CULTURES ET TRADITIONS JUIVES :  DARNNA.COM
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Re: les Berberes au Maroc & les Juifs
Posté par: GOGOL (IP enregistré)
Date: 17 octobre 2005 a 17:57

Darlett!
D'ou cette surete que c'est des juifs berberes!!!je pense que cette technique qui est assez moderne est un melange de ceramique qui n'est pas du tout le point fort des berberes et de l'orfevrerie berbere!
je vais presente un petit apercu de l'art berbere!





Gogol-Igal




Re: les Berberes au Maroc & les Juifs
Posté par: GOGOL (IP enregistré)
Date: 17 octobre 2005 a 17:58

suite




Gogol-Igal




Re: les Berberes au Maroc & les Juifs
Posté par: azul06 (IP enregistré)
Date: 15 avril 2007 a 15:36

bonjour je suis amazigh ou berbere du maroc .permettez moi de vous dire que vous avez bien raison car la dimention juive est l'une des dimentions de la culture du maroc je souhaite bien discuter avec vous a ce propos abientot

Re: les Berberes au Maroc & les Juifs
Posté par: saadoun (IP enregistré)
Date: 17 avril 2007 a 09:41

Thème complexe, mais central dans la formation de l'identité marocaine.
Il n'est pas hasardeux de dire que les élèments bebères et juifs forment le substrat constant et originel de la spécificité marocaine.

Re: les Berberes au Maroc & les Juifs
Posté par: saadoun (IP enregistré)
Date: 20 avril 2007 a 08:55

Je suis tombé sur le livre suivant " Les oasis sahariennes" de A.G.-P MARTIN, Paris, Augustin Challamel Editeur, 1908. Au chapitre 2 p.37, intitulé Les Juifs, l'auteur s'appuie sur "une notation laissée par Mohamed abdelhadi Es-Sbaï datée du 6 Rabia 1° 1003 de l'Hégire ( novembre 1594) ....rapporte ce qui suit: "...Helal ben Messaoud, venu du pays de Mossoul est passé par ledit village (Temaseght), et s'est arrêté, en en l'année 131 (748-749) ap. J.C., à Takhfift que les Juifs avaient déjà évacué; il amenait avec lui des commerçants juifs qui s'y installèrent et y résidèrent. Ils y trouvèrent mention, sur les tombeaux des juifs qui avaient abandonné ce pays, que ceux-ci y étaient arrivés en l'année 4429 de la sortie d'Adam- sur lui soit le salut- du paradis."
Suivent des spéculations de Martin pour trouver une datation crédible (l'an 5 ap. J.C.).
Il y a probablement beaucoup de choses à vérifier, des hypothèses à émettre!

Re: les Berberes au Maroc & les Juifs
Posté par: azul06 (IP enregistré)
Date: 22 avril 2007 a 14:09

azul ou salut.plusieurs indices indiquent que la culture judeo berbere est la culture profonde des marocains ce melange a donne une specifite a notre culture au maroc .aussi la toponymie des diferentes regions du maroc prouve ce melange les noms aussi de tribut amazighes (ait YOUSSI.ait NDHIR ect.....)les noms de personnes aussi MOHAND MOHA .....

Re: les Berberes au Maroc & les Juifs
Posté par: saadoun (IP enregistré)
Date: 24 avril 2007 a 08:56

D'après A..G.P.Martin cela se situerait en l'an 5 après J.C. Pour cela, il s'appuie sur Ibn Abbas, historiographe arabe, qui fait le décompte suivant: d'Adam à Noé 1100 ans; de Noé à Abraham 1142 ans; d'Abraham à Moïse 550 ans; de Moîse à David 579 ans; de David à Jésus 1053 ans; de Jésus à Mohamed 625 ans, soit un total de 5049 ans qui correspondrait à l'an 5.

Re: les Berberes au Maroc & les Juifs
Posté par: darlett (IP enregistré)
Date: 30 avril 2007 a 20:03

J'ai maintes fois recu un courrier par email m'annoncant le projet d'une association commune entre Berberes musulmans et Berberes juifs installes en Israel et ailleurs. Il me semble que ce projet prend forme et j'ai retrouve justement a ce sujet un article sur "Lejournal-hebdo.com" ou il y a, semble-t-il, un vaste programme riche en rencontres, colloques, echanges culturels et meme commerciaux.
L'association compte deja une vingtaine de membres vivant au Maroc.

Citation:
"Selon Boubaker Oudaâdid, il s'agit de lutter contre l'antisémitisme régnant dans ce pays et développer la culture amazighe chez les juifs berbères de l'Etat juif. « Dans le territoire soussi où j'ai grandi, il n'y avait pas de différence entre musulmans et juifs. Nous entretenions des relations étroites avec nos frères juifs. Quand je me suis installé à Casablanca, j'ai été choqué par l'attitude des gens, franchement antisémite : par exemple, l'utilisation de l'expression lihoudi hachak. C'est une des raisons qui nous ont poussés à créer cette association », raconte M. Oudaâdid, enseignant de langue allemande à Casablanca


Les responsables de cette association affichent leur intention d'aller de l'avant dans leur projet. Ils fixent le mois d'août comme date de leur assemblée.

Pour lire l'article en entier, voici le lien

[www.lejournal-hebdo.com]

Re: les Berberes au Maroc & les Juifs
Posté par: azul06 (IP enregistré)
Date: 01 mai 2007 a 21:00

azul
oui je suis au courant de cette association .ça reflette pour moi un acte democratique et autres valeurs qui encadrent cette action tel que la tolerance et la reconnaissance d'une dimension qui a eté meconnue par la culture dominante.je connais aussi des membres du commité preparatoire de cette association Maitre ahmed dghirni avocat et miliant amazigh a rabat et HOUCINE OUACHRINE militant associatif amazigh....et d'autres militants du mouvement amazigh...tanemmirt

Re: les Berberes au Maroc & les Juifs
Posté par: achal (IP enregistré)
Date: 05 mai 2007 a 23:59


C'est avec un grand plaisir que je viens de trouver ce site qui ouvre une grande fenêtre sur une culture authentique et enracinée chez nous.
Après avoir lu le livre "UN Mellah en pays berbère" de P. FLAMMAND et une recherche d'un ami sur les juifs de Demnat, je me suis trouvé attiré par cette culture dans le chemin d'être sans doute assimilé par elle..
J'ai aussi collecté quelques poèmes en Tamazight qui argumentent cette cohabitation harmonieuse et historique dans notre région.

Re: les Berberes au Maroc & les Juifs
Posté par: MESSAGE DEPLACE (IP enregistré)
Date: 27 juin 2007 a 04:25

Auteur: amazigh2956
Date: 9 mars 2007 a 22:20



bonsoir ait darnna;

Dès une époque plus ancienne, des Blancs de Palestine apparaissent dans le coude du Dra. Les juifs y arrivent au Xe siècle avant notre ère à la suite de Joab -chef des armées du Roi David - poursuivant les philistins en déroute jusqu’à la montagne appelée Hajer Slimane, ou Hajer Soleïmane (la « pierre de Salomon ») où ils fondent une ville… L’armée de Joab est suivie -peut-être même a-t-elle été précédée- de nomades et de marchands car le roi Salomon envoie les juifs à la recherche des pays producteurs d’or et ils s’installent alors au Maroc. Nomades , aventuriers ou marchands, les juifs se sédentarisent rapidement et fondent leur premier établissement à l’extrémité du Jebel Beni Selmane, à Tidri, c’est à dire au coude du Dra, là où l’Oued se resserre pour franchir dans un étranglement la branche méridionale du Bani -Jebel Beni Selmane à l’Ouest, Jebel Meggag à l’Est - entre l’oasis des Lektaoua au Nord et celle des Mehamid au Sud.

Des ruines nombreuses s’élèvent encore auprès de ce site grandiose mais aujourd’hui désolé, parmi lesquelles celles d’Irhir n Tidri sur la rive droite et de Taourirt n Tidri sur la rive gauche. Leurs environs sont tout à fait désertiques mais ils étaient jadis renommés pour leur fertilité et leur luxuriance : oliviers et figuiers y croissaient en abondance sur la rive gauche tandis que la rive droite était peuplée par de palmiers. Des uns et des autres, il ne reste plus qu’un souvenir enchanté Israélites et Musulmans se rendent encore en pèlerinage à Tidri pour y sacrifier sur la tombe vénérée de Sidi Bou Is’ch’aq. Parmi les ruines du site, l’une d’elles - située sur la rive droite - est particulièrement importante et domine de haut les alentours : c’est l’Irherm n Irhir n Tidri, la « Place forte du Rocher de Tidri ». Peut-être des ruines, d’où la vue s’étend au loin vers tous les horizons, sont-elles les vestiges de la villes légendaires fondée par Joab pourchassant les philistins jusqu’au Maghreb extrême.

Tout autour des sites en ruines de Tidri se voient d’innombrables tumuli, notamment à l’Ouest du Dra : là, sur le jebel Beni Selmane, s’étend l’immense champ de sépultures connu sous le nom de nécropole de Foumm le-Rjam (« Cluse des Tumuli »), l’une des plus grandes nécropoles à tumuli connues, non seulement au Maroc mais dans tout le Maghreb. Et selon les rabbins des Lektaoua, c’est là que Tidri - première cité fondée par les juifs dans le Dra- ensevelissait ses morts.
toda ou tanmirt.
de la part d'amazigh2956
ville tiznit.





Les Berbères ou Kabiles
Posté par: Arrik (IP enregistré)
Date: 29 août 2005 a 23:45

Les Berbères ou Kabiles

LA KAHINA

Reine berbère (décédée en 704/05)




Au commencement du Maghreb arabisé était LA KAHINA. Une femme berbère, dite reine, polarise la résistance à l'envahisseur arabe après la mort de Kusayla en 686, qui avait, le premier, tenu tête aux orientaux déferlant sur " le lointain perfide ", selon l'image attribuée au calife Omar. Toute les dates sont incertaines, sauf celle de 697 (reprise de Carthage par les Byzantins avant de perdre la ville en 698, définitivement), comme le note Charles Diehl. En outre, nous sommes aussi bien dans l'histoire que dans le mythe. Très nombreux sont ceux qui ont écrit sur l'héroïne berbère. On a parlé d'elle comme de la Déborah berbère, de la Jeanne d'arc du Maghreb. Les écrivains arabes, eux, ont voulu montrer que Berbères et Arabes se sont vite mis d'accord et que l'union est parfaite; mais la vérité est tout autre. Tandis que, dans l'Algérie occidentale, se reconstituaient de grandes confédérations berbères, les Arabes venus d'Égypte pénétrèrent, dès 647, dans le Maghreb. Mais ce fut seulement en 683 que la grande armée de Sidi 'Oqba en entreprit la conquête. Byzantins et Berbères, souvent alliés, résistèrent de leur mieux.

L'histoire a conservé le nom de deux de leurs chefs : Kosayla qui reprit même aux Arabes la citadelle de Kairouan et la Kahina qui défendit l'Aurès. Vainqueurs, les Arabes réussirent à installer leur autorité sur l'ensemble du pays et se constituèrent en caste aristocratique dominante. En outre, ils surent détourner l'ardeur belliqueuse des Berbères en les entraînant à la conquête de l'Espagne. Une vigoureuse campagne de propagande religieuse provoqua l'adhésion des populations à l'islam, mais les conversions ne furent pas toujours très sincères : un texte célèbre d'Ibn Khaldoun n'affirme-t-il pas que les Berbères apostasièrent douze fois ? Il est vrai que, même convertis, ils étaient traités par leurs vainqueurs comme des infidèles : à partir du VIIIe siècle ils furent assujettis aux mêmes impôts que ceux-ci. Les Berbères s'opposèrent à cette domination étrangère, et recoururent notamment à la protestation religieuse. Ils se jetèrent d'abord dans le kharijisme, hérésie musulmane à tendance puritaine et égalitariste qui prétendait faire désigner par le peuple le chef de la Communauté islamique. Les kharijites expulsèrent les Arabes du Maghreb central et constituèrent de véritables théocraties indépendantes.

Tel fut le petit royaume ibadite de Tahert (Tagdempt près de Tiaret) fondé par Ibn Roustem à la fin du VIIIe siècle et qui ne fut détruit qu'en 911 par l'armée fatimide, alors maîtresse de Kairouan. (LA KAHINA) Surnom de la "reine des Aurès" signifiant "la Prophétesse". Al-Kahina régna sur plusieurs tribus de Berbères de l'Aurès, dont la sienne propre, celle des Djarawa, de 685 environ à 704 ou 705.

À la fin du VIIe siècle, l'Afrique du Nord voit s'affronter trois forces : les Byzantins d'abord, solidement implantés sur les côtes, avec Carthage surtout et Septem (Ceuta) comme points d'appui ; les Arabes, ensuite, qui arrivent de l'est et tentent de pénétrer en Ifriqiyya (actuelle Tunisie) et, de là, dans tout le Maghreb (Occident) ; les Berbères habitants des lieux, groupe homogène du point de vue ethnique mais profondément divisé selon qu'ils sont nomades ou sédentaires, agriculteurs ou citadins commerçants. Carthage tombe (695) devant Hasan ibn al-Nu'man al-Ghassani, nouveau gouverneur de l'Ifriqiyya. L'empereur Léontios réussit à reprendre la ville, mais seulement pour trois ans. De son côté la Kahina parvient à refaire l'unité berbère autour de sa personne et de sa tribu. Elle écrase l'armée d'Ibn al-Nu'mân, sur les bords de la Miskiyâna (près de Tébessa) dans le Constantinois et la repousse en Tripolitaine. En 798, Ibn al-Nu'man reporte ses efforts sur Carthage qu'il enlève, mettant les Byzantins en déroute : la maîtrise des mers dans le bassin occidental de la Méditerranée passe aux Arabes. Ibn al-Nu'man fonde Tunis. Un seul obstacle se dresse encore devant l'avance des Arabes vers l'ouest : la Kahina et le royaume qu'elle a constitué au Maghreb.
Âme d'une résistance intransigeante, elle aurait pratiqué la politique désespérée de la terre brûlée, saccageant le pays, détruisant les villes et brûlant les plantations pour en détourner les Arabes et les décourager. Cette politique lui aliène la population sédentaire, tant citadine (grecque et berbère) que campagnarde. Ibn al-Nu'man tire parti de cette situation, réclame et reçoit des renforts armés que le calife 'Abd al-Malik vient de lui envoyer (702) et reprend l'offensive; Certaines sources le prétendent.

La bataille eut lieu à Tabarqa. La Kahina y fut vaincue et décapitée (en 704/05) au lieu dit depuis Bir al-Kahina (le puits de la Kahina). La voie vers l'Atlantique était ouverte aux Arabes. L'histoire de cette femme fougueuse et indomptable (la "Déborah berbère") est en grande partie légendaire : les romanciers s'en sont emparés.

Arriko




Re: Les Berbères ou Kabiles
Posté par: Arrik (IP enregistré)
Date: 30 août 2005 a 00:07

Sur les Juifs Berbères
Revue de l'Occident musulman et de la Méditerranée
Paul Pascon et Daniel Schroeter



Le cimetière juif d'Iligh (1751-1955). Etudes des épitaphes comme documents d'histoire sociale (Tazerwalt, Sud-Ouest Marocain)

Pour citer cet article : Paul Pascon et Daniel Schroeter,
«Le cimetière juif d'Iligh (1751-1955). Etudes des épitaphes comme documents d'histoire sociale (Tazerwalt, Sud-Ouest Marocain)»,
Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée [En ligne],
Revue de l'Occident musulman et de la Méditerranée,
Pagination : 39-62

Disponible sur : [remmm.revues.org].




Re: Les Berbères ou Kabiles
Posté par: Arrik (IP enregistré)
Date: 30 août 2005 a 00:12

Juifs au Maroc Introduction historique
Daniel J. Schroeter

La suite en 2° et 3°partie (Arrik)


Il reste peu de traces des deux cents communautés juives et plus disséminées dans les villages des montagnes du Haut Atlas et dans les vallées du centre et du nord du Maroc. La riche collection photographique d’Elias Harrus capte cette population juive diverse et ancienne, dans ces régions où domine la langue berbère, à peine quelques années avant l'émigration massive, surtout vers Israël, au cours des années 1950 et au début des années 1960. Les quelques juifs qui restèrent dans ces communautés rurales se firent rapidement rares et ont aujourd'hui quasiment disparu, mis à part un très petit nombre d’entre eux, vivant encore dans plusieurs villes du Sud marocain.

Quand les juifs arrivèrent-ils dans ces régions rurales éloignées, souvent situées à quelque distance des grandes cités du Maroc ? Des juifs ont vécu parmi les Berbères, premiers habitants connus de l'Afrique du Nord, depuis l'Antiquité. Les origines du judaïsme marocain sont enveloppées de mystère et font l'objet de nombreuses légendes. Les juifs d'Oufrane (Ifrane), dans les monts de l'Anti-Atlas, soutiennent que leurs ancêtres arrivèrent plus de deux mille cinq cents ans auparavant, fuyant Jérusalem lors de la conquête babylonienne. Les historiens arabes du Moyen Âge furent les premiers à consigner la tradition selon laquelle des tribus berbères (Amazigh ; pluriel Imazighen) se seraient converties au judaïsme plusieurs siècles avant l'arrivée de l'islam, au VIIe siècle de l'ère chrétienne. Des documents historiques attestent l'existence de nombreuses communautés juives dans la vallée du Dra, dans le Sous, dans le Haut Atlas et sur la bordure saharienne depuis le Moyen Âge. Bien que les voyageurs du XIXe siècle et les administrateurs coloniaux du XXe siècle aient considéré ces juifs comme isolés du vaste monde, les diverses cultures des juifs de l'arrière-pays berbère indiquent leurs origines variées : israélite et berbère, arabe et séfarade.

Les juifs au Maroc, de même que dans le reste du monde musulman, étaient définis par la loi islamique comme des dhimmis (littéralement « personnes protégées »). Dans d'autres parties du monde musulman, ce statut était également assigné aux chrétiens et parfois à des membres d'autres religions, qui étaient tenues pour légitimes tout en étant inférieures à l'islam. Au Maroc, seuls les juifs étaient des dhimmis puisque les autres indigènes restés non musulmans avaient disparu durant le Moyen Âge. Ce statut légal signifiait que, en échange de l'acquittement d'une capitation annuelle (appelée djizya) dont tout juif adulte de sexe masculin était redevable et de l'acceptation d'un certain nombre d'inhabilités symbolisant l'infériorité des non musulmans, l'État islamique garantissait la protection des communautés juives ainsi que leur droit à pratiquer leur religion. Cependant, dans la plus grande partie de l'arrière-pays berbère du Maroc, particulièrement dans les monts de l'Atlas et sur les marges du Sahara, le contrôle du gouvernement central était très relâché, si ce n'est entièrement absent. On désignait ordinairement ces régions par le terme de blad al-siba ou « pays de la dissidence », par opposition au blad al-makhzan ou « pays du gouvernement ». En conséquence, dans la plupart des régions berbères, la protection de la communauté juive incombait davantage au sheikh ou au gouverneur (caïd) de la tribu locale qu'au sultan. La relation entre le sheikh et les juifs se perpétuait de génération en génération et la protection des juifs était considérée comme sacro-sainte. Ce système fonctionnait en raison du rôle important joué par les juifs dans l'économie rurale. Éléments de la société étrangers à la tribu, les juifs vivaient en dehors du système politique des alliances et des rivalités. Les musulmans se fiaient donc à eux, membres neutres de la société, pouvant traverser les frontières tribales et remplir des tâches importantes en tant que marchands, colporteurs et artisans itinérants. Le fait que ce rôle d'intermédiaire devait être maintenu dans l'intérêt des factions rivales souligne la fonction vitale occupée par les juifs dans l'économie rurale.




Re: Les Berbères ou Kabiles
Posté par: Arrik (IP enregistré)
Date: 30 août 2005 a 00:14

2° Partie

Juifs au Maroc Introduction historique
Daniel J. Schroeter

Suite 3° Partie (Arrik)

Le quartier juif, au Maroc, est connu sous le nom de mellah. Désignant à l'origine un quartier de Fès dans lequel les juifs furent contraints de vivre au XVe siècle, le terme de mellah en vint à signifier, dans tout le Maroc, le quartier juif et, par extension, la communauté juive. Dans certains villages et petites villes berbères le mellah était séparé des quartiers musulmans par un mur et un portail. Mais dans la majorité des cas, le terme désignait simplement une ou plusieurs rues, habitées par dix à vingt familles juives et où se trouvait la synagogue. Très souvent, les maisons des juifs jouxtaient celles des musulmans. En comparaison avec la vie des juifs dans les villes plus grandes, les juifs et les musulmans des régions rurales cohabitaient dans le même espace beaucoup plus étroitement, et pacifiquement la plupart du temps.

Les juifs étaient intégrés au tissu culturel du Maroc rural, ils avaient des coutumes communes avec leurs voisins musulmans : l'habillement, la nourriture, la vénération de saints hommes et, à l'occasion, de saintes femmes, ainsi que les rythmes et les modes de la vie quotidienne. Les liens sociaux et économiques entre les juifs et les musulmans dans les régions de culture berbère étaient très étroits, bien que chaque groupe ait aussi gardé des traits culturels distincts et des limites religieuses très strictes. Alors que dans toutes ces régions les juifs parlaient berbère, car d'aussi loin que les gens se souviennent, ils parlaient l'arabe vernaculaire (avec des tournures spécifiquement juives) dans la plupart des mellahs, comme leur langue maternelle. Ils écrivaient en judéo-arabe, employant des caractères hébraïques pour transcrire leur parler marocain. Bien que la nourriture consommée par les juifs ressemblât beaucoup à celle des musulmans, leurs lois alimentaires leur interdisaient de consommer des repas préparés dans des maisons non juives. Par ailleurs, ils pouvaient manger des œufs, des olives, du miel, de l'huile ou des produits laitiers chez leurs voisins. Alors que les costumes des juifs et des musulmans paraissaient très semblables, un examen approfondi révélait presque toujours des signes distinctifs chez les juifs, qu'il s'agisse de la couleur du vêtement du dessus ou bien de la sorte de coiffe portée par les femmes et par les hommes. La loi islamique stipulait que les dhimmis devaient porter un vêtement les distinguant des musulmans (et leur interdisait par exemple le port d'un turban), mais dans le pays berbère, les traits distinctifs permettant de reconnaître les juifs relevaient davantage de la coutume que de l'exigence légale.

Les pratiques religieuses des juifs de l'Atlas et du Sahara étaient communes à tout le monde juif et spécifiques au Maroc dans son ensemble. De même que n'importe où ailleurs dans le monde juif, l'étude des textes sacrés était au centre de l'éducation juive, qui commençait avec la mémorisation par cœur de la Torah par les jeunes garçons. Traits communs à toutes les communautés à travers le Maroc, les études cabalistiques, la vénération du Zohar et les pèlerinages annuels (hilloulot) sur les tombes des saints hommes (tsaddiqim) faisaient intégralement partie de la vie religieuse du judaïsme dans l'Atlas et le Sahara. Les juifs des régions du Sud avaient le même corpus de poésie liturgique que les juifs des autres régions du Maroc, et aussi leurs propres poètes locaux (payytanim). Tandis que leurs rites et leurs pratiques, scandant les cycles journaliers, hebdomadaires et annuels, différenciaient les juifs de leurs voisins musulmans, les deux communautés s’accommodaient remarquablement du calendrier religieux de l'une et de l'autre, modifiant les modes de leurs rapports à la fois par nécessité et par compréhension mutuelle. Les marchés avaient rarement lieu le samedi dans les régions habitées par des juifs : les musulmans avaient adapté leur semaine au jour de repos juif. L'époque de l’anmuggar (terme berbère désignant la saison des récoltes) – combinant la foire et le pèlerinage sur la tombe des personnalités révérées – donnait aux juifs l'occasion de faire commerce et de vendre des biens aux pèlerins musulmans, tandis que les musulmans fournissaient de la nourriture et des provisions aux juifs qui fréquentaient les nombreuses hilloulot dans les sanctuaires des saints.

Le dicton « Le juif dans le souk, c'est comme le levain dans le pain » a encore cours parmi les habitants du Maroc rural. Les colporteurs juifs, montés sur des ânes ou sur des mules, se rencontraient partout dans l'arrière-pays berbère. Lors du marché hebdomadaire, les artisans juifs itinérants étaient spécialisés dans la réparation d'objets que leur apportaient les musulmans. Les sellier et cordonnier juifs accomplissaient des tâches indispensables à la population rurale et, de son côté, le négociant juif contribuait à relier ville et campagne. Mais aucun métier sans doute ne fut autant propre aux juifs que l'orfèvrerie, au point que le terme berbère iskaken (« bijoutiers ») était synonyme du terme « juifs » dans quelques régions de langue tashelhit (un dialecte berbère) au Maroc, en particulier dans le Haut Atlas. Dans certaines communautés, telles que Tahala dans le Sous, la moitié des hommes juifs étaient orfèvres. La fondation ou l'existence même des communautés juives était souvent directement liée aux spécialités professionnelles des juifs, surtout en tant que négociants. Les juifs des monts de l'Anti-Atlas et de la marge nord du désert du Sahara (Akka, Oufrane et Illigh) étaient actifs dans le commerce transsaharien. On trouvait des communautés juives jusqu'à la bordure du Sahara, comme le mellah de Mhamid El-Ghozlan. Quelques individus, tels que le rabbin Mordekhaï Abisror d'Akka – qui servit de guide à Charles de Foucauld durant son voyage de 1883 –, s'aventurèrent jusqu'à Tombouctou.
Au début du protectorat, en 1912, la communauté traversait une période de transition, mais le colonialisme français accéléra le rythme du changement. Les grandes villes en développement attirèrent les pauvres, et les juifs étaient au nombre de ceux qui, désirant améliorer leur vie, cherchèrent un gagne-pain dans les régions urbaines. Outre les grandes cités marocaines, les Français développèrent aussi des centres administratifs, tels que Beni Mellal, où naquit Elias Harrus, qui devinrent des villes importantes dans lesquelles des juifs des régions berbères s'établirent et prospérèrent. Ceux qui restèrent dans les petits mellahs des campagnes furent aussi touchés par les forces de la modernité. Les juifs des villages berbères furent souvent les agents de la modernisation, les hommes apportant des marchandises modernes sur le marché tandis que les femmes introduisaient dans les villages la technologie moderne, comme la machine à coudre Singer.




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