache on Lalla Soulika and her story. I would very much like to have a jpg of this painting of her moment of death. It is for the scholarly journal Musica Judaica. Please contact me directly or let me know who I should be in touch with. Thanks very much

L'autre juive Solika la tsadika
Posté par: echkol (IP enregistré)
Date: 09 février 2009 a 19:01

Vanessa

you can write to Anidavid and ask for a photo of Solika
the same on the message before

david

L'autre juive Solika la tsadika
Posté par: darlett (IP enregistré)
Date: 28 mars 2009 a 17:50

Le livre de Said Sayagh (saadoun sur ce forum) est finalement paru et voici les details. Bravo et felicitations a Said.


"L'AUTRE JUIVE"

de Said Sayagh





Synopsis

Elle était très belle, Sol, Zoulikha en arabe, la jeune fille juive tangéroise. Elle s’était liée d’amitié avec une voisine musulmane, Tahra, chez qui elle se rendait quand elle n’en pouvait plus des remarques de sa mère.

Un jour, Tahra informa le pacha que la petite Sol voulait se convertir à l’Islam. Devant le pacha, Sol nia toute intention de laisser la foi de ses ancêtres. Elle fut condamnée à mort pour apostasie.

Elle devait avoir entre quatorze et seize ans. Sa famille, ainsi que la communauté juive de Tanger, souhaitant la sauver, lui conseillèrent de se convertir en apparence et portèrent l’affaire devant le sultan.

Moulay Abderrahmane, le sultan du Maroc, à l’heure où la France conquit l’Algérie, plia sous la pression des faquihs musulmans et confirma la condamnation à mort.

Le courage de la jeune fille marqua les esprits de l’époque, musulmans compris. Ce roman s’inspire d’un fait historique : le martyre d’une jeune juive marocaine de Tanger, exécutée à Fès en 1834.



L’auteur Said Sayagh est né à Meknès dans une famille aux origines complexes, descendants de juifs convertis à l’Islam, chez qui se mêlent les héritages de Fès, de Mogador, de Tétouan, de Tanger, d’al Andalous et de l’Atlas.

Historien, il a préparé une thèse sur La France et les frontières maroco algériennes de 1873 à 1902 publiée aux éditions du CNRS en 1986.

Agrégé d’arabe, il enseigne cette discipline à Montpellier.

Il est membre de l’association des permanences du Judaïsme Marocain




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